Ferrari 126 C2

1982 : la pire année pour une championne ?
Après avoir glané les titres pilote et constructeur en 1979, Ferrari a sombré en 1980 avec sa 312 T5. L’heure de laisser tomber le fameux douze cylindres était venue. A la place de l’imposant bloc chantant, la Scuderia fait le choix de la suralimentation, très en vogue depuis le début de décennie. La 126 CK, première machine turbocompressée du clan italien, fait mieux que sa devancière en accrochant deux succès coup sur coup par Gilles Villeneuve mais face aux Williams, Brabham et Renault, l’écart est encore important. De gros changements doivent être opérés au sein d’une équipe en plein redressement. Mauro Forghieri est alors contraint de laisser de côté sa casquette de directeur technique pour se concentrer uniquement sur la partie dessin de la nouvelle monoplace rouge. C’est Harvey Postlethwaite qui prendra sa place avec, comme première décision, le passage à une châssis monocoque complet en aluminium et fibre de carbone, de quoi abaisser le poids général sur la balance. Dans le dos des pilotes, c’est le désormais éprouvé et fiabilisé V6 bi-turbo de 1,5L qui propulse l’engin avec ses 580cv développés en pleine accélération. L’autre atout majeur de cette monture, c’est bien évidemment l’effet de sol. La FISA a fait machine arrière en autorisant le contact au sol des voitures par le biais de ces jupes, retirant, de ce fait, la garde au sol minimale et ces suspensions hydropneumatiques tant décriées. Avec ses impressionnants tunnels et ses jupes collées au sol, la 126 C2 est une arme absolue. Les appuis aérodynamiques générés par l’effet Venturi sont tels que très souvent, les monoplaces, dont la Ferrari, se débarasseront tout bonnement des ailerons avant, jugés inutiles. La longue coque rouge est d’une finesse et d’une netteté incomparable, uniquement surmontée par un petit arceau de sécurité et un aileron arrière bien plus étroit que celui de sa devancière. Du côté des pneumatiques, l’écurie italienne fait le choix de partir chez Good Year en lieu et place de Michelin. Si le poste de pilotage est placé très en avant, cela ne devrait pas gêner Villeneuve et Pironi, les deux bons copains, de bien figurer et ainsi, retrouver la gloire passée de la Scuderia Ferrari…
Avant même le début de la saison, Enzo Ferrari nomme le canadien comme le futur champion du monde 1982. Admiratif devant sa fougue et son style très agressif, Le Commendatore ne s’y trompe pas : la 126 C2 est très bien née et la concurrence prend peur avant même le début des hostilités. Mais ce qui retient l’attention de cette entame de championnat, ce sont les querelles politiques qui reprennent de plus belle, masquant presque le retour en fanfare de Lauda chez McLaren. Guerre FISA - FOCA, conflit entre moteur turbo et atmo, mais surtout, fronde contre la superlicence. En effet, durant l’intersaison, les différentes fédérations ont travaillé de concert pour mettre en place ce nouveau système contraignant pour les pilotes et la gestion de leurs carrières. Sept d’entre eux viendront à mener une fronde à Kyalami, enrôlant la quasi-totalité des conducteurs. C’est Pironi qui se trouvera en meneur, lui qui occupe le rôle de président du PRDA, l’ancien nom de l’association des pilotes. Ainsi, à la veille des premiers essais, voilà que les pilotes s’enferment dans un hôtel de Johannesburg, dans l’attente d’une conciliation avec les instances dirigeantes. La scène est irréelle. Les ennemis du circuit deviennent de bons copains en riant, jouant de la musique, improvisant des numéros, dormant à même le sol sur des matelas de fortune… La grève est un réel succès malgré les menaces proférées par Balestre et Ecclestone, les deux grands manitous des deux partis où seul Teo Fabi craquera sous la pression. Au petit matin, Pironi rejoint Kyalami. La bataille est remportée mais la guerre des mots est loin d’être terminée. Les activités en piste peuvent donc reprendre. Sans grand étonnement, les blocs turbocompressés sont à la fête en altitude. Les moteurs Renault, BMW et Ferrari sont largement devant mais c’est bien la stratégie et l’usure des gommes qui pourrait dicter le grand-prix. Dès le départ, les Renault RE30B s’envolent, suivies de près par les 126 C2 mais après six tours, l’une des italiennes manque déjà à l’appel. Villeneuve est trahi par l’un de ses turbos. Pironi tient le rythme des françaises mais un arrêt aux stands extrêmement long le fait plonger au classement. S’il parvient à remonter, un système d’injection défaillant l’oblige à abandonner sa troisième place pour finalement terminer bon dernier. C’est finalement Prost qui s’impose après avoir réalisé une maestria, passant d’une lointaine huitième place, à presque un tour de son équipier, à la première position en moins de vingt tours. Mais ce premier meeting ne calme pas la colère des fédérations