Didier Pironi
Il aurait dû être le premier français champion du monde de Formule 1, mais l’année 1982 changea à jamais sa carrière.
Didier Pironi n’a pas suivi de plans atypiques pour arriver au plus haut niveau du sport automobile. Comme beaucoup de talents de son époque, c’est par la passion que l’envie de piloter le pique en premier lieu. Ce qui lui plait avant tout, ce sont les engins à moteur. Voiture, avion, bateau, tout est fait pour son plus grand plaisir. Demi-frère de José Dolhem, il portera longtemps en haute-estime ce “frangin” qui finira par s’aligner en grand-prix à Watkins Glen, en 1974. Très habile volant en main, le natif du Val-de-Marne tente l’aventure du volant Elf au Castellet en 1972, une réussite. Dès lors, le petit français était lancé dans la cour des grands. Avec la bourse offerte au vainqueur, il s’offre une première saison en Formule Renault France, décrochant trois podiums tardifs sur sa Martini MK11. Doté d’une MK14 dès 1974, Pironi va alors écraser la concurrence. Sept succès plus tard, le voici auréolé d’un premier titre national mais Didier ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. A partir de 1975, c’est dans le cadre du championnat européen que Pironi tente de se faire un nom. Face aux pointures Arnoux ou Ragnotti, difficile de se faire une place et pourtant, le petit jeune fait part de tout son génie volant en main pour achever cette première escapade continentale en troisième position du championnat. S’il rempile en 1976, il sait que sa plus grande chance, c’est maintenant. Sur sa MK18, le pilote français domine son élément, grimpant alors sur la plus haute marche du podium à douze reprises sur dix-sept meetings, du grand art. Cette année-là le verra figurer parmi la liste des coureurs aux 24 Heures du Mans pour la première fois de sa carrière sur une Porsche 934, notamment partagée avec Bob Wollek. Titre en poche, il se lance en Formule 2, caressant l’espoir de monter un rang plus haut, en Formule 1. Dans cette nouvelle discipline, la concurrence est plus féroce que jamais mais si Arnoux et Cheever le devancent à l’arrivée, des noms comme Patrese, Giacomelli ou Rosberg sont battus. Plus important encore, il s’illustre lors du grand-prix de Monaco de F3, véritable tremplin vers la catégorie reine à l’époque. Sous les yeux de tous les patrons d’écurie, Pironi a fait mouche. Son destin semble alors tout tracé. Seule petite ombre au tableau : les 24 Heures du Mans 1977. Désormais titulaire chez Renault Alpine pour lutter face aux Porsche, il ne verra même pas la fin du premier tour, une fuite d’huile entrainant la voiture jaune dans un incendie monstre mais heureusement sans gravité…
1978, le début d’une belle épopée. Poussé par Elf, le jeune Didier intègre l’écurie Tyrrell aux côtés d’un autre frenchy, Patrick Depailler. La petite structure anglaise a définitivement remisé sa P34 à six roues pour revenir à une monoplace plus conventionnelle nommée 008. La première sortie est laborieuse pour Didier, repoussée en avant-dernière position sur la grille, la faute à un moteur cafouillant tout au long du week-end. Le grand-prix ne sera guère plus réjouissant avec une lointaine quatorzième place, dans l’anonymat le plus total, là où son équipier grimpe sur le podium dans le même temps. Pironi n’est pas très à l’aise dans cette machine surpuissante mais au moins rallie-t-il l’arrivée. Ainsi, au Brésil et en Afrique du Sud, ce sont les sixièmes places qui l’attendent, synonyme de premiers points inscrits. A Long Beach, un accident en qualifications le pousse sur le banc des éliminés mais après les forfaits de Stuck et Keegan, il est admis au départ. Finalement, sa boîte de vitesses condamnera ses chances de bien figurer après seulement quelques