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Nigel Mansell

Selon vous, qui est le plus célèbre des moustachus en Formule 1 ? Nigel Mansell, sans aucun doute…

Mansell, un patronyme synonyme d’attaque, de bourdes, de coup d’éclat comme de grande désillusion. L’homme n’a pas fait que marquer la discipline, il a rendu les britanniques hystériques. Sa passion pour le sport auto arrive lors de sa présence au grand-prix de Grande-Bretagne 1962, à Aintree. En voyant passer les Phil et Graham Hill, les Surtees et autres Brabham, l’anglais ressent l’envie d’en faire de même. Dès lors, son futur est dessiné. Un an plus tard, le voilà déjà volant en main en karting et durant treize années, le voilà à poncer chaque centimètre carré de bitume à bord de ces petits engins démoniaques. Les titres sont accrochés mais il faudra attendre 1976 pour que Mansell passe à l'échelon supérieur avec la Formule Ford, au grand dam de son paternel. Rapidement à l’aise, il n’hésite pas à accumuler les petits boulots à côté pour payer ce sport terriblement onéreux. Il faut dire que le futur grand moustachu est particulièrement brillant, lui l’ingénieur en aérospatial. Après avoir remporté de nombreuses épreuves, notamment sa toute première à Mallory Park, il y retourne en 1977, où il arrache le titre, bien que sa carrière aurait pu prendre un tournant bien dramatique. Sous la pluie de Brands Hatch, un gros accident lui brise littéralement le cou. La paralysie est évitée de justesse mais les douleurs subsisteront tout au long de sa carrière. Bien vite remis sur pied, il attaque alors la F3, réalisant quelques solides performances mais l’argent manque et l’anglais ne peut continuer. Conscient du talent de leur fiston, ses parents vont aller jusqu’à vendre leur maison pour offrir un budget supplémentaire à leur progéniture mais l’erreur est désormais interdite pour le jeune Nigel. Tentant le coup en Formule 2, il échoue à se qualifier à Donington, là où il remportera une victoire en championnat de tourisme BMW. La première saison de F3 n’est pas simple mais un changement d’équipe le replace aux avant-postes avec un succès certain. Cependant, un accident avec Andrea de Cesaris, à Oulton Park, l’envoie une nouvelle fois à l'hôpital. Les médecins lui déconseillent de reprendre le volant sous peine de voir son prochain crash devenir fatal. Malgré ces déclarations, Nigel n’a qu’une chose en tête : filer en Formule 1. Une opportunité en or s’offre d’ailleurs à lui alors que sa convalescence n’est pas terminée : un test en F1. C’est Colin Chapman, fondateur et directeur de Lotus, qui lui fait cette fleur. La chance d’accéder au haut niveau est toute proche, mais encore faut-il faire forte impression. Sur le circuit Paul Ricard, Mansell se confronte à d’autres futurs noms de la F1. La place de titulaire lui échappe au profit de De Angelis, mais celle de réserviste est quand-à-elle acquise. Ce n’est qu’un premier pied dans la cour des grands.

