Niki Lauda
Accidenté, gravement brûlé et pourtant titré : voici Niki Lauda.
Niki Lauda, un patronyme que tous les amateurs, de près ou de loin, de sports automobiles connaissent. Il y a l’avant et l’après Août 1976 mais surtout, il y a un homme à la persévérance folle et à la réflexion hors du commun. Cette dextérité sera la clé de son entrée dans le petit monde des sports motorisés. Malgré une famille très haut placée dans la société et des moyens financiers convenables, Lauda apprend bien vite que lui seul devra assurer sa carrière. Pour ses proches, hors de question de gaspiller de l’argent pour tourner en rond sur circuit. Le jeune autrichien doit se démener pour trouver des fonds, enchaînant les prêts jusqu’à être sacrément endetté. Ses premiers tours de roues, sur une Mini en course de côte, ne sont pas mauvais mais rien ne lui prédisait un avenir radieux volant en main. L’achat d’une Porsche quelques mois plus tard n’y changera pas grand-chose. Pour évoluer et atteindre le très haut niveau, c’est-à-dire la Formule 1, pas le choix de commencer par les catégories inférieures. Ses premières armes en Formule Vee en 1970 seront drôlement mauvaises. Les accidents sont très nombreux et les podiums jamais atteints. Tout arrêter serait la solution de raison mais pas pour Niki Lauda. Avec sa maîtrise des affaires et son habileté à parler et écrire, il s’approche de la toute nouvelle écurie March, déjà en proie à d’importantes difficultés financières, un an après leurs grands débuts en catégorie reine et en F2. Se sachant en position de force, Niki achète son baquet en Formule 2 pour la saison 1971 par le biais d’un énième prêt bancaire. Même si sa famille continue de lui mettre des bâtons dans les roues, à l’image de son grand-père qui convaincra la banque de casser l’accord établi, et malgré l’utilisation, à risque, de son assurance vie, Lauda intègre le plateau de Formule 2 avec l’espoir de rapidement monter en F1. Les débuts sont laborieux mais sur les six March engagées, il est de ceux qui s’en tirent le mieux derrière Peterson, déjà pilote de gros calibre. Sa rapide ascension atteint son pic en Août 1971. Sur sa piste maison de l’Österreichring, une March 711 affublée du nom de “Niki Lauda” prend place sur la grille de départ. L’aventure (payante) de la Formule 1 allait débuter…
Après une vingtaine de tours plus que pénibles, Lauda regagne les stands pour abandonner. Sa première prestation n’aura pas vraiment marqué les esprits mais c’est bien en deuxième division que son talent naturel s’exprime le mieux. Doté d’un retour technique pertinent et réfléchi, le viennois épate son monde, à commencer par l’un de ses patrons et fondateur d’écurie, Max Mosley. Certes, les résultats ne sont pas là mais son aide sur la compréhension de la voiture et de ses réglages impressionnent. Il n’en faut pas plus au team anglais, si ce n’est quelques Schilling autrichien, pour assurer à Niki une place aux côtés de Peterson, étonnant vice-champion du monde en 1971. La 711, si brillante l’année passée, subit quelques modifications, d’où son nom 721. Pour ses deux premiers grands-prix sous en tant que pilote officiel, Lauda ne fait pas d’étincelles et se contente de rallier l’arrivée. A la porte des points à Kyalami, il s’affirme une première fois post-saison européenne avec un franc-parler qui deviendra iconique. Alors que March s’apprête à lancer son nouveau modèle révolutionnaire, la 721X, le jeune autrichien ne tient pas sa langue dans sa poche, annonçant que cette voiture est un “vrai tas de merde”. A l’inverse, Peterson est enchanté par cette monture. Mosley sera d’avis d’écouter son prodige suédois à l’instar d’un pilote payant et novice. Grossière erreur. Tout au long de l’année, les 721X, puis les 721G, seront de vraies calamités. La fiabilité est désastreuse, de même que le comportement de la machine rouge si bien qu’au