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Stirling Moss

Il est considéré comme le champion sans couronne de la Formule 1, l’éternel second. Moss n’aura peut-être pas décroché le Graal mais s’imposa comme l’un des tous meilleurs de ce monde.

Avant d’atteindre la catégorie reine, l’anglais fit ses classes à la fin des années 40. Avec l’achat d’une Cooper-Jap 500cm3 en 1948, voilà Moss engagé dans les luttes pour la victoire en F3 et F2, véritables vitrines pour la Formule 1. Malgré quelques belles réalisations, aucun volant ne vient à lui et sa demande de participation au Tourist Trophy auprès de l'équipe officielle Jaguar est rejetée. C’était sans compter sur Wisdom qui lui offrit la possibilité de s’affronter aux anglaises avec sa propre XJ120 privée. Cette sortie sera couronnée de succès, Moss battant, avec la manière, les autres Jaguar sur une piste trempée, balayées par les vents. Une victoire en Formule 3 à Monaco et quelques bons résultats furent suffisant pour enfin lui ouvrir les portes du summum de la course automobile.

C’est lors du grand-prix de Suisse 1951 que l’aventure Formule 1 démarra enfin. Au volant d’une modeste HVM, pourtant en verve hors-championnat. Qualifié quatorzième, l’anglais finira huitième, à deux tours des leaders. Mais à l’issue de cette course, le voilà sans volant pour le reste de la saison. Pour autant, Moss court en catégorie inférieure ainsi qu’en endurance avec Jaguar. Il faudra attendre un an de plus et à nouveau la manche suisse pour revoir l’anglais en F1, toujours chez HVM, du moins, pour cette course seulement. A Spa-Francorchamps, Silverstone et au Nürburgring, le voici au volant d’une ERA, une très modeste monture qui le lâcha à tous les rendez-vous. Son apparition à bord d’une Connaught ne sera guère meilleure, le même problème mettant fin à tous ses espoirs de bons résultats. Outre la monoplace, Moss s’essaya également au rallye, discipline où sa soeur fut l’une des meilleures en son temps, grimpant sur la seconde marche du podium lors de la classique de Monte-Carlo. Mais en Formule 1, les années se suivent et se ressemblent. Débutant la saison avec une Connaught, l’anglais partit en direction d’un autre constructeur britannique à partir du grand-prix de France : Cooper. Avec un matériel légèrement meilleur, les résultats s’en ressentent et la sixième place décrochée au Nürburgring confirme les ambitions de Moss. L’envie d’intégrer Mercedes est grande mais le refus de Alfred Neubauer, alors patron de la firme allemande, mit un coup de frein à sa progression. C’était sans compter sur l’aide de son père et de son manager pour débusquer une Maserati 250F pour la saison 1954, une belle trouvaille. Pour sa première course en Belgique, l’anglais réalisa une splendide performance, glanant son premier podium avec la troisième place finale. Si les étapes suivantes ne lui sourirent pas forcément, force est de constater les réels progrès de Moss, se classant trois fois successivement en troisième position sur la grille. A Monza, il échoue pour quelques petits dixièmes de secondes mais c’est en course qu’il se révéla enfin au grand jour. Après un bon départ et une lutte avec González pour la troisième place, le pilote Maserati se montra de plus en plus à son aise et participa au duel pour le commandement de l’épreuve face à la Mercedes de Fangio et la Ferrari d’Ascari. A la suite de la casse de boite de l’italien, l’anglais se retrouve donc confronté au grand argentin qui commit cependant l’une des ses très rares erreurs. Fort d’une avance importante, Moss semblait filer vers la victoire mais son réservoir d’huile en décida autrement et à une dizaine de tours du but, c’est l’abandon. S’il n’est classé que dixième, son exceptionnelle course ne passa pas inaperçue, notamment chez les allemands de Mercedes. Cette fois, rien ne lui est refusé et son nouvel abandon en Espagne n’aura aucune incidence, voici Moss en gris à présent.