C’est donc depuis les stands que Mansell contemple la Formule 1 en 1980, enfin presque. Pour le grand-prix d’Autriche, Chapman lui offre la possibilité de courir face aux plus grands pilotes pour le remercier de son rôle de pilote d’essai, abandonnant alors toutes les compétitions entreprises en catégorie inférieure. La Lotus 81B n’est pas très performante et c’est en dernière position que l’anglais s’élance pour sa grande première. En course, alors que son cockpit est inondé d’essence, il renonce des suites d’une casse moteur. Deux autres grands-prix sont alors prévus pour lui, sans grand succès. A Zandvoort, une sortie de piste le contraint à l’abandon, alors qu’à Imola, ce sont les qualifications qui lui sont fatales. Mais à l’issue de la saison, Andretti, alors pilote titulaire, s’échappe pour Alfa Romeo, laissant derrière lui un baquet vacant. C’est l’occasion rêvée pour Mansell qui entame enfin sa “vraie” carrière en Formule 1. Mais dès le début, c’est la désillusion. La Lotus 88 et son double-châssis sont jugés illégaux et c’est donc avec la vieillissante 81B que l’anglais et son équipier De Angelis commence l’année 1981. A Imola, Chapman tente le tout pour le tout pour faire homologuer sa machine révolutionnaire mais face au refus de la FISA et la faillite du sponsor titre Essex, l’écurie anglaise déclare forfait. Elle sera de retour en Belgique avec la vieillissante 81B lors d’un funeste week-end pourtant marqué par la performance extraordinaire du moustachu. Sur sa monture dépassée, il passe de la dixième à la troisième place sous le drapeau à damier, un premier podium inespéré après seulement six grands-prix ! A Monaco, alors que la nouvelle 87 est en marche, c’est de la troisième place qu’il s’élance avant d’abandonner sur problème de suspension. De gros espoirs sont fondés sur cette voiture rapidement dessinée mais malheureusement, ils seront bien vite douchés. Il subira même l’affront de la non-qualification chez les siens, à Silverstone. Deux nouvelles arrivées dans les points ne seront pas suffisantes pour chercher les sommets, reste à concrétiser en 1982. La Lotus 91 est bien plus performante mais dans cette drôle de saison 1982, difficile de se faire une place. Ainsi, après la troisième place récoltée à Jacarepagua, plus rien, si ce n’est cette quatrième place à Monaco dans une course rocambolesque. Au Canada, alors que le premier départ est annulé suite à l’accident mortel de Paletti, un second envol est décrété mais à l’issue de la première boucle, une incompréhension entre Nigel et Giacomelli provoque l’accrochage des deux machines. L’anglais se fracture le poignet dans cet incident, de quoi entraver ses plans pour cette campagne étonnante. Résultat, pas d’épreuve hollandaise, abandon chez lui des suites d’une reprise prématurée, absence en France, sa saison est désormais bien compromise. Le retour se fait en Allemagne mais les séquelles sont encore présentes et les points ne viendront plus en cette année 1982. Spectateur de la victoire à la photo finish de son équipier De Angelis sur l’Österreichring, il ne se contentera que de la quatorzième place au championnat du monde. Pire encore, le 16 décembre 1982, Chapman meurt d’une crise cardiaque. Mansell est terriblement affecté par cet événement. Celui qu’il considérait comme son parrain était l’un des seuls qui lui portait grande estime au sein de l’écurie Lotus. Désormais, les nouveaux dirigeants de la firme britannique ne sont plus de son côté, portant toute leur attention sur De Angelis. Ce dernier aura même l’opportunité de disposer de la nouvelle monture en premier pour 1983. La saison n’est qu’une succession d’abandons et de contre-performances. En France, Mansell est victime d’un accident peu banal : se faire écraser par sa propre voiture poussée par ses mécaniciens. Résultat, un orteil abîmé et une course à oublier. L’arrivée de la 94T pour la manche anglaise améliora quelque peu les résultats, l’anglais entrant dans les points à trois reprises, dont une belle quatrième place sous les vivas de la foule à Silverstone et la troisième à Brands Hatch, pour le grand-prix d’Europe. Bien que les résultats ne soient pas probants et que la direction de Lotus ne soit pas pour son maintien, Nigel rempile pour 1984. Si la nouvelle monoplace noir et or est rapide, Mansell est trop brouillon. Après six courses, il compte déjà trois abandons sur accident. Seule sa troisième place en France laisse entrevoir une légère satisfaction de son équipe. A Monaco, il parvient à mener pour la première fois une course mais finit par planter sa monture dans le rail alors que la victoire lui tendait les bras. S’en est trop pour le team anglais qui annonce sa séparation avec le moustachu. Sur le très critiqué circuit de Dallas, l’anglais réalise cependant sa première pole position en carrière. En course, il s’autorise à bloquer tout le monde et à fermer toutes les portes, ce qui ne manquera pas d’énerver le pourtant très renfermé Rosberg. Mais une fois le bouchon Lotus sauté, le rythme est plus dur à tenir, d’autant que les températures caniculaires font souffrir les pilotes. Dans le dernier virage, la boite rend l’âme après un contact avec le mur et la Lotus s’arrête à quelques mètres de la ligne d’arrivée. Mansell sort alors de sa voiture et commence à la pousser, mais finit par s’évanouir à côté de sa monture, à bout de force. Quatrième en Allemagne, puis troisième aux Pays-Bas, ainsi aurait pu s’achever la carrière du britannique si Frank Williams n’avait pas eu le flair de s'accaparer les services de l’anglais...