terme du championnat, le compteur de points de Lauda n’est toujours pas ouvert. Il le sait et l’a compris depuis déjà un bout de temps, son futur ne peut pas se faire ici. Parallèlement, sa saison de Formule 2 se conclut en cinquième place avec trois podiums mais aucune victoire à son actif. En dépit de statistiques peu flamboyantes, l’autrichien trouve refuge chez BRM pour 1973. Associé à Clay Regazzoni et Jean-Pierre Beltoise, le viennois se doit se faire un nom, au risque de devoir tout plaquer, faute de budget. Sa P160C rétive ne lui offre pas beaucoup de possibilités de briller mais en Belgique, sur la piste de Zolder, il tient enfin ses premiers points en Formule 1. Quatrième à l’entame du dernier tour, il dégringole au cinquième rang pour arracher deux petites unités, ses seules de l’année. A Monaco pourtant, un gros résultat était à portée de main. Brillamment qualifié sixième, il tiendra un long moment la troisième place derrière Stewart et Fittipaldi avant que sa boîte de vitesses ne viennent achever son épopée fantastique. Cette jolie performance avec sa modeste monture ne passe évidemment pas inaperçue aux yeux des chefs d’équipe, à commencer par la Scuderia Ferrari qui pense déjà au remplacement de Ickx et Merzario. A Silverstone, il saute de sa neuvième place sur la grille pour poindre en deuxième position après Copse. Malheureusement, des soucis plus que récurrents viendront mettre à mal ce beau début de course. Moins de chance lors de la manche allemande sur le Nürburgring. Bien que lauréat de la course de 24 Heures cette année-là, Niki ne connaît pas la même joie en monoplace, sortant violemment de piste en course, le blessant sérieusement au poignet. Absent de son grand-prix national, il revient à Monza avant de se faire remarquer une fois encore à Mosport Park. Sur une piste détrempée, Lauda réalise une course parfaite, menant ses premiers tours en Formule 1. Mais au fur et à mesure que la piste s’assèche, l’avantage fourni par ses gommes diminue. Pire encore, il se retrouve piégé dans le mauvais wagon après l’entrée inédite de la voiture de sécurité, une première pas vraiment réussie en catégorie reine. Finalement, c’est un énième souci mécanique qui le contraint à stopper sa BRM. Mais qu’importe, ces coups d’éclat lui ont sauvé la mise et sa carrière. A compter de 1974, c’est à Maranello que l’autrichien fera ses gammes, le début d’une formidable épopée…
Et d’emblée, le changement se remarque. En Argentine, première course et premier podium pour celui qui n’avait qu’un seul top 6 à son actif depuis son arrivée dans la discipline. Cette deuxième place ne tient pas à la chance mais à une science du pilotage parfaitement exécutée. Dès lors, le petit autrichien se transforme petit-à-petit en prodige, faisant parler son expertise technique et son coup de volant. Plutôt précautionneux avec la mécanique mais performant quand il faut l’être, Niki s’offre une place de choix au sein de la grande Scuderia mais le chemin vers le sacre reste long et semé d’embûches. Après avoir enchaîné deux abandons successifs au Brésil et en Afrique du Sud, alors qu’il s’élançait pour la première fois de la pole position, le jour de gloire arrive enfin. Sur le tracé légèrement humidifié de Jarama, à proximité de Madrid, Lauda réalise le hat-trick : pole, victoire et meilleur tour. Son compteur s’ouvre enfin et la série est loin de s’achever. A Nivelles, pour le grand-prix de Belgique, il passe tout proche du doublé, terminant à moins d’une demie-seconde du vainqueur Fittipaldi après avoir tenté le tout pour le tout. Ce même résultat aurait pu l’attendre à Monaco si des problèmes d’allumage ne l’avaient pas poussé à abandonner. Les meetings passent et quatre hommes se détachent dans la course au titre : Fittipaldi, Scheckter, Regazzoni et Lauda. Fort d’un nouveau succès à Zandvoort puis d’une seconde position à