Ferrari F300

Une réglementation chamboulée, une débâcle à oublier et un Schumacher revanchard, ne manque que la F300 pour parachever ce tableau de 1998…
Fin 1997. La Scuderia Ferrari est amère. Le titre perdu à Jerez après l’incident volontaire opposant Villeneuve et M.Schumacher reste ancré dans les mémoires italiennes. La F310B n’était peut-être pas au niveau de la Williams FW19 mais au moins se sera-t-elle battue jusqu’au dernier instant. 1998 se doit d’être le renouveau tant espéré par les rouges depuis l’arrivée du Kaiser en 1996. Une première année pour apprendre, une deuxième pour confirmer, une troisième pour gagner ? En tout cas, la firme de Maranello mise gros dans cette saison où toutes les cartes sont redistribuées. Avec des monoplaces de plus en plus rapides, la FIA décide de sévir en modifiant drastiquement le règlement. Fini les voitures larges et les pneus slicks, place désormais aux châssis étroits et aux gommes rainurées. De par ces changements, les instances cherchent à réduire les vitesses de passage en courbe des monoplaces, jugées affolantes ces dernières années. Pour ainsi dire, le maître mot devient “sécurité”. Plus question de prendre le moindre risque. Les pilotes sont de plus en plus protégés avec une cellule de survie bien renforcée. L’efficacité des freins est aussi réduite, de quoi compliquer la tâche des pilotes au volant de ces bêtes bien plus complexes à dompter. La FIA s’attend alors à une baisse du niveau de performance des monoplaces mais les équipes auront bien plus d’un tour dans leur sac. Chez Ferrari, c’est la F300 qui est désignée pour se lancer dans cette bataille. Toujours équipée du V10 de 3L culminant à 750cv, la F300 se montre très simple d’apparence. Pourtant, de gros changements sont opérés par rapport à sa devancière. La boîte de vitesses retrouve une position longitudinale du fait du rétrécissement de la largeur totale des monoplaces. L’aileron arrière est plus haut et imposant pour contrer la perte d’appui générée par les nouvelles règles. Les entrées d’air des pontons sont très réduites alors que le diffuseur arrière devient disproportionné. Sous la houlette de Jean Todt, Ross Brawn, Rory Byrne et Willem Toet, les concepteurs de la nouvelle-née, se frottent les mains tant leur dernière création semble efficace. Il est pourtant difficile de se faire une idée du niveau de performance puisqu’aucun comparatif direct avec d’autres monoplaces n’a pu être réalisé. C’est principalement le circuit maison de Fiorano qui est choisi pour mener la batterie de tests d’avant-saison. Toute de noire vêtue, la F300 n’est qu’une seconde plus lente aux mains de M.Schumacher. La FIA aurait-elle raté son pari ?
Depuis trois ans déjà, la saison s’ouvre en Australie, à Melbourne. Mais avant même le départ de la première séance d’essais, première polémique. Les McLaren-Mercedes seraient équipées de freins directionnels actionnés par le biais d’une troisième pédale, agissant notamment sur le train arrière des flèches d’argent. Tous les yeux se tournent évidemment sur ces voitures supersoniques qui arrachent, sans mal, les deux premières places sur la grille de départ. Schumacher est troisième mais a déjà abaissé de presque une seconde son temps de qualifications établi ici-même un an plus tôt. Eddie Irvine, toujours en fidèle lieutenant, se hisse au huitième rang d’une F300 déjà remaniée. Les sorties d’échappement ont été intégralement revues du fait de la trop grande surchauffe des éléments avoisinants, entraînant de nombreuses fragilités, notamment sur les montants de l’aile arrière. A l’extinction des feux, le spectacle est déroutant. Les McLaren MP4-13 s’enfuient à grandes enjambées si bien qu’après seulement cinq tours, le Baron Rouge est déjà repoussé à près de quatorze secondes de la tête. Pire encore au sixième passage où son mélodieux V10 expire dans un nuage de fumée. L’allemand est terriblement frustré, lui le seul à pouvoir tenter de raccrocher le wagon anglais. Derrière, la pilule est difficile à avaler. Aucune voiture ne peut tourner à moins de deux secondes au tour des flèches d’argent. Irvine fait ce qu’il peut mais il n’y a rien à faire, le voici retardataire aux deux-tiers d’épreuve. Quatrième sous le drapeau à damier derrière Frentzen, le nord-irlandais ne peut que constater la claque donnée par McLaren. A Sao Paulo, la tension autour des freins des machines de Woking n’est pas redescendue. Mais en pleine session d’essais, le verdict de la FIA tombe : les astucieux éléments sont considérés comme des aides au pilotage, donc bannis. Cela permettra-t-il à Ferrari de revenir dans le match ? Pas du tout. Même sans cela, les MP4-13 sont impossibles à rattraper. Plus d’une seconde de retard pour Schumacher sur Häkkinen, la suprématie des grise et noire n’est plus à démontrer. Le dimanche ne sera qu’un bis repetita de Melbourne. Le finlandais volant s’impose sans difficultés, repoussant le Kaiser à une minute pleine à l’agitation du drapeau à damier. L’allemand ne peut pas se satisfaire d’une troisième place avec tant d’écart. Les choses doivent évoluer et vite car dans le même temps, Irvine n’apporte pas un seul point, battu par les Benetton, Williams et Jordan. Après une batterie de tests menée en Europe pour étrenner les nouveaux pneus Good Year, la Formule 1 se rend en Argentine sur le très délabré tracé de Buenos Aires. Très vite, un gain de performance est noté sur la F300, notamment grâce aux nouvelles enveloppes américaines. Schumacher se hisse en deuxième place sur la grille, deux rangs devant l’autre F300. Dès le départ, Häkkinen reforme la paire gagnante mais très vite, le Baron Rouge reprend son dû et quelques virages plus loin, c’est sur Coulthard que l’estocade est portée. Profitant d’une erreur de l’écossais, le double champion s’infiltre à l’intérieur. Mais en sortie de virage, les deux monoplaces optent pour la même trajectoire. Le choc éjecte la McLaren qui pirouette sur elle-même, au contraire de la Ferrari, toujours dans le sens de la marche. Malgré une pince légère, le pilote de la n°3 ne lève pas le pied et creuse même l’écart sur Häkkinen. Même si les stratégies de ravitaillements diffèrent entre les équipes, la Scuderia rend une copie parfaite. Mais dans les tous derniers tours, alors que la pluie commence à tomber à grosses gouttes, Schumacher effectue une excursion hors-piste, heureusement sans mal. Les flèches d’argent ne sont donc pas invincibles, du moins, pour le Kaiser. Derrière les deux grands rivaux, Irvine arrache la troisième marche du podium, non sans s’être accroché avec Wurz quelques tours plus tôt. Les progrès des rouges se confirment mais le chemin vers la couronne mondiale reste semé d’embûches. Désormais, cap sur l’Europe.