qui, à peine le podium passé, reprennent de plus belle cette mascarade politique. Jean-Marie Balestre annonce la suspension de tous les pilotes grévistes jusqu’à nouvel ordre mais le président de la FISA fait alors face à de nouveaux adversaires : les équipes. Finalement, ce seront de lourdes amendes qui seront adressées aux pilotes, toutes réglées par leurs écuries respectives. Alors tout est bien qui finit bien ? Pas vraiment. A cause de l’annulation de la manche argentine, la Formule 1 s’offre une pause de deux mois avant de retrouver le Brésil. Entre temps, les discussions concernant l’avenir de la discipline reprennent de plus belle. Ainsi, il est évoqué la suppression de l’effet de sol, des moteurs turbos ou encore l’abaissement de la puissance moteur pour réduire la consommation, le tout, pour réduire drastiquement les coûts d’un sport devenu bien trop onéreux. Le 2 Mars, Pironi est victime d’un effroyable accident lors d’un test au Castellet. Son accélérateur s’est bloqué, propulsant sa 126 C2 à toute vitesse dans le décor. A plus de 290 km/h, sa monture s’est envolée avant de s’encastrer dans les barrières. Plus de peur que de mal pour le français, s’en sortant avec quelques contusions seulement. Ce nouvel incident incite les fédérations à agir, et vite, afin d’éviter de nouveaux drames. Ces monoplaces, trop abouties, sont devenues extrêmement dangereuses avec leur puissance délirante et leur vitesse de passage en courbe invraisemblable. Sur la piste de Jacarepagua, les 126 C2 se dotent de nouveaux pontons et de freins en carbone, une nouveauté initiée par McLaren quelques mois auparavant. Les rouges adoptent également un autre subterfuge, celui des petits réservoirs d’eau, censés refroidir les freins mais vidés rapidement après le départ pour pouvoir rouler sous le poids minimum autorisé avant de procéder à leur remplissage avant le contrôle de pesée, comme il est autorisé par le règlement. Cette astuce, qui relève ni plus ni moins de la triche, est présente sur la quasi majorité des voitures, de quoi faire, une nouvelle fois, grincer des dents les instances dirigeantes. La chaleur est accablante le jour du grand-prix et il sera bien difficile de dire qui des hommes ou des machines souffriront le plus. Villeneuve est le plus prompt à s'élancer, chipant la première place à Prost avant même le premier virage. A l’inverse, le pilote de la Ferrari n°28 manque le coche et part en tête-à-queue dans les premiers kilomètres, compromettant ses chances de scorer le moindre point. Si la 126 C2 est rapide, ses gommes arrière se désagrègent vite et Piquet et Rosberg le comprennent vite. A mi-course, les trois hommes sont roues dans roues. Le style expressif de Villeneuve est un régal pour les yeux mais sa fougue le condamnera, encore une fois. Alors que le Carioca venait de passer, le canadien perd le contrôle de sa monture qui s’encastre dans les barrières. Encore un zéro pointé, voilà qui n’arrange pas les histoires de la Scuderia. Pourtant, une nouvelle affaire éclate aussitôt la ligne franchie. En effet, la Brabham et la Williams ne seraient pas au poids réglementaire et ce, malgré le remplissage des réservoirs d’eau. Le résultat est en suspens en attendant un probable jugement par le tribunal de la FIA. La trêve opérée par Balestre et Ecclestone prend fin prématurément, plongeant la F1 dans une nouvelle ère de chaos politique et de paroles sans fin. A Long Beach, alors que Reutemann a volontairement quitté Williams, la Scuderia étonne avec un aileron arrière peu orthodoxe. Les 126 C2 sont équipées de deux ailes, qui ne sont autre que des ailerons avant, collées l’une derrière l’autre sans être alignées. Cette drôle d'invention n’est qu’une provocation de l’équipe italienne envers la FISA visant à démontrer le trop grand nombre de zones grises du règlement. Ainsi, si la longueur de l’élément est respectée, il n’est nullement inscrit sa quantité… Avec un appui plus précaire qu’à l’habitude, les 126 C2 s’élancent depuis le ventre mou du peloton, loin du poleman surprise De Cesaris et son Alfa Romeo. Pourtant, il ne faudra que six tours à Villeneuve pour attraper la troisième place, au moment même où Pironi tape le mur, abimant fatalement sa suspension. La course du canadien est plus sage et si Rosberg le dépasse, le poleman du jour fracasse sa machine. C’est donc en troisième position que l’étrange monture rouge achève ce périple américain, infiniment loin du vainqueur Lauda. Mais peu après l’arrivée, la nouvelle tombe : Villeneuve est disqualifié. La protestation de la FOCA vis-à-vis de l’aileron arrière de Ferrari est acceptée. La Scuderia ne tempère pas sa colère et annonce faire appel. La si sûre d’elle écurie italienne sort terriblement meurtrie de cet entame de championnat avec un zéro pointé douloureux. Est-ce que le retour à la maison fera pencher la balance ?