Dijon, le jeune Niki caracole en tête du championnat à la surprise générale. Il faut dire que personne n’a réellement été flatté par son style de pilote neutre mais calculé. L’autrichien serait-il capable de rafler la couronne face à des cadors maintenant très expérimentés ? La réponse aurait pû être oui si sa Ferrari 312 B3-74 s’était montrée plus fiable. Auteur de six poles position consécutives (un record) entre les Pays-Bas et l’Italie, il ne connaîtra malheureusement pas le même succès le dimanche. Accrochage avec Scheckter dans le premier tour au Nürburgring, problème de soupape sur l’Österreichring, fuite d’eau à Monza, accident à Mosport puis ennuis de suspension à Watkins Glen, voilà qui ne lui fera pas scorer le moindre point en cette fin de championnat. Petite exception avec les deux unités glanées sur tapis vert après examen par la FIA du dernier tour à Brands Hatch. En effet, Niki, alors leader, voit son pneu arrière-droit perdre en pression. La crevaison immédiate l’oblige à regagner les stands en catastrophe mais au moment de repartir, la foule de supporters britanniques à déjà envahie la pit-lane. Dans l’impossibilité de repartir, le viennois doit s’arrêter là, perdant un tour sur le vainqueur. Le classement modifié le verra remonter au cinquième rang, signe d’une infime chance de toujours pouvoir remporter le titre en fin de saison. Les derniers espoirs s’envolent donc au Canada mais qu’importe, Lauda l’accepte. Cette première campagne en rouge n’est peut-être pas une totale réussite mais en l’espace de quelques courses, l’autrichien aura fait taire tous ses détracteurs qui le considérait comme un simple pilote payant. 1975 sera l’occasion de leur clouer le bec. Tout n’avait pas débuté sous les meilleures auspices. La désormais antique 312 B3-74 n’est clairement plus au niveau et les quelques maigres points récoltés en Argentine, au Brésil et en Afrique du Sud ne lui octroient que la huitième place au classement des pilotes. L’arrivée de la 312 T sera des plus bénéfiques. Pénalisé par un moteur trop peu puissant en hautes altitudes à Kyalami, il retrouve rapidement le chemin de la vitesse avec la pole position sur le circuit urbain de Montjuic, en Espagne. Hélas, ses espoirs d'accrocher un troisième succès à son palmarès disparaîtront dès le départ. Pris dans un carambolage provoqué par Andretti et Brambilla, impliquant également son équipier Regazzoni, le viennois sait pertinemment que la roue finira par tourner. Ce sera chose faite au grand-prix de Monaco. Sous la pluie du mois de Mai, Niki mène une course remarquable, s’offrant même le luxe de lever le pied pour sauver la mécanique. La mise est doublée dès le grand-prix de Belgique, et même triplée en Suède, de quoi le voir mener ostensiblement ce championnat 1975. Sa 312 T survole littéralement la concurrence et même son voisin de garage, bien plus malchanceux niveau fiabilité. Mais ce qui fait principalement la différence, c’est sa gestion de course poussée à son paroxysme. Son surnom de “L’Ordinateur” n’a rien d’étonnant. Maître dans l’art de dire les choses sans filtres, doué d’un humour et d’une culture sans failles, le personnage a tout pour plaire, sauf peut-être pour son côté trop calculateur. A Zandvoort, alors que la piste passe de détrempée à totalement sèche, il lègue le commandement à James Hunt le temps d’un arrêt aux stands. Malgré une monoplace bien plus rapide, Niki ne dépasse pas l’anglais, se contenant d’une deuxième place et des points qui l'accompagnent. Ce manque de panache est purement admis par Lauda et de ce côté-là, nul ne peut nier que ses prises de risque mesurées sont gagnantes. A mi-saison, il semble déjà irrattrapable. Sur le Nürburgring, il réalise la prouesse d’effectuer un tour en moins de sept minutes, fait unique dans l’histoire de la Formule 1. Si la victoire lui échappe dans les derniers instants à cause d’une crevaison subite, sa troisième place lui assure pratiquement le sacre mondial. Après une première balle de match manquée sous la pluie autrichienne, Niki Lauda devient, à vingt-six ans, champion du monde de la discipline sur les terres des tifosi, à Monza. Sa campagne triomphante s’achève sur un cinquième succès à Watkins Glen, de quoi augurer de belles perspectives pour 1976, année charnière dans l’histoire de la catégorie reine…
