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Jack Brabham

Devenir vainqueur en Formule 1 ? Pourquoi pas. Remporter trois championnats ? Impressionnant. Gagner avec sa propre voiture ? Incroyable. C’est pourtant ce que Jack Brabham aura réalisé…

Depuis son plus jeune âge, l’australien est un passionné de mécanique si bien qu’à douze ans, alors que le permis de conduire est encore loin, la conduite d’une voiture n’a plus de secrets pour lui. L’école n’est pas le fort de Brabham et après ses quinze ans, le voici déjà hors des cours de récré. Mais avant d’en échapper, il put perfectionner ses connaissances en mécanique et malgré son absence des bancs de l’école par la suite, il continua à s’instruire par le biais de cours du soir. Dans le même temps, le jeune australien s’adonne à l’usinage et à la mécanique, réparant de nombreuses motos. A ses dix-huit ans, Brabham s’engage dans l’armée de l’air australienne, rêvant de pilotage mais la réalité fut tout autre. Au lieu de voler, le voilà contraint de garder les pieds sur terre, en tant que mécanicien aéronautique. Après deux années, il quitte son rôle de militaire pour lancer sa propre entreprise, toujours en mécanique. Dans le même temps, il aide l’un de ses amis, pilote de midget, à mettre au point une nouvelle voiture de course. Peu de temps après, c’est au volant que se retrouve l’australien. Sa carrière en sport automobile était enfin entamée. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jack Brabham est plutôt doué pour un débutant. Avec quatre titres dans le championnat australien, son nom n’est désormais plus inconnu. En s’affirmant également dans les courses de côte, notamment en 1954, il tapa dans l'œil d’un certain John Cooper, propriétaire d’une écurie de Formule 1. La suite était toute tracée.

Et c’est ce même John qui poussa Jack Brabham dans le grand bain en lui proposant l’une des ses monoplaces pour le grand-prix de Grande-Bretagne, en 1955. Cette course fut celle des champions. Entre le titre pilote pour Fangio, la première pole et la première victoire de Moss, ainsi que les débuts de Brabham, la Formule 1 vivait un grand jour. Malheureusement pour l’australien, l’aventure s’avéra être un vrai calvaire. Bloqué dans les derniers rangs, il finira par renoncer sur problème moteur au premier tiers de course. Son apparition ne fut pas anodine, et pour cause, sa Cooper était une voiture spéciale aux roues carrossées que seul l’australien aura le privilège de piloter. Il tenta de revenir l'année suivante avec une Maserati, mais les résultats n’évoluèrent pas. Son expérience à haut niveau est encore trop faible et faire ses classes en Formule 2 s’avèrent plus judicieux. Pour mener à bien son apprentissage, c’est Cooper qui s’organise pour lui fournir le matériel. Il s’imposera pour la première fois à Brands Hatch en 1957. En cette même saison, il retrouve la Formule 1 pour quatre épreuves et cette fois-ci, l’australien augmente son niveau de jeu. La cause de ce retour en forme pourrait bien être mécanique. En effet, Brabham poussa à l’introduction du moteur en position arrière, ce qui deviendra familier dans les années à suivre. A Monaco, il réalise une solide course et grâce aux multiples abandons, il pointe au troisième rang à cinq tours du but. Malheureusement, une panne de pompe à essence l’obligea à redescendre dans le classement, échouant à la porte des points, sixième. En France, il termina septième après avoir récupéré la monture de son équipier MacDowel, tout comme à Pescara, le plus long circuit qu’ait connu la discipline. Celui que l’on surnomme “Black Jack” de par la couleur noire de ses cheveux, commence à se montrer aux avant-postes. Il confirmera cette montée en puissance en 1958, notamment à Monaco, se qualifiant troisième dans les rues de la principauté, avant de terminer quatrième le lendemain. Ce beau résultat lui donna forcément envie de mieux mais tout comme l’année passée, les points sont toujours manqués. En Italie, c’est par un accrochage dès l’abaissement du drapeau, que s’acheva sa saison. Mais il sait que 1959 peut être une bonne année pour lui. En effet, Cooper fait le choix d’équiper ses voitures du très performant Climax de 2,5L. L’évolution fut surprenante.