Kyalami (1982)

Jacarepagua (1982)

Long Beach (1982)

Kyalami (1982)
Mais avant d’arriver à Saint Marin, la politique recommence son cirque. La FISA et la FOCA s’attaquent mutuellement, surtout depuis la validation de la disqualification des Brabham et Williams de Piquet et Rosberg au Brésil. Aussitôt, Ferrari retire son appel, arguant que les bonnes décisions étaient prises par les instances. L’histoire prend des proportions hors-normes si bien que les équipes liées à la FOCA menacent de se présenter à Imola avec leurs voitures illégales, ou alors, de tout simplement boycotter l’épreuve. C’est donc un semblant de grand-prix qui s’organise sur la piste d’Emilie-Romagne avec seulement quatorze inscrits, la quasi-totalité des teams britanniques ayant décidé de ne pas prendre part à cette mascarade. C’est donc un duel Renault - Ferrari qui se profile en Italie mais après les qualifications, les françaises ont l’avantage. Cependant, après sept tours, l’une des RE30B manque déjà à l’appel, soupape cassée pour Prost. Si Arnoux résiste aux rouges, les attaques incessantes des deux pilotes de Maranello finissent par payer. Très vite, le trio infernal s’échange les positions et tour après tour, le classement évolue. Mais à quinze boucles du but, coup de théâtre : le moteur Renault s’embrase. Les 126 C2 sont largement en tête, pour la plus grande joie des tifosi. Dès lors, il leur suffit juste de rallier l’arrivée et la Scuderia l’a bien compris. Ainsi, un panneau “SLOW” est brandi sur le muret des stands, indiquant aux pilotes de ralentir et de sauver la mécanique. Si le leader Villeneuve s'exécute sur le champ, pensant que les positions venaient d’être gelées, Pironi ne réagit pas de la même manière et dépasse la Ferrari n°27. Le canadien croit premièrement que son équipier se donne en spectacle mais très vite, il comprend que l’ordre reçu n’est pas respecté. S'ensuit un combat mémorable entre les deux hommes jusqu’aux derniers instants de course, là où le français croise la ligne d’arrivée juste devant l’autre machine italienne. Si Pironi est heureux de ce résultat, Gilles se sent trahi par celui qu’il jugeait comme son meilleur ami. Plus jamais la relation entre les deux grands pilotes ne reviendra au beau fixe. A Zolder, pour la manche belge, la tension n’est pas retombée et s’est même exacerbée. La séance de qualifications est l’occasion pour Villeneuve de réaffirmer sa place face à un Pironi plus rapide que lui sur un tour. Malgré plusieurs tentatives et deux trains de pneus, rien n’y fait, le canadien est devancé. Villeneuve est alors rappelé à son stand pour stopper définitivement mais de manière incompréhensible, le québécois maintient une haute vitesse. En arrivant dans la courbe de Terlamen, la Ferrari n°27 tombe sur la March de Mass qui s’écarte pour le laisser passer. Problème : Gilles opte pour la même trajectoire. En une fraction de seconde, les deux monoplaces se touchent. La 126 C2 s’envole telle une feuille, effectue plusieurs tonneaux en l’air, frappe durement les barrières, puis repart dans une série de vrilles en se scindant en deux, expulsant son pauvre pilote. Le malheureux git en bord de piste, comme un pantin désarticulé, casque arraché, à travers les minces grillages de protection. Les secours se pressent pour porter une quelconque aide au pilote mais ces efforts seront vains. Héliporté vers l’hôpital de Louvain, Gilles Villeneuve ne s’en sortira pas. Il est 21h12 en ce 8 Mai. La Formule 1 venait de perdre son Petit Prince. La disparition de ce pilote exceptionnel laissera à jamais un vide dans la discipline. Personne n’aurait pu prédire que ce trompe-la-mort se ferait happer au sommet de son art. Le Canada et l’Italie pleurent leur icône. Même Enzo Ferrari, pourtant discret et reclu, se laissera submerger par l’émotion. Celui qu’il considérait comme son propre fils était doué d’un talent brut, une hargne sans équivoque qui