Melbourne (1998)

Interlagos (1998)

Interlagos (1998)

Melbourne (1998)
A Imola, la Scuderia copie un principe aérodynamique déjà présent chez Sauber ou Jordan : les fameuses « Tower Wings ». Ces grands ailerons disgracieux implantés sur les pontons n’apportent pas vraiment de gain aérodynamique. D’ailleurs, la FIA les interdira à l’issue du grand-prix suivant. Sur ce tracé taillé pour les MP4-13, il n’y a pas grand-chose à faire. Les flèches d’argent monopolisent la première ligne, suivies des deux Ferrari, reléguées à plus de cinq dixièmes. Comme en Australie ou au Brésil, les rivales anglaises paradent et très vite, le gap se creuse. Mais à peine le cap du premier quart franchi qu’un coup de tonnerre résonne à Saint-Marin : Häkkinen est hors-course, transmission cassée. Il n’en fallait pas plus pour que les deux F300 grimpent d’un rang dans la hiérarchie finale, Schumacher devant Irvine. Certes, l’écart avec Coulthard était faible mais l’écossais s’est permis de conduire coude à la portière pour économiser la mécanique, ce que Schumi ne faisait absolument pas. En arrivant à Barcelone, la F300 est transformée. Les échappements, qui avaient causé beaucoup trop d’échauffement à l’arrière de la monoplace, débouchent désormais sur le capot moteur. Sur ce circuit où l’appui aérodynamique est légion, il n’y a pas photo. Les MP4-13 ne jouent pas dans la même cour et même le valeureux Schumacher ne peut s’approcher à moins d’une seconde et demie du poleman finlandais. Peu à l’aise sur ce tracé, Irvine enchaîne les bourdes, retombant en sixième place sur la grille. Le jour de la course ne verra aucun changement en tête. Du début à la fin, les McLaren-Mercedes sont devant et personne ne pourra venir les titiller. Troisième, le Kaiser admet, une fois encore, que le principal problème de la voiture vient des pneus, jugés bien moins performants que les Bridgestone. La pénalité pour vitesse excessive dans les stands n’y changera rien, l’écart se retrouvant alors presque à la minute. Mais si l’allemand voit l’arrivée et score, ce n’est pas le cas d’Irvine. Brouillon tout le week-end, il s’autorise une défense inutile et hasardeuse face à Fisichella dans le premier virage. Résultat : un accrochage et deux monoplaces coincées au fond du bac. Sur l'exigu tracé de Monaco, la hiérarchie devrait se resserrer. Hélas, après des incidents en cascade, les F300 ne sont que quatrième et septième à l’issue des qualifications. Alors que Coulthard renonce rapidement, le Kaiser talonne Fisichella sans jamais trouver l’ouverture. Un peu plus tard, après son premier arrêt, Schumi retrouve l’autre Benetton, celle de Wurz. Dépasser en Principauté n’est pas une mince affaire mais le Baron Rouge tente la manœuvre à l’épingle du Loews. L’attaque est imparable mais l’autrichien ne renonce pas et défend bec et ongles sa position, occasionnant quelques petites touchettes. Si l’allemand prend l’avantage, il décèle illico un problème sur sa suspension arrière-gauche et pénètre dans la voie des stands. S’il s’extrait de sa monoplace pour renoncer, Brawn l’oblige à remonter à bord au cas où une hécatombe se produirait. Une suspension réparée et trois tours perdus plus tard, l’allemand repart en piste. Il ne pourra rien faire pour retrouver le top 6, finissant même par arracher son aileron avant à la chicane du port dans le dernier tour. Irvine sauvera les meubles en accédant à la troisième marche du podium, derrière le roi Häkkinen et son dauphin Fisichella. Le premier tiers de la saison est couvert et personne ne voit comment l’avantage des noir et gris pourrait être renversé. Prochain épisode : le Canada.
Sur le circuit Gilles Villeneuve, la première ligne ne change pas de main. Schumacher n’est pas loin derrière et espère que les températures fraîches l’aideront à trouver davantage de performance. Irvine n’est pas le plus en forme, lui qui broie du carbone bien plus que son équipier champion. A l’extinction des feux, les McLaren sont comme à la parade mais derrière, c’est le bazar. Entre Ralf Schumacher qui cale sur la grille, le dépassement dans l’herbe de Wurz sur Alesi puis les tonneaux du pilote Benetton, l’action est partout. Sans surprise, l’épreuve est neutralisée au drapeau rouge et un second départ est ordonné. Mais dès l’extinction des feux, les ennuis se répètent. Häkkinen voit sa boîte de vitesses se bloquer au point mort, laissant filer tout le