boucles. A Monaco, alors que l’autre Tyrrell s’impose pour la première fois, Pironi mène une course solide pour figurer dans le top 5 final. Il terminera un rang plus bas à Zolder, non sans avoir touché son équipier au moment du départ. Petit-à-petit, le blondinet prend de la confiance à bord de sa monoplace bleue et blanche mais le débutant à encore beaucoup à prouver. Sa saison ne sera pas un long fleuve tranquille avec une succession de pépins mécaniques et accidentels mais qu’importe, son année sera réussie. La raison ? Les 24 Heures du Mans. Reconduit par la marque au losange, Pironi se lance dans un combat de tous les instants avec son équipier Jean-Pierre Jaussaud. Cette fois, la mécanique de la A442B est irréprochable, contrairement à Porsche. Le duo français hérite de la tête à quelques heures du but pour mener un succès historique qui restera unique dans l’histoire du constructeur tricolore. Ce triomphe porte évidemment Didier sur le toit du monde mais en Formule 1, la fête n’est pas si belle. Abandon en Suède et en Grande-Bretagne, accident en Autriche puis aux Pays-Bas, voilà des résultats dont le français se serait bien passé. S’il sauve la mise sur le Hockenheimring avec la cinquième place finale, il est pris dans l’accrochage du premier virage à Monza, celui-là même qui coûtera la vie le lendemain à Ronnie Peterson. Malgré la douleur de voir partir l’un des siens, Pironi ne baisse pas le bras mais il n’y a rien à faire, la Tyrrell 008 est largement dépassée. Espérons que la 009 soit une future grande star de la discipline…
En cette année 1979, les turbos commencent à percer mais ce sont surtout les voitures à effet de sol qui prennent l’ascendant. Personne n’y échappe et chez Tyrrell, on a la solution : copier la Lotus 79. La machine bleue nuit, quasi dépourvue de sponsors, se doit de faire retrouver des couleurs à une écurie en déclin. Pironi voit d’ailleurs son voisin de garage évoluer avec l’arrivée de Jean-Pierre Jarier. Le premier grand-prix de l’année sera l’occasion pour lui de se qualifier en huitième place, son meilleur résultat à ce jour en Formule 1. Hélas, la course ne sera pas brillante. Pris dans l’accrochage du départ, il ne pourra s’aligner pour la deuxième manche, faute de mulet disponible. Au Brésil, le français démontre l’étendue de son talent en trustant enfin les avant-postes malgré une machine en-deçà de la concurrence. Ainsi, il achève ce meeting au quatrième rang derrière Laffite, Depailler et Reutemann, se rapprochant inéluctablement d’un premier podium en catégorie reine. Malgré de gros soucis financiers, son équipe tient le coup mais à Kyalami, un violent accident le blesse légèrement. Malgré un contact à la tête avec une roue volante et un corps endolori, Didier se lance dans la bataille. S’il souffre le martyr, il tiendra jusqu’à son abandon sur problème d’accélérateur, bien qu’il ne soit qu’en fond de peloton. Après une bête disqualification à Long Beach sur aide extérieure des commissaires alors qu’il ne restait que quelques tours et qu’il naviguait parmi les derniers, le chemin des points est retrouvé en Espagne avec la sixième place. Puis à Zolder, il ouvre enfin son compteur de podium, profitant des déboires de Jarier, Hunt et Depailler pour figurer sur la plus petite marche derrière Scheckter et Laffite. La délivrance tant attendue venait donc d’arriver mais ce petit triomphe n’est qu’en partie chanceux et Pironi le sait : il ne gagnera pas avec Tyrrell. Les week-ends se suivent mais ne se ressemblent pas. A Monaco, il ne se fait pas que des amis, touchant successivement Laffite puis Depailler, avant d’accrocher Lauda de manière spectaculaire au virage de Mirabeau. Sur le circuit de Dijon-Prenois, une nouvelle défaillance de sa