Car s’il y a une chose dont Mansell dispose, c’est l’amour de son public. Son coup de volant spectaculaire, ses prises de risque pas toujours bien calculées, ses étourderies en dehors de la voiture et sa grande proximité avec ses fans en font l’un des chouchous des britanniques. Mais Nigel a du mal avec sa nouvelle monture bleu blanche et jaune et n’accroche que quelques points en entame de saison, loin de son nouvel équipier Rosberg. Le numéro “5” rouge qu’arbore la carrosserie de sa monoplace lui vaudra le surnom de “Red Five”, un chiffre qui lui collera à la peau durant une bonne partie de son épopée Williams. Sur le circuit du Castellet, la deuxième séance de qualifications tourne au drame. Dans la grande ligne droite du Mistral, un pneumatique explose sur sa FW10 qui s’écrase, après une folle embardée, derrière plusieurs rangées de grillage. Le malheureux a été touché par une roue folle à la tête, lui qui s’était sérieusement blessé au pouce au Canada quelques jours plus tôt. Plus de peur que de mal pour l’anglais, sonné et touché par une commotion cérébrale, déclarant logiquement forfait pour ce grand-prix de France. Jusque-là, sa campagne n’est pas glorieuse et les nombreuses péripéties hors-piste commencent à faire grincer des dents chez Williams. Mais à quatre courses du but, c’est un Mansell transformé qui court, bien aidé par les récentes modifications de sa FW10. Sous la pluie de Spa-Francorchamps, il réalise un bel exercice d’équilibre pour s’adjuger la seconde place derrière Senna, son meilleur résultat à ce jour. Mieux encore chez lui à Brands Hatch où, après s’être élancé troisième, il s’empare de la tête aux dépens de Senna et Rosberg pour ne plus la quitter. Le moustachu tient enfin sa première victoire en championnat du monde de Formule 1, pour son plus grand soulagement. Fort de ce premier succès, il récidive dès la manche suivante à Kyalami, écrasant la concurrence avec la pole et la victoire, sans jamais laisser le commandement. Adélaïde aurait pu être sienne si la pauliste de chez Lotus ne l’avait pas poussé hors-trajectoire dès le premier tour. La machine semble enfin lancée et 1986 doit être l’année du triomphe. Mais avant même l’entame de saison, l’écurie Williams est touchée de plein fouet : Frank Williams vient de subir un grave accident et se retrouve paralysé. De plus, Mansell doit faire avec un nouvel équipier en la personne de Piquet mais les relations s’avèrent désastreuses, le brésilien se moquant très souvent de l’anglais. Mais une chose est sûre : la monoplace blanche, bleue et jaune est celle à battre en cette saison 1986. Dès la première course, l’anglais faute encore, accroché par Ayrton Senna dès le premier tour. Il se rattrape à Jerez avec la deuxième place, échouant