La saison débute par de gros changements, notamment par le remplacement de Fittipaldi par le brillant et bouillant James Hunt chez McLaren. Pour la Scuderia, la 312 T assurera le service encore quelques courses avant de voir entrer en scène sa première évolution, la 312 T2. La concurrence voit d’un mauvais œil cette nouvelle voiture tant la monoplace de 1975 est encore performante. Victoire de Lauda au Brésil et en Afrique du sud, doublé des rouges à Long Beach grâce au tandem Regazzoni-Lauda, le rouleau-compresseur italien est en marche. Pour autant, en coulisses, l’autrichien commence à s’énerver, la faute à une domination récente de Audetto à la tête de Ferrari, un choix qui ne satisfait pas vraiment le viennois. Les prises de becs deviendront de plus en plus féroce entre les deux parties, notamment après un bête accident de tracteur dont à été victime Niki avant l’arrivée en Europe. Ce passage sur le vieux continent est l’occasion d’admirer les nouvelles bêtes, comme la 312 T2 ou l’étonnante Tyrrell P34. Malgré deux côtes cassées, l’autrichien tient tant bien que mal la deuxième place derrière Hunt mais à peine l’arrivée franchie que le couperet tombe : l’anglais est disqualifié pour monoplace trop large. Lauda récolte les lauriers sur tapis vert, étoffant un peu plus son total de points. La dure labeur est la clé de la réussite pour celui qui reste assidu au travail. Cela paye avec le triomphe à Zolder et Monaco, puis la troisième place à Anderstorp derrière les intouchables monoplaces à six roues. Alors que la mi-saison est passée en France et que la victoire de Hunt en Espagne lui a été réhabilité, son avance au championnat est de vingt-six points. Un matelas qui reste confortable mais en Formule 1, rien n’est jamais acquis tant que la ligne d’arrivée n‘est pas franchie. A Brands Hatch, un carambolage au départ pousse au déploiement du drapeau rouge. Si Hunt, pourtant pris dans le crash du premier tour, l’emporte chez les siens et que Lauda termine deuxième, la Scuderia proteste contre sa rivale McLaren. Le résultat est donc en suspend. Le temps passe jusqu’à ce fameux 1er Août 1976. Sur le terrifiant Nürburgring, les conditions sont très mauvaises, voire trop dangereuses pour Lauda. Ce dernier milite pour l’annulation de l’épreuve mais ne sera pas entendu. Le bitume allemand sèche vite et après une seule boucle, la quasi totalité des voitures s’engouffrent dans les stands pour passer aux slicks. Niki suit la meute avant de repartir en trombe au cœur du peloton. Mais après quelques kilomètres, c’est le drame. En abordant le virage à gauche précédent Bergwerk, la 312 T2 n°1 fait une violente embardée sur la droite, se disloquant littéralement contre les rails avant de rebondir en piste en flammes. Aveuglé par le virage, Lunger percute le malheureux autrichien, lui-même accroché par Ertl. Le viennois gît dans sa Ferrari en flammes, sans casque, pendant 55 secondes. Si les pilotes présents sur place l’aide à l’extraire du brasier, l’autrichien est en bien mauvaise posture. Son visage est terriblement brûlé mais le pire, ce sont ses poumons, asphyxiés par les fumées toxiques inhalées. Son état est critique et la lenteur des secours ne laisse que peu de doutes. Hospitalisé à Adeneau, il reçoit même l’extrême onction d’un prêtre. Tout semble désespéré mais Niki le battant ne s’avoue pas encore vaincu. Coriace malgré la douleur, il subit de très nombreuses greffes de peau et