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Jacques Villeneuve

Villeneuve, qui ne connaît pas ce nom en Formule 1 ? Il y eut le père, Gilles, le frère Jacques Sr, et le fils, Jacques, seul champion de la famille. Récit de la carrière d’un québécois à l’histoire très spéciale.

Les Villeneuve, une grande histoire d’amour avec le sport automobile, et la Formule 1 en général, mais surtout, un nom associé à l’un des plus grands pilotes de la discipline : Gilles. Avec ses prouesses, ses pirouettes, ses coups d’éclat et son pilotage, le canadien a marqué son époque et la discipline. Son décès lors des essais du grand-prix de Belgique 1982 laissa le paddock choqué, son personnage étant apprécié par tous. Il laissa également une femme veuve, ainsi que deux enfants. L’un d’eux, Jacques, n’avait que onze quand son père perdit la vie. Scolarisé en Suisse, le québécois voulait suivre les pas de son paternel, malgré les quelques inquiétudes de sa mère. Il finira pourtant par connaître les joies du karting, bien poussé par son oncle Jacques Sr. Ce n’est qu'en 1988 qu’il commença la compétition, en Italie, en Formule Alfa. Après cette première campagne, il monte d’un échelon, disputant le relevé championnat italien de F3. Mais là, les performances ne sont pas au rendez-vous. Après trois saisons et aucune victoire, il s’envole vers le Japon, à nouveau pour de la F3. Au pays du soleil levant, le jeune Jacques se montre bien plus à l’aise, échouant en seconde place au général. Ce bon résultat le propulse de l’autre côté du Pacifique, en Formule Atlantique, discipline dans laquelle son père et son oncle furent de grands champions. Après une bonne saison conclue en troisième place du championnat, le voilà au sommet de la compétition automobile américaine : l’Indycar.

Au sein de l’équipe Forsythe-Green Racing, Villeneuve sait que le chemin vers la gloire est encore long mais avec sa hargne, héritée de son père, il pourrait lui permettre de se faire un nom auprès de la concurrence. Malheureusement pour lui, cette saison 1994 est ultra-dominée par le team Penske, ne laissant que des miettes aux autres équipes. Dans cette année d’apprentissage, le québécois se contente d’amasser les kilomètres tout en évitant les problèmes. Pourtant, sa carrière aurait pu s’arrêter dès la deuxième manche à Phoenix. Alors que Fabi et Matsushita s’accrochent, et que Tracy se fait percuter, les drapeux jaunes sont brandis. Toutes les voitures ralentissent mais quelques secondes plus tard, Villeneuve, en glisse totale sur les morceaux de gommes, ne peut contrôler sa monture. Le malheureux heurte de plein fouet la monoplace du japonais, la coupant littéralement en deux. Plus de peur que de mal pour les deux hommes, s’en sortant avec une belle frayeur. Pour ses premiers 500 Miles, il se qualifie à une belle quatrième place. En course, Unser Jr et Fittipaldi mènent largement la danse mais derrière eux, à un petit tour, pointe le canadien. Après le crash du double champion brésilien, le voici en seconde position, place qu’il maintiendra jusqu’à l’arrivée, décrochant le titre de meilleur Rookie. Et en tant que débutant, Villeneuve finit par impressionner. Souvent présent dans le top 10, voire top 5, il score de gros points au championnat. Au Michigan, il est victime d’un autre gros accident, tout comme au New Hampshire, et ce, avant même le passage au drapeau vert. La délivrance arriva enfin à Road America. Parti de la deuxième position, le québécois s’empara rapidement de la tête avant de remporter sa première course dans le championnat. Avec son titre de Rookie de l’année, il s’impose dorénavant comme un sérieux prétendant à la couronne mondiale en 1995. Et la concurrence à bien raison de se méfier du petit canadien puisqu’en gagnant d’entrée de jeu à Miami, celui-ci prend une belle option pour le sacre. Très constant, il dut longtemps se battre face à Unser Jr. A Indianapolis, pour les 500 Miles, le canadien réalisa l’opération parfaite. Pénalisé pour arrêt sous drepau jaune en début de course, il remonta peu à peu jusqu’à revenir dans le tour du leader, puis en seconde place à dix tours du but. C’est alors que le leader, Scott Goodyear, dépassa le Pace Car, manœuvre totalement prohibée. Cela lui vaudra la disqualification, laissant libre champ à Villeneuve pour remporter une édition unique en son genre. Avec une grande régularité et deux nouvelles victoires, plus personne ne peut l’arrêter. Malgré deux épreuves terminées hors du top 10 en fin de championnat, il est déjà trop tard pour le rattraper. Jacques Villeneuve est donc, à vingt-quatre ans, champion d’Indycar. Il n’en fallait pas plus pour que le québécois ne se fasse attirer vers le petit cirque de la Formule 1…