continue encore aujourd’hui d'impressionner le monde entier. En signe de deuil et de respect, la Scuderia Ferrari fait retirer sa seconde machine. Watson s’impose dans l’indifférence la plus totale devant Rosberg et Cheever. Des funérailles presque nationales seront organisées pour Gilles, héros de tout un peuple encore aujourd’hui. S’il est encore dans toutes les mémoires, le sport reprend ses droits à Monaco, malgré de nouveaux désaccords politiques. Sur l’étroite piste de la Côte d’Azur, la 126 C2 légèrement modifiée et renforcée s’adjuge le cinquième temps, loin du poleman Arnoux et sa Renault Turbo incroyablement performante. Les premiers tours ne voient pas le classement évoluer mais après l’abandon du poleman sur accident et les problèmes de Giacomelli, voici la Ferrari en bas du podium. La course est sage mais à quelques tours du drapeau à damier, la pluie s’abat sur le Rocher. Alors qu’il volait vers un succès certain, Prost cogne violemment les barrières avant le Bureau de Tabac. Puis, c’est au tour de Patrese, alors second, de commettre une erreur en partant en tête-à-queue à l’épingle du Loews. Pironi saisit sa chance pour s’immiscer sur le devant de la scène mais dans le tout dernier tour, l’humidité ambiante grille son allumage, le conduisant vers un abandon douloureux. Scène invraisemblable et encore, l'histoire n’est pas terminée. De Cesaris, qui aurait dû hériter de la tête, tombe en panne d’essence après Sainte Dévote. Puis c’est au tour de Daly de laisser tomber la victoire, boîte de vitesses hors-service. C’est finalement Patrese, lui-même qui était stoppé un tour plus tôt dans le sens inverse de la marche, qui finira par décrocher le gros lot, la pente importante l’ayant aidée à redémarrer sa Brabham. C’est son premier succès en Formule 1 dans une fin des plus rocambolesques. Pour la Scuderia, cet incident de dernière minute est dur à encaisser mais Pironi sera tout de même classé second. A ce stade du championnat, Prost mène la danse mais avec tant de rebondissements, les écarts sont très resserrés. Ainsi, le top 7 se tient en huit points après six courses…
La F1 prend la route de l’Amérique du Nord pour la suite de sa saison et là encore, Didier Pironi est le seul à défendre les couleurs de la Scuderia. Or, l’on connaît déjà le nom du remplaçant du regretté Gilles : Patrick Tambay. Sans volant depuis son aventure avec Ligier en 1981, le français aura fort à faire pour épauler son équipier et le mener vers un possible titre des pilotes. Le nouveau tracé de Détroit est un pur désastre. Aucun intérêt, virages lents à angle droit, des murs en béton, de vieilles piles de pneus, tout pour un fiasco sensationnel. Malgré une 126 C2 évoluée du côté des suspensions et du moteur, le pilote de la n°28 ne peut mieux faire que la quatrième place sur la grille. En course, alors que l’épreuve est interrompue au bout de sept tours après la collision entre De Angelis et Guerrero, Pironi ne peut lutter face au puissant moteur Renault de Prost. Ce n’est qu’après l’abandon du français, de celui de De Cesaris ou bien Lauda que les places d’honneur s’offrent à l’unique Ferrari en piste. Quatrième puis troisième après s'être défait de la Williams de Rosberg, voilà des points amplement mérités. Devant lui, Cheever savoure son podium inespéré avec la vieillissante Ligier JS17 tandis que Watson, pourtant parti dix-septième, sabre le champagne de la victoire tout en prenant le large au championnat. Pour clôturer la première moitié de cette drôle de campagne, la F1 se rend sur le circuit Gilles Villeneuve … sans Gilles Villeneuve. Le canadien est encore dans toutes les têtes et son absence attriste toujours autant. Comme un hommage à son équipier disparu, Pironi réalise la pole position avant d’annoncer ouvertement que cette belle prestation n’aurait sans doute pas fait le poids face au talent de son ami. Mais le jour du grand-prix, la fête n’est pas