à seulement quatorze petits millièmes de Senna dans la dernière accélération. Petit-à-petit, la FW11 montre sa bonne forme mais son voisin de garage Piquet se montre bien plus performant. Il faudra attendre la cinquième manche, à Spa-Francorchamps, pour avoir le moustachu sur la plus haute marche et ce, malgré un tête-à-queue en début d’épreuve. Malgré cela, la joie n’est pas présente. Quelques jours plus tôt, son ancien équipier De Angelis a perdu la vie lors d’une session de tests au Castellet. Les points s’accumulent, les victoires aussi, comme en témoignent ses succès à Montréal et au Paul Ricard. A Brands Hatch, pour sa course à domicile, il lutte férocement face à son équipier Piquet, lui subtilisant alors le commandement après son arrêt aux stands. La bataille de tous les instants se poursuit jusqu’au drapeau à damier sans que jamais l’ordre ne soit inversé. Nigel est adulé tel un héros par les anglais venus en nombre scander son nom. L’homme de l'Île de Man devient l’idole d’un peuple, récoltant la tête de ce championnat pour la première fois de sa carrière. Si les podiums et les points continuent de venir à lui, les trois autres hommes forts de ce championnat n’ont pas dit leur dernier mot. Jusqu’au bout, Piquet, Senna et Prost se montreront dans ses rétroviseurs, réduisant nettement son avance comptable, bien qu’un nouveau triomphe soit ajouté à son palmarès à Estoril. Mais en coulisses, son équipier brésilien fait tout pour le déstabiliser, quitte à clamer haut et fort que l’écurie avantage le moustachu. Au Mexique, alors que son estomac ne lui facilite pas la tâche, il ne termine que cinquième, repoussant l’échéance à Adélaïde pour la dernière de 1986. S’il termine quatrième ou mieux, l’anglais sera champion, dix ans après le dernier britannique couronné, James Hunt. Le week-end débute bien avec une nouvelle pole position. Le jour du grand-prix, les pneumatiques se dégradent bien plus que de raison. Alors que Prost décide de s’arrêter pour changer de gommes, les Williams restent en piste derrière la McLaren de Rosberg mais au soixante-troisième passage, un pneu éclate sur la voiture du leader. C’est la panique dans le clan de Didcot qui sait courir ici un gros risque à laisser ses monoplaces en piste. Un tour plus tard, c’est la catastrophe : à plus de 300 km/h, Mansell subit la même avarie que le finlandais. Sa monture devient alors incontrôlable mais le moustachu parvient à la maintenir en place avant de l’arrêter dans l’échappatoire. S’en est fini pour lui, comme pour son équipier, contraint de s’arrêter également. Prost empoche les lauriers mais surtout, vole in-extremis le titre à Nigel, évidemment très frustré et déçu de cette déconvenue. Ce n’est que partie remise en 1987…