Et celui qui lui fit traverser l’Atlantique se nomme Frank Williams. Après la mort de Senna en 1994, l’anglais cherche une tête d’affiche pour retrouver les sommets perdus depuis deux ans. L’offre de Williams est alléchante mais problème, Jacques ne connaît pas vraiment les Formule 1. S’il accepte la proposition, personne ne sait à quoi s’attendre pour le premier grand-prix de 1996 à Melbourne. Quelle fut la surprise du monde entier lorsque le canadien réalisa la pole pour sa première apparition. La victoire lui était promise le lendemain mais un problème mécanique et une fuite de liquide l’obligèrent à lever le pied pour laisser passer son équipier, Damon Hill. Mais ce succès lâché au tout dernier moment ne mettra pas longtemps à lui revenir. Au grand-prix d’Europe, sur le Nürburgring, Villeneuve réalise la course parfaite, menant de bout en bout. La Williams FW18 est bien la meilleure voiture du plateau mais le diable rouge Schumacher n’est pas très loin derrière. Pourtant, c’est bien Hill qui finira par lui mener la vie dure, lui qui connaît si bien la monoplace. Après deux abandons à Imola, puis à Monaco, le canadien pointe déjà à dix-neuf longueurs de son équipier. Mais en enchaînant une série de sept podiums consécutifs, dont deux victoires à Silverstone et Budapest, il reste plus qu’en lice pour le titre de champion du monde. Si à Monza, rien ne se passa comme prévu pour les Williams, à Estoril, le petit Jacques nous offrit une manœuvre des plus incroyables en dépassant, par l’extérieur, la Ferrari de Schumacher dans la grande parabolique finale. Avec neuf petits points de retard sur Hill, tout est encore possible. La finale se joue à Suzuka mais malheureusement pour le canadien, elle tourna bien court. A mi-course, sa roue arrière-droite s'échappe littéralement de sa monture, propulsant la Williams à vive allure vers les graviers. C’est l’abandon. Pour sa première campagne, il achève son championnat en deuxième place, un très bon résultat pour celui qui ne connaissait que les brutales Indycar un an plus tôt. En 1997, Villeneuve se voit attribuer un nouvel équipier en la personne de Frentzen mais cette fois-ci, ce n’est pas face à ce dernier que le combat aura lieu, mais face au double champion allemand Schumacher et sa Ferrari bien plus rapide que sa devancière. S’il se montre très véloce sur un tour, le québécois n’est pas toujours verni en ce début de saison. Ainsi, alors qu’il enchaîne les poles, il abandonne quatre fois lors des sept premières courses, remportant tout de même les trois autres. Dépassé au championnat par son rival allemand, Villeneuve n’eut d’autres choix que de hausser son niveau en deuxième partie d’année, empochant quatre nouveaux succès, le plaçant idéalement au classement général. La lutte s’annonce serrée jusqu’à la fin mais à Suzuka, c’est le coup dur. En ignorant les drapeaux jaunes lors des essais, le canadien encourt une disqualification alors que le titre peut être acquis ici même. S’il termine cinquième au Japon, il sera bel et bien disqualifié, se retrouvant relégué à un point de Schumacher avant la dernière manche à Jerez. C’est ici que se passa l’un des événements les plus marquants de l’histoire de la discipline. A l’image d’un Senna sur Prost en 1990, Schumacher poussa Villeneuve hors piste pour l’empêcher d’être titré. Ce geste anti-sportif, qui conduira à la disqualification de l’allemand au championnat, ne fut pas d’une grande utilité, ce dernier terminant sa course dans les graviers alors que la Williams, bien touchée, parvenait à poursuivre. Pour sa deuxième campagne dans la discipline, voici que le canadien ramasse les lauriers. Si la monoplace l’aura vraisemblablement bien aidé, son talent et sa dextérité face à Schumacher lui auront permis de réussir ce que son père n’aura pas eu le temps d’accrocher : un titre de champion du monde de Formule 1. Mais ce que personne ne savait, c’est que l’écurie Williams ne connaîtrait plus jamais un tel succès, Villeneuve non plus d’ailleurs. Car en 1998, grosse révolution. Les voitures évoluent grandement, les pneumatiques rainurés apparaissent, le V10 Renault disparaît, que de changements pour l’écurie de Frank Williams. Dans une voiture désormais rouge, le canadien se bat pour quelques points, se faisant plus remarqué par ses couleurs de cheveux délirantes, n’inscrivant que deux podiums, en Allemagne et en Hongrie. En fin de saison, le québécois annonce sa séparation avec l’équipe anglaise afin de se lancer dans un projet, avec son ami c : le British American Racing.