peloton. Un peloton qui sera vite décimé après le nouvel accrochage entre, encore eux, Alesi et Wurz, ainsi que Trulli. Une McLaren en moins, c’est une chance supplémentaire pour Schumi de glaner la première place. Elle deviendra réelle après le retrait de Coulthard sur problème d’accélérateur, laissant libre champ à l’allemand pour voguer vers une deuxième victoire. Mais alors qu’il venait de ravitailler en essence, le Baron Rouge revient sur la piste sous le nez de Frentzen. La F300 coupe littéralement la trajectoire de la Williams qui, instantanément, se plante dans le décor. Rapidement, une pénalité lui est adressée, le faisant indéniablement chuter au classement. Le couteau entre les dents, le double champion allemand se lance dans une course effrénée, reprenant les secondes par grappe à ses concurrents si bien qu’à l’entame du dernier tiers de course, le voilà de nouveau en tête ! S’il parvient à achever l’épreuve sans bavures, son comportement en piste sera vivement critiqué. Profitant des quatre sorties de la voiture de sécurité, son équipier nord-irlandais grimpe sur la troisième marche du podium mais à une minute de son leader. S’il veut espérer titiller les McLaren, Schumacher aura besoin de plus que cela. Magny-Cours sera le théâtre de la vraie confrontation Ferrari-McLaren. En arrivant à s’immiscer parmi les anglaises sur la grille, les F300 sont bien là pour jouer les trouble-fêtes. Alors que le premier envol est avorté, le second est bénéfique à Schumacher, jaillissant de sa deuxième place pour s’installer en tête, suivi de près par Irvine. Les deux italiennes pavanent et personne ne peut arriver à leurs chevilles. Même Coulthard, pourtant auteur d’un dépassement sur le nord-irlandais, ne pourra tenir son rang, obligé de s’arrêter longuement aux stands à cause d’une pompe à essence récalcitrante. Si Schumi s’impose sans frémir une seule fois, son équipier donne le maximum pour parer les attaques de Häkkinen, revenu dans ses échappements dans les derniers kilomètres. Le finlandais tente le tout pour le tout dans la dernière chicane mais il est trop tard, les Ferrari sont devant. C’est le premier doublé de la Scuderia depuis 1990, une éternité pour une écurie si prestigieuse. Fort de ce succès acquis haut la main, les hommes de Maranello entendent bien poursuivre sur leur lancée triomphale. A Silverstone, la météo typiquement britannique pourrait jouer son rôle. Alors que le trio de tête sur la grille est identique à Magny-Cours, Schumacher ne pourra pas résister à Coulthard, bien trop rapide dans ces conditions mixtes où le vent souffle en rafale. L’ordre reste inchangé lorsqu’à mi-course, l’orage éclate. Rapidement, de nombreuses voitures partent à la faute, y compris Häkkinen et Coulthard, ce dernier n’ayant pas la possibilité de s’extraire du bac à gravier. Face à cette pluie diluvienne, la direction de course fait sortir la voiture de sécurité, regroupant ainsi la moitié du peloton rescapée. Alors que la meute repart quelques boucles plus tard, la McLaren de tête sort à Becketts, laissant filer ce diable de Schumacher vers un triplé sensationnel. Mais quelques minutes plus tard, c’est la stupéfaction : Schumi écope d’un stop-and-go pour avoir dépassé un retardataire sous drapeau jaune. La sanction est terrible, surtout qu’elle survient à quelques kilomètres du but. Malgré une radio déréglée, l’allemand s'exécute dans le tout dernier tour en plongeant dans la voie des stands pour purger sa pénalité. Scène irréelle et unique dans l’histoire de la Formule 1. Après de longues secondes à tergiverser, le résultat officiel tombe : le pilote Ferrari est déclaré vainqueur ! Les mines sont grises chez McLaren, Ron Dennis accusant fermement les instances d’avoir truqué les résultats. Derrière un Häkkinen déçu, Irvine sécurise un nouveau podium. Si l’arrivée est évidemment discutable, le règlement a bien été appliqué à la lettre. Il s’agit avant tout d’une erreur de la direction de course qui n’aura pas donné à temps les informations à la Scuderia. De ce fait, le Kaiser était d’office vainqueur compte-tenu de sa grosse avance. Ces trois succès de rang le font indéniablement se rapprocher du finlandais, toujours leader pour deux petits points seulement. Idem du côté des constructeurs avec une avance réduite à trois unités pour les MP4-13, de quoi augurer une dernière partie de championnat exceptionnellement ouverte…