La saison débute en Argentine aux côtés du régional de l’étape Fangio. Qualifié huitième, il remonta jusqu’au pied du podium pour sa première avec la voiture grise. Avant de disputer la manche suivante, à Monaco quatre mois après, Moss participe, avec le soutien de Mercedes, aux Mille Miglia, la célèbre classique italienne. Cette année-là, l’anglais explosa tous les records, battant Fangio, second au classement, de plus de trente minutes. En prime, il réalisa la vitesse moyenne la plus élevée jamais enregistrée pour cette épreuve, un record qui ne sera jamais battu. Le retour en Formule 1 fut moins couronné de succès, le moteur de sa flèche d’argent rendant l’âme en course. Les choses s’améliorèrent dès la manche suivante à Spa-Francorchamps avec la deuxième place finale, une nouvelle fois derrière Fangio, grand favori pour le titre. Avant l’épreuve néerlandaise, Moss participe avec son équipier argentin aux 24 Heures du Mans, sur une Mercedes évidemment. Cette année-là, un terrible accident emporta la vie de quatre-vingt spectateurs, accident qu’évita de justesse Fangio. Très traumatisé par l’évènement et par la perte de l’un de leur pilote, Mercedes décida de se retirer de la course, laissant filer une grande chance de succès au profit de Jaguar. Cet incident sera lourd de conséquences en fin de saison. Les premiers débats sur la sécurité commencent à émerger mais la Formule ne s’arrête pas pour autant. De nouveau qualifié troisième, Moss ne trouva pas l’ouverture sur Fangio et dû se contenter de la seconde place. Mais en Grande-Bretagne, chez lui, l’anglais démontra enfin ce dont il était capable. Il y décrocha sa première pole position, mais aussi sa première victoire le lendemain, juste devant le nez de la Mercedes de son équipier, un succès bien mérité. Si Fangio obtient ici-même sa troisième étoile mondiale, Moss s’assura la deuxième place au championnat, son meilleur résultat jusque-là. Sa casse moteur à Monza sur l’étonnante W196S carrossée n’y changea rien, le voici vice-champion du monde. Mais à l’issue de la saison, coup de théâtre : suite à la tragédie mancelle, Mercedes décide de se retirer de toutes compétitions sportives. Si le champion du monde trouve rapidement un volant chez Ferrari, l’anglais dû chercher un nouveau baquet pour espérer battre son illustre équipier. Et c’est de nouveau chez Maserati que Moss trouva refuge en 1956. Le choix n’est pas mauvais puisqu’il signa sa seconde victoire lors de la deuxième manche à Monaco mais une fois encore, Fangio est plus fort. Avec trois victoires et cinq podiums, l’argentin s’offre un troisième titre consécutif, bien aidé par le partage de voiture avec Collins à Monza. Certes, Moss l’emporte en Italie mais le sacre lui échappe pour trois petits points.

En 1957, Moss espère enfin inverser la tendance et enfin remporter le titre tant espéré. Pour la première course en Argentine, c’est encore pour Maserati que court l’anglais. Après avoir obtenu une superbe pole position sous la pluie, son départ calamiteux, couplé à un problème d'accélérateur ruina ses espoirs de victoire. De retour en Europe, changement d’équipe, le vice-champion rejoignant les rangs de Vanwall et leurs petites machines vertes. Si le grand-prix de Monaco se termina dans les barrières de la chicane du port, la manche à domicile fut bien plus souriante. Qualifié en pole, l’anglais domina aisément jusqu’à ce que son moteur commence à montrer quelques signes de faiblesse. Un arrêt aux stands plus tard et le voici parti dans une course poursuite légendaire, remontant un à un ses adversaires jusqu’à la première place promise, synonyme de victoire. Pour autant, il n’était pas temps de se reposer sur ses lauriers car la course du Nürburgring ne fut qu’une désillusion, la faute à une suspension trop peu adaptée au tracé allemand. Une fois cette dernière améliorée, Moss fut imbattable. Cependant, les jeux étaient déjà fait : Fangio accrochait un cinquième titre à son palmarès, privant l’anglais de son souhait le plus cher. A Pescara, sur le plus grand circuit couru en Formule 1, il fut intraitable. Dépassé par Musso au départ, le pilote Vanwall n’en fit qu’une bouchée au deuxième tour et domina d'une main de maître, s’imposant avec plus de trois minutes d’avance sur Fangio au terme des trois heures d’épreuve. Quinze jours plus tard, à Monza, ce fut le même récital. Ce nouveau succès lui offre la place de vice-champion pour la troisième fois consécutive, un moindre mal. C’est alors que le récent quintuple champion du monde annonça son retrait de la Formule 1, malgré deux autres piges en 1958. Cette fois, c’est le moment idéal pour gagner. La saison 1958 démarre en Argentine et comme l’année passée, Moss ne court pas pour Vanwall mais pour Cooper et sa voiture innovante : la T43 à moteur arrière. Si Fangio prend part à domicile et signe la pole, Moss joua la carte de la stratégie en ne s’arrêtant aucune fois, prenant le meilleur sur tous ses concurrents. Ce jour marqua la première victoire d’une Formule 1 à moteur arrière. De retour chez Vanwall à partir de Monaco, les premiers problèmes arrivèrent. En renonçant à Monaco, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie, toujours sur problème mécanique, l’anglais compromit grandement sa quête du sacre. Pire encore, son compatriote Hawthorn, sur Ferrari, réalise de solides performances et les deux victoires de Moss aux Pays-Bas et au Portugal, accompagnées de la seconde place en France, ne suffisent pas pour caracoler en tête. Avant la dernière manche au Maroc, Moss sait qu’il doit impérativement s’imposer tout en espérant que son adversaire direct ne marque pas trop de points. Dès le départ, le pilote Vanwall s’envola en tête et derrière lui, Hawthorn n’était que quatrième, loin du leader. C’est alors que le moteur de Brooks, alors troisième, céda, permettant à l’anglais de chez Ferrari de grimper à la troisième place, pourtant encore insuffisante pour le sacrer. C’était sans compter sur les consignes d’équipe de la Scuderia qui obligea Hill, alors deuxième, de s’effacer devant son leader pour s’adjuger la seconde place. Moss s’imposa, loin devant Hawthorn, mais le championnat fut à nouveau perdu, pour un petit point. Sans tous ces retraits sur manque de fiabilité, l’anglais aurait dû remporter la couronne, la première pour un anglais en Formule 1. Le sort en décida autrement et pour la quatrième fois, c’est avec la place de vice-champion que Moss repartit l’année suivante.