Après la terrible déception de Mansell et Williams, les anglais cherchent à se rattraper. La FW11B est encore plus performante que sa devancière mais comme à son habitude, le moustachu se remet mal de la pause hivernale et malgré la pole d’entrée de jeu, il ne termine que sixième au Brésil. Sans Piquet au départ à Imola car accidenté en essais, l’anglais s’impose facilement avant de connaître un printemps plus compliqué. A Spa-Francorchamps, il tente une manœuvre idiote sur Senna qui ne fera que faire disparaître les deux monoplaces du classement. Les critiques de la presse, déjà peu encourageantes, ne cessent de faire les gros titres, réduisant le malheureux pilote à une personne décérébrée une fois le casque enfilé. Ces violentes déclarations irritent Mansell, déjà bien torturé par un Piquet politiquement incorrect. Après les terribles désillusions de Monaco et Détroit, les choses s’éclaircissent à nouveau en France avec la victoire au Castellet, puis chez lui à Silverstone, au terme de ce qui reste très probablement sa plus belle course en carrière. A plus de vingt-cinq secondes de son leader en pneus usés, Mansell cravache comme jamais jusqu’à revenir dans le sillage de la Williams pour effectuer un audacieux mais intelligent dépassement sur Piquet à Stowe. Après avoir feint de plonger à l’extérieur, l’anglais se rabat brutalement à l’intérieur, piégeant l’autre FW11B avec la manière sous les yeux de fans déchaînés. Trois tours plus tard, la foule en délire envahit la piste pour porter leur pilote en triomphe. Nigel est sur un petit nuage mais les démons refont surface et le condamne à deux abandons consécutifs Après une brutale casse moteur à Hockenheim, c’est un écrou de roue qui se détache en Hongrie alors qu’il ne restait que cinq petits tours à couvrir. Dix-huit points, c’est le total perdu en deux meetings mais surtout, c’est l’écart qui le sépare de Piquet, solide leader du championnat. En Autriche, malgré un embrayage récalcitrant et trois départs manqués, il parvient à tirer son épingle du jeu, utilisant le moindre cheval vapeur pour remonter et effacer son équipier pour voler vers la victoire, le tout, pour son centième grand-prix. Mais c’est bien après l’arrivée que le grand moustachu marque une nouvelle fois la discipline de sa bêtise. Alors qu’il saluait la foule debout à l’arrière d’un pick-up, Nigel n'aperçoit pas le portique qui se dresse à sa hauteur. Boum… C’est donc complètement sonné qu’il grimpa sur la plus haute marche du podium, du grand Mansell quoi. Après avoir laissé des points à ses rivaux à Monza et Estoril à cause de moteurs poussifs et malades, il retrouve la plus haute marche à Jerez mais le championnat semble définitivement plié. Bien qu’il s’impose de nouveau à Mexico, Suzuka ne suivra pas le même élan de réussite. Lors des qualifications, Piquet se montre bien plus véloce, de quoi irriter l’anglais. Reparti le couteau entre les dents, il subit une nouvelle panne de cerveau, franchissant beaucoup trop vite les enchaînements du premier secteur. Comme attendu, sa Williams décroche, s’écrase dans le mur de pneus, décolle avant de lourdement retomber au sol. Red Five se tort de douleur dans son cockpit, incapable de s’en extraire. Les vieilles blessures datant d’avant la F1 venait de se rouvrir. C’est donc la mort dans l’âme que Mansell annonce son forfait, inapte à reprendre le volant le dimanche. Ainsi se termine cette drôle de saison 1987 pour lui, tout comme pour Williams-Honda. Piquet champion mais voguant vers Lotus, une paire Prost-Senna chez McLaren et avec le bloc Honda, que reste-t-il à Mansell ? Pas grand-chose si ce n’est le peu puissant et fiable Judd et Patrese en voisin de garage. Si sa FW11B s’était montrée comme l’arme absolue de 1987, la FW12 est une calamité. Sept courses et autant d’abandons, voilà de quoi déplaire au moustachu, désormais obsédé par des envies d’ailleurs.La pluie de Silverstone arrangera quelque peu le calvaire de Williams mais les succès ne sont plus là et les places d’honneur sont chères. Pour ne rien arranger, c’est la varicelle qui le touche en cours d’année, le poussant au repos durant deux grands-prix. Après un retour agité et un énième accroc avec Senna, il reprend des couleurs, signant une belle deuxième place sur le sinueux tracé de Jerez avant de mettre pied à terre pour les deux derniers meetings de l’année. Ce seront ses derniers avec Williams, du moins, pour l’instant car dès 1989, Nigel se lance dans un nouveau défi. En effet, quelques jours avant la disparition d’Enzo Ferrari, il se lie avec l’écurie de Maranello pour deux saisons. Son style de pilotage si caractéristique plaît au Commendatore qui, hélas, n’aura jamais l’occasion de le voir piloter une machine rouge…