là. Au moment de s’élancer, la 126 C2 ne bouge pas, moteur calé. Derrière, la meute de fous furieux surgit. Boesel le percute une première fois avant que Paletti n’en fasse de même. Le choc est effroyable. A plus de 185 km/h, l’Osella de l’italien s'empale dans la Ferrari. Le malheureux semble inerte dans sa machine déchiquetée. Quelques secondes plus tard, alors que les équipes d’intervention et Pironi tentent de l’extraire, l’incendie redouté explose. Il n’y aura plus rien à faire. Une deuxième vie venait d’être enlevée. Les pilotes ne seront pas mis au courant immédiatement de la situation mais certains, dont Pironi, comprennent l’issue fatale. Un second départ est donné et si la n°28 reprend sa pole position sur la grille, de nombreux soucis d’allumage viendront compromettre son grand-prix. Trois arrêts aux stands plus tard, le voilà à errer en fond de peloton, à trois tours du vainqueur Piquet sur Brabham-BMW. Le brésilien qui devance son équipier Patrese sur Brabham-Ford-Cosworth, une petite originalité unique dans l’histoire de la discipline. Pour son retour sur le continent européen, et en particulier les Pays-Bas, la Scuderia ressort le mythique n°27. Tambay est désormais de la partie malgré quelques douleurs à la nuque. Chez Ferrari, personne ne chôme. La monoplace de Pironi est équipée d’une inédite boîte de vitesses longitudinale, abandonnant la boîte transversale initiée en 1975 sur la 312 T. De ce fait, la monoplace est plus étroite, gage de meilleure efficacité aérodynamique. Pour autant, il reviendra à la configuration classique après les premiers essais. Parties depuis les quatrième et sixième positions, les 126 C2 ne peuvent lutter face aux Renault RE30B sur un tour mais la fiabilité des machines françaises est toujours aussi catastrophique et la manche néerlandaise ne déroge pas à la règle. Arnoux abandonnera dans une violente sortie de piste dans le virage de Tarzan alors que c’est un moteur défectueux qui stoppe Prost à mi-course. Cependant, ces retraits n’auront en rien modifié le résultat des rouges. Après avoir effacé les deux voitures au losange en moins de cinq tours, Pironi vole vers un succès facile, le troisième de sa carrière. Tambay termine un tour derrière, en huitième place, la faute à un moteur cafouillant. Le vainqueur du jour peut être heureux : il ne pointe qu’à un point de Watson au championnat. La 126 C2 serait-elle désormais la monoplace de référence ? Pas impossible…

Imola (1982)

Imola (1982)

Zolder (1982)

Imola (1982)
Huit courses ont passé et aucun favori à la couronne ne se dégage, quel que soit le tableau. Pour le grand-prix britannique à Brands Hatch, le V6 Turbo italien subit une nouvelle cure d’amaigrissement mais sur cette piste tortueuse, les blocs atmosphériques auront sans doute leur mot à dire. C’est d’ailleurs Keke Rosberg qui prend la pole position devant les Brabham-BMW, repoussant Pironi au quatrième rang, Tambay au treizième. Avant même le départ, premier coup de théâtre : le poleman ne parvient pas à s’élancer et lorsque son moteur démarre enfin, la meute est déjà partie. Puis, quelques minutes plus tard, c’est Patrese qui reste bloqué sur la grille. Il finira par être percuté par Arnoux, décidément bien malchanceux. Débarrassé de deux de ses adversaires mais dépassé par Lauda, Pironi sait que de gros points sont à scorer, surtout lorsque son rival direct Watson renonce après deux tours. Après la panne du bloc BMW de Piquet, le français lève le pied, sauvant la mécanique et les six unités de la deuxième place, reprenant alors les rênes du championnat. Du côté de la Ferrari n°27, la course est tout autant réussie. Évitant les différents accrochages du départ, Tambay remonte dans la hiérarchie. Surtout, il profite de ses bons pneumatiques en fin de course pour fondre sur De Angelis et Daly, alors en lutte pour la dernière place sur le podium. Remontant comme une balle, il butera un long moment sur le pilote Lotus et ce n’est que dans l’ultime tour que l’ouverture est trouvée. La Scuderia est ravie, revigorée. Mettre ses deux machines sur le podium alors que la piste n’était pas vraiment le terrain de jeu idéal est une réelle aubaine. Seule la McLaren semble en mesure de réellement titiller les italiennes. Le combat titanesque n’est pourtant pas prêt de s’achever. Sur le tracé du Paul Ricard, les turbo sont à la fête. Les vitesses de pointe sont délirantes dans la ligne droite du Mistral dépourvue de chicane. 