Imola (1998)

Silverstone (1998)

Hungaroring (1998)

Imola (1998)
Sur l’A1-Ring, le combat s’annonce d’ores et déjà somptueux. Lors de qualifications humides, Fisichella et Alesi déjouent les plans de la concurrence pour bloquer la première ligne, repoussant les deux grands adversaires que sont Häkkinen et Schumacher en troisième et quatrième positions. Irvine est bien plus loin au cœur du peloton. Dès le départ, les deux hommes de tête voient les ténors leur voler la vedette en un seul petit tour alors que derrière, les contacts s’enchaînent. A la rentrée aux stands de la voiture de sécurité, la bataille de tous les instants fait rage en tête de course, bien que les deux pilotes soient sur des stratégies différentes. Si le Kaiser se montre incisif, une erreur de pilotage l’envoie au large dans les graviers. Sa F300 effectue un sacré bond, retombant lourdement dans la mare de cailloux blancs. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la monoplace est intacte, si ce n’est cet aileron avant laissé en bord de piste. Malheureusement pour l’allemand, l’entrée des stands est dépassée et c’est donc sans moustache qu’il regagne les garages, un tour plus tard. Reparti bon dernier, il renonce dès lors à se battre pour le commandement. Bloqué un temps par son frère cadet, il remonte sur le trio de tête composé des McLaren et d’Irvine. Une consigne de course à peine déguisée fait finalement s’intervertir les positions des Ferrari, offrant à Schumacher un total de quatre points supplémentaires dans sa besace. La manche suivante se court à Hockenheim. Les ailerons débraqués sont de sortie mais la puissance moteur manque cruellement. Pour ne rien arranger, les F300 sont instables et les réglages optimaux difficiles à trouver. Face aux véloces McLaren, Williams et Jordan, l’inquiétude monte. Elle sera exacerbée après les qualifications où Irvine, sixième, devance de trois rangs son équipier à domicile. Malgré tous ses efforts, le Kaiser ne pourra remonter plus haut que la cinquième position, trois places devant le nord-irlandais, transparent et brouillon. Serait-ce la fin des espoirs de Ferrari ? Sur le Hungaroring, là où les dépassements sont quasiment impossibles, la hiérarchie n’évolue pas. Équipées d’ailes surdimensionnées, les F300 sont bien incapables de perturber l’ordre des gris. Alors qu’Irvine renonce à cause de sa boîte de vitesses, Schumacher bute toujours sur les flèches d’argent. Après son premier ravitaillement, un constat s’impose : il ne pourra pas se défaire des MP4-13 en piste. Reste une solution : la stratégie. Ainsi, Ross Brawn, le génie de la Scuderia, utilise ses méninges pour pondre un plan bien huilé que seul un Schumacher peut exécuter : trois arrêts ravitaillements et une succession de tours rapides. En tête après son deuxième passage aux stands, l’allemand reçoit une instruction claire de la part du muret des stands : il a dix-neuf tours pour prendre vingt-cinq secondes d’avance sur ses concurrents. Malgré une petite incartade hors-piste dans le dernier virage, le Baron Rouge accumule les tours de qualifications et à l’issue de son dernier pit-stop, le voilà ressortant sous le nez de Coulthard, Häkkinen étant plus loin à cause de problèmes mécaniques. La stratégie bien pensée venait de triompher sur la performance. Schumi l’avouera de lui-même à la fin de sa carrière, cette victoire reste pour lui sa plus grande en Formule 1. Est-ce qu’un autre pilote aurait réussi la manœuvre ? Pas certain. Ferrari revient en force sur le devant de la scène et entre le jardin de Spa-Francorchamps et la ferveur des tifosi à Monza, la suite des événements pourrait bel et bien sourire aux