machine le fait violemment sortir de piste. Sa 009 est en piteux état et le drame a été évité de justesse. Les monoplaces anglaises sont délicates à piloter et trop peu fiables pour espérer glaner quelques unités supplémentaires. Ainsi, il lui faudra attendre l’avant-dernière épreuve pour le voir scorer de nouveau, bien qu’une belle opportunité manquée se soit proposée à Zandvoort un peu plus tôt. A défaut de briller en monoplace, le pilote français s’illustre dans le championnat annexe de BMW M1 Procar en grimpant par deux fois sur le podium. A Watkins Glen, pour l’ultime manche de cette saison 1979, la 009 reprend du service une dernière fois entre ses mains. L’année prochaine, ce sera sous les couleurs bleues Ligier que Didier évoluera. Pour conclure en beauté ce premier chapitre en Formule 1, Pironi espère faire briller la machine de l’Oncle Ken. Le dimanche, la pluie fait son apparition. Profitant de ces conditions, le jeune blondinet sauve les meubles et au fur et à mesure que la concurrence diminue, la Tyrrell demeure en piste. L’explosion d’un pneumatique du nouveau champion du monde Jody Scheckter scellera le résultat de son grand-prix. Pour la deuxième fois de l’année et de sa carrière, c’est la troisième position à l’arrivée qui l’attend, un beau cadeau d’adieu avant de voguer vers de nouveaux horizons et qui sait, peut être vers le chemin du succès.
Forte de trois victoires en 1979, l’écurie Ligier se place en grandissime favorite pour le cru 1980 avec la Scuderia Ferrari, lauréate en titre. La JS11/15, évolution de la précédente machine française, n’a pas perdu de sa superbe au moment où Pironi rejoint le clan tricolore, mené de main de maître par un Laffite plus affûté que jamais. Dès le premier grand-prix de l’année, les bleues sont à la fête, uniquement devancées par Jones en qualifications. Hélas, le moteur de Didier ne supportera pas le départ, explosant après seulement quelques kilomètres. Au Brésil, c’est de la deuxième place qu’il s’élance et si Villeneuve le dépasse bien vite, Pironi figure parmi le trio de tête mais après seulement trois boucles, le voilà contraint de regagner son stand pour réparer une jupe abîmée. L’opération n’est pas très longue mais le français perd gros et descend dans le ventre mou du peloton. Fort heureusement, sa Ligier performe admirablement sur ce tortueux tracé, lui permettant de grimper dans la hiérarchie au gré des dépassements pour finalement s’adjuger la quatrième place. A Kyalami, la puissance des Renault Turbo est sans équivoque et si les JS11/15 restent dans leur sillage, impossible de porter la moindre attaque. Pourtant, après l’abandon de Jabouille sur crevaison, les françaises remontent sur le devant de la scène, échouant derrière Arnoux et sa machine jaune rescapée. Pour la première fois de l’histoire, c’est un triplé tricolore qui compose le tiercé de tête, Lafitte devançant son jeune mais prometteur équipier. Ces bons résultats donnent de gros espoirs à Pironi, vite douchés à Long Beach. Avant d’attaquer la saison européenne, il retrouve le terrain de l’endurance avec les 6 Heures du Mugello sur une BMW M1, sans succès. Quelques centaines de kilomètres plus au Nord, en ce week-end du 4 Mai à Zolder, c’est le grand jour. Parti depuis la deuxième place de la grille après avoir perdu la pole face à Jones dans les tous derniers instants, il subtilise le commandement à l’australien dès le départ pour ne plus jamais le quitter. Sous le drapeau à damier, c’est enfin la délivrance : Didier Pironi est vainqueur de grand-prix. Ce petit bonhomme, calme, discret, venait de se placer sur le toit du monde. Jamais inquiété, il aura mené une course sage et maîtrisée, la marque des champions. Désormais, le blondinet est promis à un