Qui ne se souvient pas des BAR de la dernière du millénaire ? Ces voitures mi “555”, mi “Lucky Strike”, affublée d’une grossière fermeture jaune en guise de lien entre les deux livrées n’auront pas manqué d’attirer les moqueries et les rires. Mais derrière cette peinture complètement décalée se cache une envie de sommets. En effet, l’écurie vise, ni plus ni moins, la couronne mondiale, un rêve pris très au sérieux par tous les membres de l’équipe, y compris Villeneuve. Tout le monde déchantera bien vite. Moteur peu fiable, accidents à répétition, perte d’ailerons, pas de performances, la pilule est dure à avaler. Pour le canadien, rien à faire, tous les éléments sont contre lui. En Espagne, il réalise un superbe envol, pointant en troisième position durant le premier tiers de course, mais après un arrêt aux stands calamiteux, un nouvel abandon est inévitable. En effet, il dut attendre Spa-Francorchamps et la douzième manche de l’année pour enfin voir le drapeau à damiers. Ce grand-prix fut d’ailleurs marqué par la sortie successive des deux BAR dans le Raidillon de l’Eau Rouge, toutes deux pulvérisées en à peine un quart d’heure après d’impressionnant tonneaux dans les graviers. Résultat de cette saison annoncée comme glorieuse : zéro pointé, que ce soit pour le canadien ou son équipe. Une lueur d’espoir se fait sentir en 2000 avec l’arrivée du bloc Honda. Les monoplaces anglaises, désormais entièrement blanches, font forte impression à Melbourne avec les quatrième et sixième places finales. Le top 6 est atteignable et à trois autres reprises, Villeneuve s’immisça au pied du podium, passant sûrement à côté de la victoire à Montréal. La progression est grande par rapport à 1999 mais en 2001, tout se complexifie. Son équipier Panis se montre davantage performant et la BAR-Honda se fait régulièrement devancer par les Sauber, Jaguar et Jordan. Il parviendra pourtant à monter sur le podium à deux reprises, troisième à Barcelone et à Hockenheim. A Melbourne, alors qu’il aspirait R.Schumacher dans l’espoir de le dépasser, le québécois percuta de plein fouet la Williams, s’envolant vers les grillages. Dans le choc, un commissaire, touché par des débris, trouva la mort. Mais à la fin de l’année, coup dur : son ami Craig Pollock est évincé de l’équipe, remplacé par David Richards. Bien qu’actionnaire de l’écurie, Villeneuve songe à quitter le navire mais sans réelles places ailleurs, il prolonge l’aventure avec le team anglais : mauvaise idée.

Cinq ans après son titre et ses dernières victoires, le canadien est de plus en plus critiqué. En 2002, sa BAR 004 est très mauvaise. Pour son centième grand-prix de Formule 1, le résultat fut tragique. Quand le moteur ne cassait pas, les points n’étaient pas atteignables. Il faudra attendre la mi-saison pour le voir enfin scorer avec la quatrième place finale à Silverstone. Mais le reste du temps, le canadien patauge dans le ventre mou du peloton. Les tensions sont de plus en plus vives avec son équipe mais malgré cela, Villeneuve rempile pour une année supplémentaire. En 2003, la BAR 005 débarque et les performances s’améliorent quelque peu. Mais là où il faisait quasiment jeu égal avec Panis, il est nettement dominé par son nouvel équipier : Jenson Button. La saison s’avéra même catastrophique pour le canadien, se retrouvant trop souvent sur le carreau à cause d’une mécanique trop souvent défectueuse. Sur la simple année 2003, Villeneuve inscrira six malheureuses unités, les huit premières places apportant chacune leur lot de points. S’en est trop pour David Richards qui décide de se séparer de son pilote à l’aube de la dernière manche au Japon. Cette éviction pose alors problème pour le canadien. Très peu de baquets restent disponibles pour 2004 et rédiger un contrat lui assurant un salaire presque exorbitant prend du temps. Ainsi, il se retrouve forcé à l’année sabbatique. Enfin, pas tout à fait. En fin de saison, Renault et Trulli finissent par se séparer et ce, à trois courses du terme du championnat. Mais à ce moment-là, l’écurie française pointe en deuxième place du championnat constructeur et espère la conserver vis-à-vis de BAR, plus rapide que jamais. Pour mener à bien cette mission, aux côtés d’Alonso, la marque au losange pari sur Villeneuve, homme d’expérience. Malheureusement pour lui et son équipe, son manque de pilotage récent ne lui offrit aucun point. Pire encore, Renault échoue dans sa quête de second du championnat constructeur, terminant à quatorze points de l’ex-écurie du québécois. Les français ne veulent plus du canadien, s’étant déjà offert les services de Fisichella pour 2005. Mais si l’italien quitte Sauber, alors une place reste vacante dans le team suisse. Une opportunité que le champion 1997 s’empressa de saisir…