rouges. Au fin fond des Ardennes belges, le temps est maussade. C’est pourtant là que Ferrari présente sa F300 évoluée. Plus longue et plus puissante, la nouvelle arme italienne n’est là que pour contrecarrer les plans des gris. Malheureusement, les machines de Woking sont extrêmement rapides sur un tour et relèguent les Ferrari au-delà de la première ligne. Le jour du grand-prix, pour le six-centième départ de la Scuderia, les conditions sont très mauvaises et la visibilité nulle. Le départ est pourtant donné mais dans la descente menant au Raidillon, c’est la catastrophe. Coulthard perd le contrôle de sa McLaren qui pirouette en milieu de piste avant de taper les murs de béton. Derrière, la meute lancée ne peut ralentir pour éviter la monoplace perdue. L’accident est inévitable, le carambolage monstre. Au total, ce sont treize voitures qui sont impliquées dans le plus gros incident de l’histoire. Si Schumacher a évité les embûches, Irvine est impliqué.Sa monture est sérieusement endommagée mais il pourra prendre part au second départ avec le mulet. Presque une heure plus tard, les feux s’éteignent de nouveau. Dès le virage de la Source, Häkkinen part en tête-à-queue après avoir touché Schumacher qui lui faisait l’extérieur, avant d’être harponné par Herbert. Le cadeau est immense pour le Kaiser, roi sous ces conditions dantesques, débarrassé de son grand rival au championnat. Sous le déluge spadois, le pilote allemand surnage, tournant, a minima, deux secondes plus vite au tour que quiconque, parfois sept par rapport aux plus lents. Les sorties de piste s’enchaînent mais le Kaiser ne lève pas le pied. Mais à mi-course, alors que Coulthard s'apprête à être relégué à un tour, c’est le drame. Jaillissant dans ce brouillard ambiant, Schumacher ne remarque que trop tard la position de l’écossais en arrivant à Pouhon. L’allemand se décale au dernier moment mais le différentiel de vitesse est trop important. La Ferrari percute de plein fouet la flèche d’argent, arrachant sa suspension avant-droite. Schumacher, qui rejoint les stands à une vitesse folle sur trois roues, est furieux et s’empresse de le faire savoir à l’écossais une fois sa voiture garée aux stands. Si les coups de poing sont évités de justesse, l’animosité qui entoure les deux hommes n'est pas prête de retomber. Pour ne pas arranger le cas de la Scuderia, Irvine se tanke dans les graviers le tour suivant. Ce qui devait être un retournement de situation au championnat se transforme en statut quo. Mais l’incident aurait-il pu être évité ? Selon Ferrari, Coulthard roulait anormalement lentement, à presque sept secondes de ses temps habituels. Avait-il reçu la consigne d’éliminer Michael ? La réponse du clan anglais est négative mais le doute subsiste…
C’est évidemment le couteau entre les dents que Ferrari et Schumacher abordent ce grand-prix d’Italie. Devant les milliers de tifosi, l’erreur est interdite. Munies de ces ailes plates et de la pleine puissance, les F300 sont enfin dans le coup sur un tour lancé. Schumi décroche sa première pole position de l’année, repoussant les McLaren en deuxième ligne alors qu’Irvine pointe au cinquième rang. Mais à l'extinction des feux, l’allemand, et Villeneuve à ses côtés, patinent excessivement, laissant les flèches d’argent libres de caracoler en tête. Voyant les anglaises s’échapper, les italiens craignent le pire. Soudain, alors que Häkkinen perd inexplicablement du rythme, le V10 de Coulthard explose dans un panache de fumée, au moment même où le Kaiser esquisse sa première attaque sur le finlandais. Dans un mouvement imparable, la Ferrari n°3 reprend le commandement en un claquement de