Celui que les tifosi surnommeront “Il Leone”, “le lion” en italien, en raison de son pilotage agressif, a le privilège de courir avec une innovation changeant la face de la Formule 1 : la boîte de vitesses semi-automatique avec palettes au volant. Et d’entrée de jeu, Mansell marque son terrain, remportant le grand-prix brésilien de main de maître, notamment grâce aux déboires des McLaren. Rien n’était aisé pourtant car avec une boîte de vitesses qui n’avait jamais couvert plus de quinze tours, la tâche était ardue. De plus, un incident qui ne pouvait arriver qu’à lui aurait pu compromettre sa course. En effet, l’attache soutenant le volant céda, obligeant son pilote à le maintenir tout en le tournant en virage, drôle de mésaventure. Un arrêt aux stands et un changement de volant plus tard, sa victoire était assurée. Mais le moustachu ne serait pas Mansell s’il ne commettait pas de bourdes. Sur le podium, l’anglais s’entaille la main avec son trophée. La joie est cependant de courte durée. Le fabuleux système est fragile et la fiabilité du bloc italien reste à démontrer. Après quatre abandons successifs et une disqualification pour départ très anticipé au Canada, les choses s’améliorent pour le titulaire de l’iconique n°27, réalisant de solides performances dont plusieurs podiums consécutivement. Chez les siens, à Silverstone, il tient la dragée haute aux McLaren pourtant plus véloce, menaçant un long moment Prost pour la tête avant qu’une crevaison ne vienne contrecarrer ses plans. Sa deuxième place sous le drapeau à damier sera célébrée telle une victoire par ses supporters, toujours aussi fanatiques du grand moustachu malgré son transfert chez les rouges. Sur le Hungaroring, une mauvaise qualification le repousse au douzième rang. Sur un tracé où dépasser relève presque de l’impossible, Nigel sort le grand jeu, profitant de réglages optimaux pour dépasser là où ses adversaires ne tentent rien. Après avoir effacé Prost puis Patrese, il se blottit dans les échappements de Senna. Six tours plus tard, et après avoir apposé une pression monstre sur les épaules du pauliste, Mansell profite d’une légère hésitation d’Ayrton pour déborder et le brésilien et l’Onyx de Johansson, retardataire. Cette victoire de prestige sera suivie d’un nouveau podium en Belgique mais à partir de Monza, le formidable chemin entreprit par la Scuderia se transforme en bérézina. Après avoir tardivement cassé sa transmission en Italie, il commet l’une de ses plus grosses bourdes en carrière lors du grand-prix du Portugal. Alors qu’il menait la course, le moustachu manque son emplacement d’arrêt aux stands. Sans attendre ses mécaniciens, ce dernier enclenche sa marche arrière, manœuvre interdite. La sanction est immédiate : c’est la disqualification. Mais le pilote de la Ferrari n°27 ne bronche pas et poursuit sa course comme si de rien n'était et ce, malgré la présence du drapeau noir. Trois tours plus tard, Mansell harponne Senna. Les deux hommes sont au fond du bac à graviers. En plus de sa non-classification à l’épreuve, le voici suspendu pour la suivante. Coup dur pour l’anglais qui ne reviendra qu’à partir de Suzuka pour finalement clore ce chapitre 1989 par deux nouveaux abandons. Et les nouvelles ne vont pas en s’arrangeant : Prost rejoint la Scuderia, un os de plus dans la quête d’une première couronne pour Mansell. Rapidement, l’équipe est à l’entière disposition du français, l’anglais travaillant bien moins avec ses ingénieurs. La saison est un cauchemar : successions de pannes mécaniques, contre-performances. Il faudra attendre le Mexique pour retrouver un Mansell incisif, auteur d’un incroyable dépassement sur Berger dans le tout dernier virage pour la seconde place. Quelques semaines plus tôt, à Imola, il est l’auteur d’une spectaculaire cascade lorsque Berger le tasse hors de la piste, propulsant la Ferrari dans un tête-à-queue parfait et magistralement contrôlé à plus de 300 km/h. A mi-saison, l’anglais décide de se retirer de la Formule 1 à la fin de l’année à la surprise générale. Le titre se joue entre Senna et Prost et le moustachu a tout intérêt à aider son équipier pour endiguer la menace brésilienne mais au Portugal, il fait tout le contraire. Dans un premier temps, il tasse le français au départ avant de dominer l’épreuve sans jamais s’effacer devant Prost. Est-ce de la provocation ou un coup prémédité ? L'épilogue du championnat sera connu à Suzuka et n’ira pas en faveur de la Scuderia. Pour sa dernière en combinaison rouge, Mansell arrache la deuxième place, un cheveu derrière son ancien ennemi, Piquet. Mais alors, c’est fini ?