bel avenir mais encore faut-il pouvoir garder le cap et les idées claires. Alors qu’il était remonté au quatrième rang du championnat à seulement quatre points du leader Arnoux, la roue tourne pour lui. En pole position pour la première fois à Monaco, il surfe sur la vague du succès lorsqu’au cinquante-cinquième tour, sa monoplace lui échappe sur une piste grasse et tape le rail. S’en est fini de ses espoirs de doubler la mise en principauté. Alors que la F1 est secouée par une guerre imminente entre la FISA et la FOCA, Pironi souhaite reprendre le droit chemin et lors du grand-prix d’Espagne fantôme, c’est lui qui mène la danse avant de renoncer tout près du but suite à la perte d’une roue. Après avoir disputé ses dernières 24 Heures du Mans au volant d’une BMW M1, il se rappelle aux bons souvenirs de tous en sécurisant la deuxième position en France, bien que quelques tensions apparaissent en coulisses au sein de l’écurie tricolore. En effet, quelques désaccords entre Guy Ligier et Didier Pironi laissent sous-entendre un meilleur traitement de faveur pour Jacques Laffite, héros du début de l’aventure Ligier en F1. Les choses ne sont pas plus réjouissantes en piste car après l’abandon sur explosion d’un pneu à Brands Hatch, c’est une panne mécanique qui l’oblige à s’arrêter, quelques jours seulement après le décès de son ex-équipier, ici-même, Patrick Depailler. Il faut dire que Pironi ne lésine pas sur la sécurité et voudrait pousser pour davantage de protection pour les pilotes. Quatre abandons consécutifs plus tard, le voici hors de la course au sacre et surtout, sur la sellette au sein du team français. Sa relation avec son patron se détériore de jour en jour et aucun accord ne semble trouvé pour l’avenir. Mais où aller ? La réponse tombe à Imola pour le grand-prix d’Italie. Devant les tifosi, Didier annonce publiquement sa signature avec l’écurie de Maranello en remplacement d’un Scheckter démotivé. La tâche sera rude pour le français car la Scuderia vit sa plus mauvaise saison depuis son arrivée en Formule 1. A Montréal, il croise la ligne d'arrivée le premier mais une pénalité d’une minute pour départ volé le rétrograde deux positions plus bas, à la troisième. C’est ce même classement qu’il détiendra pour son dernier départ en bleu à Watkins Glen. Cap sur l’Italie et sur sa nouvelle collaboration avec l’impétueux mais talentueux Gilles Villeneuve…
La Scuderia Ferrari traverse une période de crise. Après les titres glanés en 1979, 1980 a été un fiasco total avec seulement huit petits points amassés. La courbe doit être redressée et Ferrari compte bien sur un nouvel élément : le turbo. Avec l’avènement de cette technologie par Renault quelques années auparavant, le visage de la Formule 1 s’en trouve modifié, à tel point que les puissances atteignent désormais des chiffres affolants. Ce principal changement est d’ailleurs la source de la discorde entre FISA et FOCA, tout comme l’utilisation trop poussée de l’effet de sol. Ainsi, les petites structures, pour la majorité britanniques, voient d’un mauvais œil cette course à la technologie et à la puissance qui fera indéniablement monter les coûts. A l’inverse, les légalistes tels que Renault ou Ferrari, poussent pour un maintien de cette formule certe financièrement élevée mais terriblement efficace. Cette affront conduira d’ailleurs au boycott de plusieurs écuries, dont l’italienne, du grand-prix d’Afrique du Sud, finalement relégué en tant que manche hors-championnat. La vraie saison débute donc à Long Beach mais pour Pironi, ce n’est que le début d’un vrai calvaire. Problème moteur aux USA, stratégie hasardeuse et accident sous la pluie brésilienne puis casse de son bloc six cylindres en Argentine, l’entame de saison n’est