346 km/h, voilà le record affiché par Tambay. Rien d’étonnant à ce que les deux Renault précèdent les deux Ferrari sur la grille de départ. Si les Brabham-BMW s'immiscent parmi ce quatuor de français, leur trop grande fragilité ne les aidera clairement pas. Alors que le grand-prix voit les machines jaune et blanche s’envoler, un terrifiant accident touche Baldi et Mass. Le pilote March est projeté dans les grillages de la courbe de Signes, là où siègent de nombreux spectateurs. La monoplace retournée s’embrase mais par chance, seuls des blessés légers sont à déplorer. Du côté de la Scuderia, la longue course d’attente est payante. Pironi se classe troisième, juste devant l’autre Ferrari, mais très loin du doublé Renault. Ce quadruplé français historique à l’arrivée n’est pourtant pas porteur de joie. Dans le clan tricolore, l’ordre avait été intimé d’échanger les positions en faveur de Prost, ce qu’Arnoux ne fit pas, évidemment. La tension entre les équipiers ne sera que grandissante. A cinq courses du terme, Pironi caracole en tête du championnat avec une victoire d’avance sur Watson. La bonne tenue de sa machine performante pourrait bien le conduire vers un premier sacre français en Formule 1, enfin, si le 7 Août n’avait pas existé… Hockenheim. L’interminable circuit allemand sera à nouveau propice aux performances des moteurs turbos. Pironi a déjà la pole position en poche et personne ne pourra le lui retirer car le samedi, la pluie est omniprésente. Les essais se poursuivent pour autant et le français travaille d’arrache-pied. Peu après dix heures et trente minutes, la Ferrari remonte à grandes enjambées sur la Williams de Daly, bien moins rapide que lui. Problème, l’irlandais dépasse lui aussi Prost qui rentrait aux stands. En sortie de dernière chicane, Pironi se décale pour dépasser la machine anglaise mais dans le brouillard ambiant, il ne peut apercevoir la Renault, plus lente d’une centaine de kilomètres par heure. Le choc inévitable est monstrueux. Aussitôt, la 126 C2 décolle de plusieurs mètres de haut avant de voler telle une modeste feuille de papier sur une distance interminable. Lorsqu’elle retouche sol, qui plus est sur le museau, la Ferrari se déchiquette de plus belle, le tout, sous les yeux d’un Prost spectateur malheureux de cette scène d’horreur. Lorsqu’elle s’immobilise enfin, les secours s’affairent mais très vite, le constat est sans appel : la jambe droite du malheureux Pironi est détruite, ensanglantée. Par bonheur, le pilote est vivant mais sa saison, voire sa carrière, sont désormais stoppées net. Si certains médecins demandent l’amputation immédiate, le français refuse. La coque renforcée après l’accident de Villeneuve lui a sûrement sauvé la vie, de même que le troisième point d’accroche de son harnais. De longues heures dans le bloc opératoire l’attendent mais cela en vaut la peine. Le soir, des sensations sont retrouvées dans les pieds. Ce premier bon point n’est pourtant pas suffisant pour remonter le moral d’une Scuderia de nouveau touchée par la tragédie alors que tout pouvait s’aligner dans le bon sens. Seul Tambay portera les couleurs rouges en ce jour de course, et de quelle manière. Après avoir effacé les fragiles Renault, Patrick n’a plus qu’un adversaire : Nelson Piquet. Sa Brabham est redoutable mais au dix-neuvième tour, le Carioca se fait percuter par Salazar, pourtant à un