d'innombrables nettoyages de poumon. Personne ne pouvait alors se douter qu’à peine six semaines plus tard, il reprendrait le volant d’une Formule 1. Sa convalescence forcée, qui n’aura pas été de tout repos, l’a poussé aux limites de la résilience, lui qui ne pouvait qu’être spectateur de la folle remontée de James Hunt au championnat. Alors que l’autrichien réapparaît au grand-prix d’Italie à Monza, les ennuis avec la Scuderia reprennent de plus belle. Pour le suppléer, la Scuderia avait déjà fait appel à Carlos Reutemann, qui restera en place sur une troisième voiture. De plus, Enzo Ferrari lui-même aurait souhaité que son pilote champion reste alité plus longtemps pour que sa défaite annoncée face à Hunt soit plus facile à digérer. Mais le dur à cuire Lauda n’est pas là pour faire de la figuration et entend bien faire taire les mauvaises langues qui l’annoncent comme trop mal en point pour performer. Résultat, une brillante quatrième place dans la douleur. Son visage ensanglanté ne l’aura pas arrêté, sa rage de vaincre non plus. C’est donc à peu près remis sur pied que “l’Ordinateur” attaque la conquête de sa seconde étoile mondiale. Seulement huitième au Canada à cause d’une suspension en piteux état, il retrouve le chemin du podium à Watkins Glen mais championnat, son écart n’est plus que de trois petits points face à Hunt avant l’ultime manche japonaise. C’est donc à Fuji que se décidera l’issue incertaine de cette folle campagne. Le dimanche, la pluie s’abat très violemment mais compte tenu de l’importance du combat et des droits télévisés, le grand-prix n’est pas annulé. Sous ces conditions, personne n’est à l’aise, surtout Lauda. Après un petit tour, le viennois met pied à terre. Il ne se battra donc pas jusqu’au bout pour le titre, étant tributaire du résultat de Hunt. Ce dernier caracole en tête jusqu’à ce que qu’à quatre tours du but, une crevaison l’oblige à passer aux stands. Le changement de pneu est rapide mais le classement officiel met du temps à s’actualiser. Ainsi, alors que le drapeau à damier est abaissé devant Andretti, personne ne connaît l’issue de la course. Ce n’est qu’après quelques minutes que l’ordre final est dévoilé. Avec sa troisième position, James Hunt vole la couronne promise à Lauda pour un petit point. Le dernier intéressé n’en a cure bien que l’anglais soit un bon ami. Cet abandon volontaire aura bien plus de conséquences pour Niki, à commencer par son avenir chez Ferrari. Le Commendatore n’a pas apprécié la manœuvre, ni Audetto d’ailleurs. Les deux hommes décident de rétrograder le champion 1975 au rang de second pilote face à Reutemann, son nouvel équipier en 1977. Les tensions entre les deux parties ne feront que grandir tout au long de l’année. Pourtant, le viennois ne baisse pas les bras et mène une campagne exemplaire, luttant avec brio face à la Lotus d’Andretti et la Wolf de Scheckter. Les trois rivaux seront les hommes forts de la saison et chaque point sera crucial. Lauda l’a bien compris. Ne disposant pas toujours de la meilleure machine, il joue à fond la carte de la gestion, récupérant le maximum d’unités au fur et à mesure des meetings. En Espagne, il est contraint de déclarer forfait pour cause de fortes douleurs dans les côtes, résultat de son accident allemand. Victorieux à Kyalami, puis à Hockenheim, puis à Zandvoort, le voilà en bonne posture pour conquérir une deuxième étoile à l’aube de la manche américaine. Entre-temps, Niki signe son acte de divorce avec la Scuderia Ferrari en s’engageant avec Brabham pour deux saisons. Enzo Ferrari est furieux mais après tout, rien ne fait peur à Lauda. Avec dix podiums, l’autrichien sécurise ce second sacre avec une suffisante quatrième place à l’arrivée à Watkins Glen. Le devoir étant accompli, il ne cherche plus à poursuivre avec l’écurie de Maranello qu’il quittera avant la fin du championnat, sacré culot.