pas la plus glorieuse qui soit. A Imola, pour le premier grand-prix de Saint Marin de l’histoire, son équipier canadien réalise une splendide pole position devant les tifosi, là où Didier ne se classe que sixième. S’il anticipe légèrement le signal du départ, Pironi ne sera jamais mis sous le coup d’une pénalité et à la fin du premier tour, les deux 126CK mènent la danse. Après l’arrêt peu judicieux de Villeneuve pour passer les slicks alors que la pluie tombe toujours, c’est le français qui récupère le commandement. Sa monture performe en ligne droite mais en virage, la tenue de route reste précaire, la faute à une jupe abîmée. Après quarante-six tours, la Ferrari délaisse le commandement à Piquet. Patrese, Reutemann et Rebaque en feront de même, repoussant le blondinet à la cinquième place. S’il est évidemment déçu de sa prestation, Pironi comprend qu’avec une fiabilité accrue et un développement continu, son écurie pourra se remettre sur le droit chemin de la victoire. Quelques jours plus tard, à Zolder, théâtre de son premier succès, le pilote Ferrari accroche une belle troisième place en qualifications. Au moment de s’élancer, l’Arrows de Patrese ne décolle pas. C’est alors qu’un valeureux mécanicien se jette à l’arrière de la machine anglaise pour la faire redémarrer alors que le signal de départ est enclenché. Le malheureux sera percuté quelques secondes plus tard par l’autre Arrows de Stohr. Après le drame des essais et le décès d’un mécanicien, c’est une nouvelle tragédie qui touche ce meeting. Pourtant, malgré la présence de médecins, commissaires et d’une ambulance à même la grille de départ, la course n’est pas interrompue. Piquet et Reutemann passent sans ralentir sur les lieux de l’accident, à l’inverse de Pironi, bloquant volontairement la circulation avant de s’immobiliser et ainsi contraindre le peloton à stopper. Celui qui se bat face à l’insécurité venait de marquer de gros points. Si un second départ est donné et que la première place est sienne le temps de quelques minutes, des soucis au niveau des freins le feront rétrograder en huitième place. A Monaco, il se montre brouillon en tapant plusieurs fois les barrières, le faisant alors s’élancer depuis le fond de grille. Le dimanche, il parvient cependant à remonter dans la hiérarchie jusqu’au quatrième rang, mais à tout de même un tour du vainqueur du jour, Gilles Villeneuve. Le turbo Ferrari s’impose pour la première fois en Formule 1, ce qui ravit évidemment l’écurie italienne autant que ses pilotes. Mais si le québécois se montre particulièrement à l’aise, Pironi pêche encore avec cette puissance démesurée et cette adhérence précaire. Malgré cela, les deux hommes de la Scuderia noue une très grande amitié. Ce sera le même programme en Espagne avec un triomphe sensationnel de la n°27 tandis que la n°28 se morfond en fond de peloton. A vrai dire, Didier n’est pas épargné par la malchance et après avoir obtenu la cinquième place en France par addition du temps des deux manches, il doit s’arrêter avant l’arrivée à Silverstone et Hockenheim, moteur cassé. Rien de mieux en Autriche où après un superbe envol, le manque de performance de sa machine le relègue hors des points. Après un accrochage avec Tambay aux Pays-Bas, Pironi connaît son premier grand-prix d’Italie, à Monza, sur une Ferrari. La ferveur des tifosi le pousse si bien que dans le seul premier tour, il passe de la huitième à la deuxième place ! Hélas, sa machine rouge peine toujours autant et au final, ce ne sont que les deux points de la cinquième place qui seront amassés. Ce sera sa dernière apparition dans le top 6 de l’année, ses deux dernières sorties se soldant par un abandon au Canada et une piètre prestation à Las Vegas. Vivement 1982… Ou pas.