tour. S’ensuit une scène burlesque où le brésilien assène de coups de poing et pied celui qui l’a sorti. Tambay, spectateur de ce tumulte, n’en demandait pas tant. Sa 126 C2 tient la route et sous le drapeau à damier, le voici vainqueur de grand-prix pour la première fois de sa carrière, une délivrance pour celui qui voyait son avenir s’inscrire en pointillé après 1981. La Scuderia retrouve un peu de baume au cœur mais sera-t-il possible d’oublier ces douloureux évènements ? En tout cas, Pironi et Ferrari sont bien installés aux sommets des deux hiérarchies mais qu’en sera-t-il à Las Vegas ? Réponse un mois et demi plus tard…
Mais avant de tirer sa révérence, la 126 C2 à encore quatre meetings à tenir. Pour le grand retour de l’Österreichring, il n’y a qu’une seule Ferrari au départ. La Scuderia n’a pas trouvé de remplaçant à Pironi. Sur ce circuit incroyablement rapide, les turbos sont une nouvelle fois l’arme absolue et c’est Brabham qui tire le gros lot devant Prost puis Tambay. Le départ est calme aux avant-postes mais derrière, un accrochage implique Daly, Giacomelli et De Cesaris. Les voitures obstruent la piste mais la course se poursuit comme si de rien était. Mais au second passage, la Ferrari roule sur les débris disséminés un peu partout et crève à l’arrière-droit. Regagner les stands à petit trot est terriblement long si bien que deux tours seront perdus sur les machines blanche et bleue. Rapidement, les abandons s'enchaînent et les Brabham, pourtant si performantes avec leur audacieuse stratégie avec ravitaillement en carburant, ne tiennent pas le coup. C’est également le cas d’Arnoux ou de Watson, puis de Prost dans les tous derniers instants de course. Avec tous ces abandons et un rythme phénoménal, Tambay accroche la quatrième place sous le drapeau à damier. Devant lui, Laffite retrouve le chemin du podium mais ce sont bien les deux premières places qui interpellent le plus. Etonnement, c’est Elio de Angelis qui s’impose sur sa Lotus, cinq centièmes de seconde devant un Keke Rosberg combatif, l’un des plus faibles écarts jamais enregistrés en Formule 1 ! Si les points scorés par le français ne font qu'augmenter l’écart avec McLaren, les unités récoltées par Rosberg le font inlassablement remonter sur Pironi, toujours leader, alors qu’il n’a remporté aucune victoire cette année-là. Le tir sera rectifié au grand-prix de Suisse disputé à … Dijon ! C’était la première fois qu’une manche officielle reprenait cette désignation depuis le drame du Mans 1955 mais pour autant, pas question de rouler dans ce pays enclavé. Sur le petit tracé français, Patrick Tambay n’est pas en forme. Une hernie discale le guette depuis un certain temps mais les douleurs deviennent de plus en plus insupportables. S’il prend part à la journée du vendredi, ce seront ses seuls tours de roues du week-end. Comme à Zolder, il n’y aura donc pas de Ferrari au départ. Au final, c’est le viking Rosberg qui l’emporte, une première pour lui. Prost s’incline en deuxième position après avoir vaillamment mené 78 des 80 tours de course mais une jupe abîmée en décidera autrement. Ce succès finlandais n’est pas sans retourner le championnat car désormais, c’est bien le moustachu qui mène les débats de cette folle saison. Officiellement, cinq pilotes peuvent toujours espérer glaner les lauriers mais il n’y a plus rien à espérer du côté de Pironi. La bataille à quatre sera donc intense, jusqu’au bout. Pour la dernière sur le vieux continent, à Monza, Ferrari fait appel à un vieux camarade pour épauler Tambay : Mario Andretti. L'américain, champion en 1978 mais également pilote Ferrari dans ses jeunes années, retrouve l’écurie de ses débuts et le moins que l’on puisse dire, c’est que son coup de volant n’est pas usurpé. Le voilà en pole pour son grand retour, lui qui n'avait plus vraiment l’habitude de ces monoplaces démentielles. Tambay hisse la n°27 deux rangs plus bas, pour la plus