doigt pour ne plus jamais le quitter. Facile leader, il accentuera son avance tour après tour sur un Mika peu à l’aise et pour cause, ses freins ne répondent plus. Ils finiront par le lâcher à quelques boucles du but, permettant à Irvine et Ralf Schumacher de grimper sur le podium. La foule est en délire. Pour la première fois depuis dix ans, la Scuderia assure le doublé à domicile. C’est également la première fois que deux frères partagent le top 3 final, une consécration pour la famille Schumacher. Pour couronner le tout, Schumi se retrouve ex-aequo avec Häkkinen au tableau des pilotes alors qu’il ne reste que deux épreuves à disputer. Ferrari va-t-elle faire capituler les gris ? Réponse sur le Nürburgring. Pour le grand-prix du Luxembourg disputé en Allemagne, on prend les mêmes et on recommence. Les récentes bonnes sorties des F300 se confirment avec une première ligne 100% rouge, Schumacher devant Irvine, repoussant les McLaren-Mercedes aux troisième et quatrième positions. Dès le départ, le nord-irlandais se porte à hauteur de son équipier et lui chipe la première place mais très vite, l’ordre initial est rétabli. Le stratagème Ferrari, qui consiste à bouchonner le peloton avec Irvine, se met en place et en quelques tours, sept secondes séparent les deux F300. Au moment où Häkkinen trouve enfin l’ouverture sur le second de la Scuderia, l’écurie de Maranello pensait avoir course gagnée mais au moment où la McLaren retrouve la piste après son premier ravitaillement, la Ferrari du double champion est derrière. S'ensuit un fantastique Mano-à-Mano entre deux grands adversaires mais rien n’y fait, la MP4-13 est mieux armée dans ces conditions fraîches. Échouant à deux secondes de la victoire, Schumi laisse une chance immense à Mika de glaner son premier titre mondial à Suzuka, un mois plus tard. Quatrième derrière Coulthard, Irvine ne récolte que trois malheureux points, trop peu pour espérer priver McLaren de la couronne constructeur. C’est donc au pays du soleil levant que cette folle campagne connaitra son épilogue. La Scuderia a longuement préparé ce dernier épisode si bien que pour la troisième fois consécutive, c’est Schumacher qui prend la pole position, moins de deux dixièmes devant le finlandais. Les deux hommes repoussent toute concurrence à plus de d’une seconde. Aucun doute à avoir, ce sont bien les meilleurs des meilleurs. Pour que le Baron Rouge l’emporte, il faut impérativement que son rival ne fasse pas mieux que troisième. La tâche s’annonce ardue. Elle sera impossible avant même le départ. Alors que le premier départ du tour de chauffe est avorté par la calage de Trulli, le deuxième sera fatal à Schumacher. Agitant les bras pour annoncer un problème, le Kaiser savait dès lors que ses chances étaient devenues nulles. C’est donc depuis la dernière place qu’il partira. S’il remonte plus de la moitié du peloton en cinq tours, il ne pourra jamais s’approcher de la tête, solidement bloquée par Häkkinen. A mi-course, le revoilà déjà parmi le trio de tête, à moins de trente secondes du pilote McLaren. Un retournement de situation peut-il arriver ? Non, car c’est lui qui sera victime de malchance. En arrivant dans le premier virage au trente-deuxième tour, son pneu arrière droit explose. Sa F300 abîmée s’immobilise quelques mètres plus loin. L’affaire était bouclée. Sans jamais subir de pression, Mika Häkkinen gagne et remporte le titre tant convoité. Irvine finit deuxième sans jamais avoir pu défendre les chances de son équipier ou de son équipe. Michael et la Scuderia sont battus de peu. Beau joueur, Schumi sera le premier à féliciter son rival historique à sa descente de voiture.