Mais ce départ précipité de l’autrichien ne signifie pas pour autant la retraite. Attiré par le projet BT46 de Murray chez Brabham, Lauda signe dans l’écurie anglaise pour deux saisons. Ecclestone sait qu’il a ferré un très gros poisson. Reste à ne pas le décevoir. La vaillante BT45C reprend du service en entame de saison et Niki s’y accommode très bien avec le podium d’entrée de jeu à Buenos Aires puis Jacarepagua. Sa nouvelle monture débarque pour le grand-prix d’Afrique du Sud et là encore, la performance est au rendez-vous. En pole position pour la vingt-quatrième, et dernière, fois de sa carrière, le double champion doit finalement renoncer sur casse de son bloc Alfa Romeo. Malheureusement pour lui et son équipe, ce manque de fiabilité sera criant tout au long de la saison. Lorsqu’il croise le drapeau à damier, c’est toujours le podium qui l’attend mais dans la majorité des cas, l’abandon est inévitable. Il sauve les meubles avec une deuxième place à Monaco mais dans le même temps, et dans le plus grand secret, Lauda s’attèle au développement de la plus iconique trouvaille de Murray : la BT46B. Avec son énorme ventilateur à l’arrière et ses jupes coulissantes, cette bête rouge surprend tout le monde, à commencer par Niki lui-même. Ses performances en essais sont époustouflantes et son comportement en piste flirte avec la perfection. Cette monoplace révolutionnaire pourrait rapidement faire de l’ombre à la véloce Lotus 79 de Chapman. C’est en Suède que cette étrange machine fait son apparition officielle. Sûr de lui, Ecclestone ordonne à ses pilotes de ne pas chercher la pole position pour ne pas trop attirer les regards. Les BT46B de Lauda et Watson sont aux avant-postes et attendent leur heure pour surgir en course. Si l’irlandais finit par se sortir, le viennois mène la vie dure à Andretti jusqu’à trouver l’opportunité parfaite de s'immiscer en première place. Dès lors, plus rien ne pourra arrêter la marche en avant de la Brabham, triomphante avec une facilité plus que déconcertante. Mais quelques heures après l’arrivée, coup dur. La BT46B est officiellement jugée illégale en raison de son aérodynamisme mobile. La victoire de Lauda est maintenue dans les statistiques mais plus jamais cette incroyable machine ne participera à un grand-prix. L’autrichien finira par remporter une seconde course en fin de saison, à Monza, là encore sous de drôles de conditions. Après un départ chaotique qui entrainera la mort de Peterson dans la nuit qui suit, Niki s’impose sans avoir mené un seul tour. En effet, suspectés d’avoir volé le départ, Andretti et Villeneuve sont pénalisés d’une minute à l’arrivée, offrant un succès inattendu au pilote Brabham. Quatrième du championnat, l’autrichien commence à réfléchir à d’autres opportunités de carrière hors de la Formule 1. Il faut dire que sa saison 1979 sera l’une des plus mauvaises avec des abandons en cascade, la faute à un nouveau V12 italien catastrophique et un effet de sol trop peu abouti. Ses seules réussites seront les quelques petits points récoltés en Afrique du Sud et en Italie. Cette fois-ci, la coupe est pleine. A l’aube du grand-prix du Canada, Lauda réitère l’opération menée fin 1977 chez Ferrari : quitter le navire en marche. Le pilotage ne semble plus l’intéresser, à l’inverse de l’aviation, sa grande passion. Courant 1978, le double champion du monde pose les bases de sa propre compagnie aérienne “Lauda Air”. Proposant de petits vols avec deux Fokker F27, Niki voit grand avec la commande d’un DC10, finalement annulée. Titulaire du brevet de pilote, il ressent pourtant rapidement l’ennui et le manque d’adrénaline normalement provoqués par de plus gros appareils. Acheter un avion de ligne n’est pas une mince affaire et coûte énormément d’argent. Quel serait le moyen de beaucoup gagner dans un laps de temps court tout en retrouvant des sensations perdues ? Revenir en Formule 1 évidemment. Oui, mais s’il doit refaire surface, Lauda veut que ce soit pour la gagne et rien d’autre. Pas question de replonger dans les fin-fonds des classements. Depuis son départ en retraite, il ne cesse de recevoir des appels de Ron Dennis, grand directeur de McLaren. Le projet MP4 à le vent en poupe et la victoire de Watson à Silverstone prouve que ce choix serait tout sauf ridicule. Fin 1981, son retour est annoncé en grande pompe. Ne reste plus qu’à retrouver les sommets…