En cette nouvelle campagne rouge, les pilotes Ferrari partent confiants. La nouvelle 126C2 semble plutôt performante et le moteur turbo grandement fiabilisé. Mais avant même le début des hostilités, premier hic. Durant l’intersaison, les ennemis FISA et FOCA mettent en place une superlicence, bridant ainsi les mouvements des pilotes et les cessions de contrats. Sept pilotes ne signeront pas cet accord, dont les deux hommes de la Scuderia. Rapidement, une fronde se monte à l’encontre des autorités sportives et c’est Pironi, désormais président du GPDA de l’époque, qui est chargé de trouver une conciliation. Le conflit inévitable éclate mais le comité des pilotes tient bon et décide de mener une grève historique. Les voici alors attroupés dans un hôtel de Johannesburg, une drôle de scène qui offre un spectacle bien cocasse. Mais pendant ce temps, Didier Pironi n’amuse pas le terrain et repart rencontrer Balestre et Ecclestone. Si les deux poids-lourds de la discipline ne veulent pas céder, ils finiront par reconnaître, en partie, leur défaite le vendredi matin. Celui qui se montrait comme discret se mue désormais en chef de la sécurité et du bien-être de ses collègues, un poste à hautes responsabilités que le français prend très à cœur. Cela ne l’empêche pas de bien figurer en course même si un moteur cafouillant viendra réduire ses chances de podiums à néant à quelques tours du but. Avant de faire escale au Brésil, Ferrari se lance dans une journée d’essais au Paul Ricard mais ce jour-là, la 126C2 quitte la route, s’envole et arrache les grillages à une vitesse folle. S’il est sauf, Pioni ne peut que constater le danger inhérent de ces monstres de puissance devenus engins de la mort. Après deux mauvaises performances à Jacarepagua et Long Beach, Didier veut retrouver le chemin du podium, qui plus est, à Imola. Le climat qui règne alors sur la Formule 1 est étouffant et ce week-end-là, ce sont les équipes alliées à la FOCA qui décident de protester en boycottant l’épreuve. Ils ne sont donc que quatorze au départ, dont les deux pilotes Ferrari. Si les Renault sont les grandes favorites, la fiabilité ne sera pas dans leur camp, à l’inverse des italiennes, caracolant en tête pour un doublé historique. Si Villeneuve mène devant Pironi, l’ordre est donné aux pilotes de ralentir le rythme pour sauver la mécanique, incitant alors à un gel des positions. Le panneau “SLOW” est bien visible mais si le québécois obéit, son équipier français ne réagit pas et attaque l’autre 126C2. S’en suit un rude combat entre les deux monoplaces rouges jusqu’au drapeau à damier où, finalement, c’est Pironi qui s’impose, sa première sous les couleurs de Ferrari. Le doublé est sécurisé mais Villeneuve s’estime trahi par celui qu’il considérait comme son meilleur ami. La hache de guerre est déterrée, transformant l’atmosphère studieuse et amicale de la Scuderia en une bombe à retardement. Gilles parlera même d’un “traître” à l’encontre de Pironi, des mots durs que le français tente néanmoins d’écarter en essayant de revenir vers son équipier. Il n’en sera rien et à Zolder, le caandien annonce vouloir tout faire pour le contrer. Lors des qualifications, la n°28 devance l’iconique n°27, au grand désarroi de son pilote, toujours aussi remonté. Mais dans son tour de rentrée aux stands, Villeneuve ne ralentit pas et fonce droit sur Mass. Si le pilote March s’écarte, la Ferrari suit la même trajectoire. Le choc est horrible, d’autant plus que la monoplace se disloque, éjectant son pauvre pilote. Pironi assistera à la scène des médecins tentant le tout pour le tout pour sauver Gilles. Ce sera peine perdue. Le décès du pilote le plus admiré du paddock provoque une onde de choc dans le monde entier, et surtout chez Ferrari, qui décide de retirer sa deuxième machine pour le restant du week-end. Pironi se sent mal. Est-ce de sa faute ? Si la question reste sans réponse, les hypothèses vont de bon train, ternissant à jamais l’image du français. De retour à Monaco, il profite des conditions précaires et de la myriade d'événements pour prendre