Spa-Francorchamps (1998)

Monza (1998)

Suzuka (1998)

Spa-Francorchamps (1998)
Cette saison de haute voltige se termine donc en eau de boudin pour la Scuderia. Consciente de ne pas avoir la meilleure voiture, Ferrari affichait pourtant beaucoup d’espoirs depuis l’été et les problèmes successifs des McLaren-Mercedes. La F300 n’aura pas démérité mais doit s’avouer vaincue. Pourtant, rien ne prédestinait cette monoplace à glaner six succès après le début de saison sensationnel des anglaises, imbattables sur le papier. Le travail acharné fourni par les pilotes, les ingénieurs et Good Year aura presque payé tant l’écart final reste réduit. Evidemment, les pépins de Monaco et de Spa-Francorchamps ont laissé des traces mais l’intensité de la bataille était réelle. Cette nouvelle ère qui s’ouvrait pour la Formule 1 n’allait pas tarder à sourire à Ferrari, même si la déception de 1999 et l’accident de Schumacher à Silverstone allaient contrecarrer un plan bien établi. Cette saison aura surtout permis de mettre en lumière ce que deviendrait la Scuderia du début de millénaire, une équipe qui ne lâche rien, prête à tout pour triompher, y compris user de la stratégie, devenue part importante dans la quête de victoire en Formule 1…
La Ferrari F300 en chiffres...
Grands-prix :
16
Victoires :
6
Podiums :
19
Poles Position :
3
Meilleurs Tours :
6