Non. Nigel en redemande toujours mais où aller ? Tous les horizons semblent bouchés sauf un : Williams. Le nouveau V10 Renault est prometteur mais encore jeune. Trois courses et trois abandons plus tard, le voici qui attaque la manche monégasque. Sans jamais pouvoir atteindre Senna, il accroche la deuxième place, entrant enfin ses premiers points de l’année dans son compteur. Au Canada, il mène solidement la course, n’étant jamais inquiété mais dans le dernier tour, en arrivant à l’épingle, sa FW14 se tait et stoppe. Mansell est fou de rage, lui qui abandonne un succès certain à moins d’un kilomètre du but. Certains affirment pourtant avoir vu l’anglais lever les mains pour saluer la foule, ce qui l’aurait peut-être perturbé dans un changement de vitesse… A la suite de la superbe lutte avec Patrese qui ne le laisse que second au Mexique, Mansell se ressaisit enfin : victoire en France puis à Silverstone et à Hockenheim deux semaines plus tard. L’anglais remonte au championnat sur Senna, son principal rival mais malheureusement, sa fin de saison ne sera pas aussi grandiose que sa faste période estivale. S’il s’impose à Monza et à Barcelone, après avoir dépassé Senna dans la ligne droite principale, roues contre roues à 300 km/h, il doit renoncer en Belgique avant d’être disqualifié au Portugal. Ce bête retrait est d’ailleurs provoqué par son équipe, laissant repartir son pilote avec une roue non serrée qui se détachera dès la première vitesse enclenchée. Une nouvelle fois, c’est lors de la dernière manche, à Suzuka, que tout se joue. Comme à son habitude, Mansell en fait trop. Déventé derrière son rival brésilien, le moustachu perd le contrôle de sa Williams dans le premier virage et s’échoue dans les graviers. Le titre est perdu, encore une fois. Pour la dernière à Adélaïde, il tente de surpiloter sous la pluie torrentielle mais ne récolte qu’un accident et une cheville froissée. Désormais, cap sur 1992. Williams-Renault fonde beaucoup d’espoirs sur la nouvelle FW14B et sa suspension active exceptionnelle. Avec cette arme, Mansell est imbattable. L’Afrique du Sud, le Mexique, le Brésil, l’Espagne, Saint-Marin rien ne lui échappe, ni la pole, ni la victoire. A Monaco, c’est avec une aisance déconcertante qu’il mène une course que tout le monde pensait jouée. Mais à huit tours du but, la Williams rentre aux stands. L’anglais se plaint du comportement de sa monoplace mais l’équipe n’y décèle aucun défaut et le renvoie en piste. Problème, entre-temps, Senna est passé. Le moustachu se lance dans une folle course-poursuite pour dépasser le brésilien, en vain. Il échouera à quelques centièmes, extrêmement déçu. Personne ne comprend cet arrêt impromptu. Serait-ce une nouvelle bévue de la part de Nigel ? Beaucoup en doute même si, finalement, un réel problème a touché sa monture. Sur le circuit Gilles Villeneuve, Mansell commet une nouvelle boulette. Partant de trop loin pour dépasser son éternel rival brésilien, il perd le contrôle de sa machine, explose son aileron avant de caler au milieu de la piste. Pour la première fois de la saison, sa Williams est sur le carreau. Malgré cette bévue, sa motivation est plus forte que jamais et les grands-prix de France, de Grande-Bretagne et d’Allemagne ne seront qu’une formalité pour lui. Après dix épreuves, il en a déjà remporté huit. Celle décrochée chez les siens reste teintée d’émotion. Deux secondes pleines de moins que son équipier en qualifications, une domination outrageuse de bout en bout, des fans en liesse envahissant la piste une fois le drapeau à damier agité. Nul doute, Nigel Mansell est un vrai héros. Cette fois, le titre ne peut pas lui échapper. Ce sera chose faite dès la course hongroise avec la deuxième place finale. Après trois places de vice-champion, Mansell décroche enfin la timbale. A trente-neuf ans, il était temps. Auréolé de la couronne mondiale, l’anglais en profite pour demander quelques sous supplémentaires à son patron. Ce qu’il va apprendre lui fera très mal : Williams annonce ne pas le reconduire pour les prochaines années, le remplaçant par Prost dès la saison suivante. Cette fois c’est décidé, Nigel quittera pour de bon la Formule 1. Les altercations qui l’opposent à son écurie, et notamment Patrick Head, ne sont plus supportables. Sa fin d’année sera décevante, le moustachu ne glanant qu’une victoire à Estoril. Après un ultime accrochage avec Senna à Adélaïde, Mansell dit adieu à la Formule 1, enfin, pas vraiment.