la tête dans le dernier tour mais alors qu’il s’apprête à débouler sous le tunnel, son moteur se tait. Il sera finalement classé deuxième derrière l’étonnant Patrese. Troisième à Détroit, il connaît cependant un terrible week-end à Montréal, fief des Villeneuve. Alors qu’il avait décroché la pole position, le français ne parvient pas à démarrer au moment de s’élancer. La grande majorité du peloton parvient à l’éviter mais derrière, les derniers hommes sont aveuglés par la cohue devant eux. Boesel le percute une première fois avant que Paletti ne vienne s’empaler dans la Ferrari. Si le premier s’en tire sans bobos, l’italien est dramatiquement touché. Pire encore, l’essence qui s’écoule du réservoir percé s’embrase, menant à un terrible incendie d’où reste prisonnier le pilote Osella. Les pilotes ne seront pas prévenus du drame mais l’issue ne laisse aucun doute. S’il repart pour un second départ, le français n’a pas l’envie de concourir. Sa course catastrophique ne sera d’aucun effet sur son championnat. Pourtant, lors des manches suivantes, c’est lui l’homme fort du championnat. Victoire à Zandvoort, deuxième à Brands Hatch puis troisième au Castellet, voilà de gros points qui lui permettent de largement dominer cette course au titre. En arrivant à Hockenheim, Didier est plus en forme que jamais si bien que la pole position est sienne dès le vendredi. Car le samedi, la pluie arrose copieusement la région de Bade-Wurtemberg. Alors qu’il testait différentes gammes de pneumatiques rainurés, Pironi tombe sur Daly, moins rapide que lui. Problème, dans le brouillard ambiant, le français ne remarque pas la présence de Prost, au ralenti devant les deux hommes. Daly déboite la Renault au moment même où la Ferrari se déporte. Instantanément, la 126C2 percute la machine française, s’envole sur plusieurs centaines de mètres avant de s’écraser sur le nez en rebondissant de tous les côtés. La terrible scène de Zolder venait de se reproduire. Par chance, le pilote est encore harnaché mais ses jambes sont en piteux état. Lorsque les médecins arrivent sur place, ils souhaitent l’amputer à même le bitume, ce que refuse le français, souffrant le martyr. Évacué à l’hôpital, il échappera à la perte de ses membres inférieurs mais sa saison est définitivement terminée. Depuis son lit médicalisé, Pironi ne peut qu’observer son avance au championnat fondre comme neige au soleil. Hélas, il ne connaîtra pas la même chance que Lauda de revenir à la compétition avant la fin. Sa place de leader du championnat tiendra longtemps mais Keke Rosberg finira par le dépasser, faisant de Pironi le vice-champion de cette drôle de saison 1982, à seulement cinq points du finlandais.
Aurait-il été champion sans l’accident ? Oui, c’est une certitude. Son combat pour retrouver la mobilité sera gagnant mais pour ce qui est du pilotage, sa carrière restera sans suite. Le français mènera quelques tests avec ATS et Ligier en vue d’un éventuel retour mais il n’en sera rien. La Formule 1, pour lui, c’est fini. Pourtant, l’air de la compétition lui manque et quelques années plus tard, le revoilà sur le devant de la scène, mais en bateau. Les championnats « offshore », comparés à des « Formule 1 des mers », sont un défi de taille pour lui et ses équipiers Jean-Claude Guénard et Bernard Giroux. A bord du Colibri, les trois hommes foncent à plus de 160 km/h au large de l'île de Wight le 23 Août 1987 lorsque soudain, la vague provoquée par un pétrolier voisin fait décoller et se retourner leur bateau. Les trois malheureux sont tués sur le coup au moment du choc avec l’eau. La passion de la vitesse l’avait salement amoché en Formule 1, elle l’aura tué dans ce monocoque. Quelques mois plus tard, sa veuve donnera naissance à des jumeaux qu’elle nommera Didier et Gilles, comme un clin d'œil à deux destins brisés au plus haut de leur sport dans ces folles années 80...
Didier Pironi en chiffres...
Meilleur classement en championnat du monde F1 :
2e (1982)
Grands-prix :
70 (72 engagements)
Victoires :
3
Podiums :
13
Poles Position :
4
Meilleurs Tours :
5