C’est donc au sein de la structure helvétique que débarque le canadien, avec le mince espoir de renouer avec le succès. Mais il le sait d’avance, il ne pourra sûrement pas jouer le podium, ni même les victoires. Mais sa principale difficulté, c’est de battre son équipier, le jeune Felipe Massa. Pourtant, la saison commença sur les chapeaux de roues à Melbourne avec une étonnante quatrième place sur la grille de départ. Hélas, sa course fut un désastre complet, le québécois achevant sa course neuf places plus loin. Les premiers incidents et accidents arrivent vite mais à Saint-Marin, il accroche la sixième place, avant de remonter au quatrième rang grâce à la disqualification des deux BAR-Honda. Ce résultat sera le meilleur de son année. A Monaco, il tente un dépassement kamikaze sur Massa à Saint-Dévote : c’est un échec. Alors qu’il percute les pneumatiques de face, il oblige Massa à prendre l’échappatoire. Cette manœuvre complètement manquée finira par faire perdre de probables points pour Sauber Petronas. Au Canada, alors que son équipier termine à une belle quatrième place, il ne peut accéder aux points. Rien ne va plus pour Jacques qui, excepté en France et en Belgique, termine toujours hors du top 8. Alors qu’il voit le brésilien partir dans l’écurie de cœur de son père, le canadien entrevoit une lueur d’espoir avec le rachat de Sauber par BMW. Le géant bavarois représente une opportunité en or mais confronté à un Heidfeld, déjà bien calé sur le sujet après son aventure chez Williams BMW, l’histoire semble se répéter. Même si les moyens financiers sont plus importants, les résultats dépendent aussi du pilote. Malheureusement pour le champion 1997, peu d’améliorations. La voiture est bien meilleure que celle de l’année passée mais le pilotage de Villeneuve n’impressionne plus. En Allemagne, une sortie de piste dans le dernier virage lui ouvrira la porte de la sortie. En avançant la piste de la blessure, BMW annonce officiellement, et dans la foulée, le renvoi de leur pilote, remplacé par le prodige polonais Robert Kubica. C’est ainsi, au cours de l’année 2006, que l’aventure Villeneuve pris fin, pour de bon.

Mais l’envie de pilotage est plus forte que tout et le canadien ne tarda pas à annoncer de nouveaux projets : Nascar, endurance, stock car, que de disciplines. Il n’y connaitra cependant pas le succès, excepté avec Peugeot en endurance, remportant les 1000km de Spa-Francorchamps en 2008 et terminant second des 24 Heures du Mans la même année. Avec l’arrivée des trois nouveaux teams en Formule 1 en 2010, le canadien tente d’effectuer un come-back : raté. Il ne perd pas espoir et annonce, pour 2011, la création de sa propre équipe : nouvel échec. Devant ses deux fiasco, il annonce quitter pour toujours les paddocks F1 avant de se raviser, quelques années plus tard, devenant commentateur pour la télévision française. Ce franc-parler, qui le caractérise lui comme son père auparavant, fit beaucoup parler dans le monde du sport, notamment à cause de ses critiques souvent mal placées ou choisies. Il retenta l’aventure Indianapolis en 2014, sans succès, avant de se lancer dans de nouveaux challenges comme le Rallycross, la Formule E ou la Nascar européenne. La réussite de l’époque Williams est désormais bien loin. La sage décision de tout raccrocher est alors prise, la fin d’une époque.

Jacques Villeneuve en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

Champion du monde (1997)

Grands-prix :

163 (165 engagements)

Victoires :

11

Podiums :

23

Poles Position :

13

Meilleurs Tours :

9

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