Et dès le premier grand-prix, le double champion 1975 et 1977 fait parler de lui. Il sera l’un des acteurs principaux de la fronde des pilotes menée contre la FISA de Balestre et sa super-license. Son retour se soldera par une belle quatrième place, un beau résultat pour celui qui n’avait peut-être plus la même forme physique qu’il y a quelques années. A Long Beach, pour le troisième meeting, il s’élance en deuxième position et après avoir mis la pression sur le jeune De Cesaris une quinzaine de boucles, il subtilise le leadership et part remporter sa première victoire depuis quatre ans en Formule 1 ! Sa nouvelle monture est extrêmement efficace, du moins lorsqu’elle croise la ligne d’arrivée. Cette folle année 1982, qui verra pas moins de onze vainqueurs diférents, sera disputée jusqu’au bout et à Brands Hatch, Niki renoue avec la plus haute marche du podium. Cinquième au classement général pour une sortie de retraite, voilà de quoi faire pâlir certains. Les objectifs sont haut placés en 1983 mais la désillusion sera bien grande. Tout avait parfaitement débuté avec deux podiums en entame de championnat mais la machine s’enraye et les résultats en pâtissent. Il devra même subir l’affront d’une non-qualification à Monaco. Mais une lueur d’espoir semble se dessiner pour l’autrichien avec l’arrivée du tout nouveau moteur TAG-Porsche. Encore trop jeune pour démontrer son plein potentiel en fin d’année 1983, le bloc allemand deviendra, en l’espace de quelques mois, la référence des circuits. Niki ne s’y trompe pas, lui qui pilotera encore deux saisons sous les couleurs de McLaren. Désormais associé à Prost, grand admirateur de Lauda, l’autrichien voit en la MP4/2 la monoplace qui le fera de nouveau triompher. Passant proche de la victoire au Brésil avant de renoncer sur problèmes électriques, il s’impose à Kyalami avec plus d’une minute d’avance sur Prost. Les monoplaces rouge et blanche dominent nettement mais qui aura l’avantage à la fin ? Les vieux démons de l’année passée guettent toujours et Niki fait face à une incroyable malchance concernant la fiabilité. A chaque épreuve, de gros points sont laissés aux autres et l’écart avec Prost ne cesse de s’agrandir course après course. Il lui faudra attendre la manche du Castellet pour enfin retrouver le goût de la victoire avant de remettre pied à terre à Monaco, sa McLaren s’échouant sur un trottoir. Cette entame de campagne n’est pas aussi brillante qu’attendue et les deux sorties urbaines américaines ne dérogeront pas à la règle. A mi-saison, l’autrichien pointe à 10.5 unités de Prost mais derrière lui, les écarts sont plus que resserrés avec quatre pilotes en six points. A Brands Hatch, la situation s’inverse. Lauda gagne, Prost renonce. Les deux hommes, qui jouent à fond le rôle d’épicier pour ramasser tout ce qui peut l’être, sont les mieux armés pour rafler la couronne mondiale et le duel s’annonce palpitant jusqu’à la dernière seconde. A Hockenheim, les MP4/2 sont à nouveau en tête, le français devant l’autrichien. A cinq grand-prix du terme de cette saison 1984, Lauda ne s’avoue pas vaincu et espère enfin pouvoir briller chez les siens sur l’Österreichring. La lutte face à Prost et Piquet est intense mais après l’abandon sur sortie de piste de son équipier et le ralentissement du brésilien, le voilà qui vole vers une victoire à domicile. Pourtant, à quelques kilomètres du but, sa quatrième vitesse ne répond plus. L’abandon semble inévitable mais contre toute-attente, le viennois poursuit en baissant de rythme. La situation est invraisemblable mais sa