grande joie des tifosi venus en nombre. L’américain est le plus prompt à s’élancer mais un passage au rupteur le condamne à laisser passer bon nombre de ses concurrents, y compris Tambay. Cette déconvenue ne lui sera pas fatale et après l’élimination habituelle des Brabham et de Prost un peu plus tard, le chemin du podium est tout tracé. Devant, Arnoux, qui a signé pour rejoindre les rangs italiens à compter de 1983, s’envole sans jamais être inquiété ni menacé. Sa première victoire de l’année lui tend enfin les bras. Suivent les deux 126 C2, Tambay devant Andretti. C’est un quasi carton-plein pour la Scuderia, félicitée comme il se doit par des supporters en liesse, portant déjà le vainqueur tricolore dans leurs cœurs. Avec ce double podium, l’écurie de Maranello se rapproche inéluctablement du sacre constructeur. A l'aube de la dernière de l’année à Las Vegas, seuls Rosberg et Watson peuvent encore prétendre à la couronne. Le finlandais est même grandement avantagé car avec l'équivalent d’une victoire au compteur, les possibilités de l’irlandais pour le contrer sont peu nombreuses. Sur le sol américain, la même paire est constituée chez Ferrari mais sur le parking géant du Caesar Palace, les 126 C2 ne sont clairement pas à leur aise. Tambay ne prendra même pas le risque de rouler, son hernie se réveillant un peu trop souvent. Seul Andretti sera à même de défendre les couleurs italiennes dans le Nevada. Son grand-prix sera anonyme et se terminera au fond du bac à sable après un bris de suspension alors qu’il tenait la cinquième place. Si Prost mène longuement, c’est un Alboreto offensif qui s’impose, une première pour lui en catégorie reine mais également une première pour Tyrrell depuis plus de quatre ans ! C’est le onzième vainqueur différent en seize manches, du jamais-vu en Formule 1. En se classant cinquième, Keke Rosberg récolte les lauriers. Et dire qu’il n’était entré dans les points qu’à deux reprises avant 1982… Le pilote Williams n’était peut-être pas le plus rapide mais il était le plus régulier. Sa modeste monture n’était pas non plus un foudre de guerre mais sa grande fiabilité et constance l’ont propulsé sur le toit du monde. Du côté des constructeurs, la Scuderia sauve in-extremis la mise, cinq petits points devant McLaren. La 126 C2 se sera bien battue. Désormais, l’heure de la retraite a sonné…

Monaco (1982)

Hockenheim (1982)

Monza (1982)

Monaco (1982)
Cette incroyable monoplace rouge avait tout d’une gagnante : la puissance d’un moteur turbo flambant neuf, l’agilité, d’excellents pilotes,... Le titre des pilotes n’aurait pas dû échapper aux hommes de la Scuderia si l’histoire n’avait pas choisi de froisser les destins. Perdre ses deux pilotes fétiches en une année, personne n’aurait pu l’imaginer, et pourtant. L’accident de Pironi en Allemagne a brisé la dynamique enclenchée depuis plusieurs grands-prix mais c’est bien la tragique disparition de Gilles Villeneuve qui hante encore les murs de Maranello aujourd’hui. Ce pilote doué, tenace, incisif, était devenu la coqueluche de la discipline, un être un peu trop hargneux mais bourré de talent. Le vide laissé par son décès ne sera jamais comblé. Par chance, la Scuderia a pu miser sur les bons chevaux en les personnes de Patrick Tambay et Mario Andretti pour récupérer le Graal. Cette brillante machine qu’était la 126 C2 aura marqué l’histoire des grands-prix, devenant la première voiture à moteur turbocompressé à remporter le championnat du monde. Ses remplaçantes, les 126 C2B et 126 C3 connaîtront la même destinée, sans pour autant permettre à Tambay ou Arnoux de décrocher la timbale. L’effet de sol, tant sujet à polémique, sera tout bonnement supprimé à compter de 1983 avant de revenir quarante ans plus tard, pour le plus grands malheurs des pilotes…
La Ferrari 126 C2 en chiffres...
Grands-prix :
16
Victoires :
3
Podiums :
10
Poles Position :
3
Meilleurs Tours :
2