Fraîchement titré, Mansell digère mal son remplacement et s’en va trouver refuge aux Etats-Unis dans le championnat CART. D’emblée, l’anglais sort les crocs et signe la pole, le meilleur tour et la victoire pour sa première course à Surfers Paradise. Après une grosse sortie à Phoenix, le moustachu s’habitue vite aux pistes ovales et passe même très proche du succès aux 500 Miles d’Indianapolis. Avec cinq victoires, il décroche le titre pour sa première participation, au plus grand étonnement de tous. La même année, il dispute une course du BTCC qui se terminera par un nouvel accident, le sonnant quelque peu. Auréolé de sa couronne américaine, Mansell retente sa chance en 1994 mais cette année-là, les Penske sont trop fortes. Ce qui devient fort également, c’est l’envie de retourner en Formule 1. L’occasion rêvée se présente enfin lorsque Frank Williams le rappelle pour le grand-prix de France. C’est donc dans une équipe meurtrie par la perte de Senna que le champion 1992 réapparaît. Malheureusement, sa transmission abrégera son week-end de course plus tôt que prévu. Le moustachu retournera dans le pays de l’Oncle Sam pour y terminer sa mauvaise saison, ponctuée par un accrochage sous drapeau jaune lors de la course la plus rapide du monde. Mais une fois son aventure américaine terminée, Red Five reprend du service pour trois nouvelles épreuves chez Williams. Et c’est dans les graviers qu’il terminera le grand-prix d’Europe avant de mener une course plus sage sous la pluie de Suzuka. Pour la dernière manche à Adélaïde, théâtre de l’accrochage Hill-Schumacher, Mansell réalise la pôle et après l’élimination de ses deux rivaux, file vers son ultime succès en Formule 1. Sa carrière aurait pu s’arrêter là mais l’anglais a décidé de tester toutes les grandes écuries. Il signe alors, à la surprise générale, chez McLaren pour la saison 1995, peut-être la plus grosse erreur de sa carrière sportive. En effet, il s’avère que le moustachu n’est pas assez maigre pour entrer dans la monoplace anglaise. Sans châssis sur mesure, il ne peut participer aux deux premiers rendez-vous de l’année. C’est à Imola qu’il retrouve la piste, qu’il finira par quitter après un accrochage avec Irvine. La manche suivante à Barcelone le verra renoncer après à peine une vingtaine de boucles, la monoplace étant inconduisible. Cette comédie avait trop duré pour Dennis qui renvoya immédiatement Mansell. Après seize ans à haut niveau, le britannique allait ranger le casque et les gants. Enfin, pas totalement puisque l’anglais participera à quelques tests avec Jordan, sans suite. Quelques temps éloigné des circuits, il réapparaît pour quelques courses dans le relevé championnat de voitures de tourisme britannique au volant d’une Ford Mondeo. La plupart du temps, c’est dans les barrières que termine sa voiture mais lors du douzième round de l’année, sur le circuit de Donington, le moustachu fait parler de lui. Sur une piste noyée sous les eaux, il surnage et mène l’épreuve malgré les différents contacts avec les Nissan et Vauxhall. Il échouera à la cinquième position au terme de ce qui reste l’une des courses les plus épiques de l’histoire des sports mécaniques. En 2001, lors d’une démonstration de Formule 1 à Donington dans une Minardi biplace, Mansell commet une nouvelle boulette en s’accrochant avec Fernando Alonso à la sortie de la chicane finale. Quatre ans plus tard, il participe aux Grand-Prix Masters, une compétition regroupant d’anciennes stars de la Formule 1. Il y remporta deux courses sur les trois organisées avant de disparaître quelques années du sport automobile. Ce n’est qu’en 2010 que son retour est annoncé. L’anglais s’est mit en tête de disputer les 24 Heures du Mans avec ses deux fils. Au bout de cinq tours, une crevaison envoie son prototype dans le mur, le blessant sérieusement. Plus jamais il ne s’alignera en compétition. De temps en temps, Nigel refait surface lors de festival, comme à Goodwood, retrouvant alors ses iconiques monoplaces pour le plus grand plaisir des spectateurs, toujours passionnés par ce personnage unique, un Gaston Lagaffe des temps modernes qui aura, de par ses étourderies et son coup de volant spectaculaire, marqué de son empreinte la discipline. Même s’il n’était pas le plus propre en piste, Mansell n’avait pas froid aux yeux. Rares ont été les pilotes d’une telle trempe ayant connu le succès. Était-ce grâce à la moustache ? Le secret est toujours bien gardé…

Nigel Mansell en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

Champion du monde (1992)

Grands-prix :

187 (192 engagements)

Victoires :

31

Podiums :

59

Poles Position :

32

Meilleurs Tours :

30

Mis à jour le 

28/02/2026

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