position ne changera pas. Le voilà désormais leader du championnat du monde. Deuxième à Zandvoort puis vainqueur à Monza alors que l’autre McLaren ne voit pas l’arrivée, voilà qui offre à Lauda une position plus que confortable pour acquérir son troisième sacre. Mais en coulisses, l’avenir de l’autrichien n’est pas vraiment acté et après le refus de Renault de l’engager, sa fin de carrière pourrait bien s’achever à Woking. Sa signature pour une année supplémentaire arrivera rapidement mais entre-temps, Niki lâche quelques points sur le tout nouveau tracé du Nürburgring. A l’aube de la dernière manche à Estoril, l’autrichien dispose de 3.5 points d’avance sur son rival et équipier français. Si Prost gagne, Lauda doit finir deuxième. La manœuvre s’annonce délicate après les qualifications avec la onzième place sur la grille de départ. Pourtant, Niki y croit toujours et attaque comme rarement pour remonter dans le haut du classement. A une quinzaine de tours du but, le voici revenu en troisième position mais Mansell et Prost sont infiniment loin de lui. C’est alors qu’à 18 tours de l’arrivée, l’anglais moustachu ne parvient plus à freiner sa Lotus. Le viennois s’empare alors virtuellement, puis réellement du titre de champion du monde pour un demi-point, le plus faible écart jamais enregistré ! Bien que battu, Prost n’aura jamais de remords, les deux hommes étant de grands amis en dehors du cockpit. Ce n’est que partie remise en 1985, du moins, on le pensait. La McLaren MP4/2B à beau être performante, elle se montrera d’une fragilité déconcertante. Sur quinze courses, le désormais triple champion ne verra l’arrivée qu’à deux reprises, dont une dernière victoire à Zandvoort après une âpre bataille face à un Prost des grands jours, reluquant les échappements de sa monture de très très près. La fin de saison ne sera qu’un remake des premiers meetings. Les casses s'enchaînent et la motivation de Niki disparait totalement. En Autriche, il annonce officiellement sa retraite. Son dernier grand-prix, en Australie, ne sera pas une réussite non plus. Privé de freins, Niki Lauda quitte la Formule 1 par la petite porte, sans pour autant finir de faire parler de lui…
A la suite de sa retraite sportive, l’autrichien replongea dans les affaires avec sa compagnie aérienne. Il sera le malheureux acteur du crash de l’un de ses Boeing le 26 Mai 1991, en Thaïlande, coûtant la vie aux 223 personnes à bord. Niki sera encore plus meurtri par cette évènement que lors de son propre accident au Nürburgring. Appuyant les enquêteurs, il ira même jusqu’à tenir tête à l'avionneur concernant le déploiement intempestif des inverseurs de poussée. Des changements sur tous les avions au monde seront opérés après la catastrophe, signe de la détermination sans faille de l’autrichien. Son business restera en place jusqu’au milieu des années 2000 avant d’être absorbé par le rival Austrian Airlines. Mais la Formule 1 n’est jamais très loin et après un passage en tant que consultant chez Ferrari de 1991 à 1995, puis directeur d’équipe Jaguar en 2001 et 2002, il rejoint le giron Mercedes en 2011 en devenant le président non-exécutif. L’arrivée de Lewis Hamilton et les succès qui suivront ne démentiront pas sa volonté toujours intacte de réussir. Touché aux poumons depuis son grave accident, il subit une transplantation avant de décéder quelques temps plus tard, le 20 Mai 2019. Pour lui rendre hommage, les deux Mercedes arboraient un halo et une étoile rouge, couleur caractéristique du grand autrichien. La discipline venait de perdre l’une de ses plus grandes vedettes, un homme connu tout autour du globe pour ses exploits et sa volonté de se battre sans arrêt, le tout, dans un franc-parler unique en son genre qui détonnait encore et encore…
Niki Lauda en chiffres...
Meilleur classement en championnat du monde F1 :
Champion du monde (1975, 1977, 1984)
Grands-prix :
171 (180 engagements)
Victoires :
25
Podiums :
54
Poles Position :
24
Meilleurs Tours :
24