A partir de 1959, Moss rejoint Rob Walker et son écurie privée disposant de Cooper à moteur arrière. S’il signe la pole d’entrée de jeu à Monaco, les problèmes ne tardèrent pas à arriver et en France, l’anglais trouve un volant chez BRM. Après deux courses et une seconde place en Grande-Bretagne, le revoilà chez Cooper. Les soucis ne sont pas réglés mais cela ne l’empèchera pas de triompher à deux reprises, au Portugal et en Italie, avant de renoncer une fois encore à Sebring et ce, malgré la pole position. En 1960, Moss entame l’année avec une BRM, remplacée dès la deuxième manche pas la très légère Lotus 18. A Monaco, il réalise la pole et concrétise le lendemain, permettant à Chapman de gagner pour la première fois en Formule 1, la première d’une longue série. Si l’anglais se place d’office comme un prétendant à la couronne, son élan est stoppé net en Belgique. Victime d’une grosse sortie de piste, il se retrouve avec les deux jambes brisées. Ce n’est qu’en fin de saison que Moss retrouve le chemin des circuits sans jamais avoir perdu de sa superbe puisqu’il accrocha la pole et la victoire pour la dernière manche sur le tracé de Riverside. Mais en 1961, la réglementation change et les Ferrari dominent grâce à leur puissance. Pourtant, le premier grand-prix de la saison réserva une belle surprise. Sur une Lotus dépourvue de certains éléments de carrosserie, Moss s’empara de la pole avant de mener l’épreuve monégasque à un train d’enfer. Son rythme de course, plus élevé qu’en qualifications, lui permit de résister aux 156 de la Scuderia et de s’adjuger celle qui reste la plus belle victoire de sa carrière. Mais la suite fut moins glorieuse malgré le bon coup de volant de l’anglais. Mais au Nurburgring, ses talents d’équilibriste compilés avec son sens de la course et de la stratégie firent des éclats. Douchée avant le départ, la piste allemande était bien humide au moment de s’élancer mais tour après tour, elle allait s’assécher, véritable casse-tête pour les pilotes. Alors que les Ferrari optèrent pour des pneus secs, Moss choisit les pluies. Dès le départ, la Lotus s’envola mais quand le bitume s'assècha, les Ferrari revinrent en chasse. Fort heureusement, une nouvelle averse tomba à quelques tours du terme de la course et l’anglais déroula et remporta le centième grand-prix de l’histoire de la Formule 1, son dernier en catégorie reine. Après un abandon lors du tragique grand-prix d’Italie et une casse moteur aux Etats-Unis, la saison 1961 s’acheva sur une troisième place au championnat du monde.

En 1962, un accord est trouvé entre Moss et Ferrari. Ce dernier autorise l’anglais à continuer avec l’écurie privée de Rob Walker mais sur une Ferrari. Mais ce jour n’arriva jamais. Le 15 avril, l’anglais est victime d’une violente sortie à Goodwood. Touché aux cervicales, il ne coura plus jamais et ce, malgré des tests dès 1963, non fructueux. Depuis ce jour, Moss effectua quelques parades de démonstration sans jamais s’engager en compétition. Celui que l’on surnomme “le champion sans couronne” aura laissé une trace indélébile en Formule 1 et dans le sport automobile en général. Féru d’endurance, il ne remporta jamais les 24 Heures du Mans, terminant second à deux reprises. Pour autant, les 12 Heures de Sebring, les 1000km du Nürburgring ou encore les Mille Miglia sont à mettre à son palmarès, un palmarès digne d’un grand champion. Le 12 avril 2020, Stirling Moss, en proie à des soucis de santé, s’est éteint.

Stirling Moss en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

2e (1955, 1956, 1957, 1958)

Grands-prix :

66 (68 engagements)

Victoires :

16

Podiums :

24

Poles Position :

16

Meilleurs Tours :

19

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