Dans sa T53, Brabham espère enfin pouvoir rivaliser pour les podiums et pourquoi pas pour la victoire. Son expérience moindre n’est pas à son avantage mais ses connaissances en mécanique et ses qualités de metteur au point en font un très bon outsider. La saison 1959 débute à Monaco. Lors des qualifications, l’australien signe le troisième temps, égalant son meilleur classement sur la grille de départ. Après un sage début de course et l’abandon de Behra, le voici deuxième, derrière Moss mais alors que tout semblait plié, la Cooper de l’anglais s’arrêta en bord de piste, transmission cassée. Il n’en fallait pas plus pour permettre à ”Black Jack” de remporter son premier grand-prix, qui plus est, à Monaco. Même si ce succès est chanceux, peu de gens imaginaient que Brabham serait si fort. A Zandvoort, il mène une course très sage pour s’adjuger la seconde position avant de terminer troisième en France, un mois plus tard. Sur le tracé d’Aintree, il se montre plus conservateur que son rival Moss, préservant ses pneumatiques jusqu’à la fin de la course, à l’inverse de son adversaire direct. Avec treize points d’avance sur Tony Brooks, celui que personne n’a vu venir est en passe de chiper le titre mondial. Mais après un problème d’embrayage sur le terrible Avus, et un accident à Monsanto, tout était redistribué. D’ailleurs, cet incident aurait pu tourner au drame. Alors qu’il rattrapait un retardataire, l’australien se fit percuter lors du dépassement. Sa voiture s’écrasa dans les bottes de paille avant d'éjecter son malheureux pilote, heureusement sans dommages. Avec deux grands-prix encore à disputer, l’australien n’a plus le droit à l’erreur. A Monza, il parvient à accrocher la troisième place, augmentant son avance à cinq points et demi. La finale se déroule donc à Sebring. Moss prend le meilleur envol et s’empare du commandement mais après cinq petites boucles, le voici déjà arrêté. Il n’en fallait pas tant pour Brabham pour prendre la tête et ne plus la quitter jusqu’au dernier tour. Mais c’est là que l’impensable se produisit. Sa Cooper toussa, les dernières gouttes d’essence étaient consumées. Ne voulant rien lâcher, l’australien poussa sa monture jusqu'à l’arrivée, croisant la ligne en quatrième position, suffisant pour arracher un premier titre inattendu. Si certains crient à l’injustice, “Black Jack” confirma sa place de meilleur pilote du monde en 1960 grâce à la T53. Pourtant, l’entame de saison fut plus que compliquée : abandon en Argentine puis disqualification à Monaco, les espoirs de conserver sa couronne semblent bien ternis. C’est alors que l’australien démontra sa vraie capacité à piloter et à performer. Avec cinq succès en autant d’épreuves, il revient logiquement en tête du classement et s’adjuge un second titre de rang. L’année suivante sera bien différente. Avec la nouvelle réglementation, les Cooper sont nulles part et Brabham ne peut absolument rien faire. Sa seule pole position lors de la dernière épreuve de l’année reflèta le piètre niveau de performance des machines noire et blanche. Pour l’australien, aucune raison de rester chez Cooper. Il faut dire que “Black Jack” a une petite idée derrière la tête…

Car si Brabham court pour Cooper, il fonde, dans le même temps, le Motor Racing Developments, avec son ami Ron Tauranac. Les deux hommes décident, dans un premier temps, de s’attaquer à la Formule 2 en concevant leur propre monoplace, avant de s’attaquer à la catégorie reine. En attendant sa nouvelle monture, l’australien trouve refuge chez Lotus. Les courses y seront très mouvementées et après avoir inscrit trois petits points en cinq rendez-vous,son écurie fait officiellement ses débuts. Si cette mode des pilotes - propriétaires d’équipe est en vogue dans les années 60, aucun d’entre eux n’a connu le succès. Le challenge est intéressant mais pour la concurrence, il n’est pas pris au sérieux. Pourtant, la BT3 est une très bonne monoplace et les débuts sont prometteurs. Malgré un abandon au Nürburgring, il parvient à enchaîner deux quatrième places consécutives, une belle surprise pour le double champion du monde. Désormais, il souhaite atteindre les sommets avec sa petite équipe mais face aux Lotus, Cooper ou Ferrari, la tâche s’annonce rude. En 1963, la BT3 laisse place à la BT7, encore plus performante que sa devancière. Pour mener à bien son projet d'écurie, Brabham engage Dan Gurney. Ce dernier donna grande satisfaction à l’australien en accrochant le premier podium du team à Spa-Francorchamps. “Black Jack” aura lui aussi le droit à son moment de gloire, menant quelques tours en Grande-Bretagne avant de décrocher son premier podium sur sa propre voiture, en fin de saison, au Mexique. Avec de nombreux points dans son escarcelle, l’équipe Brabham semble être plutôt bien née. Ceci sera démontré dès l’année suivante avec les deux premiers succès de la firme, en France et au Mexique, grâce à Gurney. Pour le double champion, la saison est moins bien engagée. La nouvelle BT11, censée rouler pour la gagne, finira trop souvent battue par l’ancienne BT7 encore aux mains de l’américain. L’australien se demande alors si la place de pilote est réellement celle qu’il convoite. Quelques rumeurs quant à sa possible retraite voient le jour mais il n’en est rien, “Black Jack” est toujours de la partie. S’il cède à deux reprises son volant à Hulme, il ne voit aucunes raisons de s’arrêter. Troisième aux Etats-Unis, sur le détrempé circuit de Watkins Glen, Brabham sait que l’année 1966 est charnière en Formule 1, et pour cause, une véritable révolution est en marche : les moteurs de 3 litres de cylindrée.

Ce changement de réglementation pousse tous les constructeurs à revoir leur copie, y compris les motoristes. Si beaucoup planche sur un énorme moteur V12, Brabham fait confiance à une petite entreprise peu connue en Europe pour l’élaboration d’un petit V8 : Repco. Le choix est risqué mais la mise au point de tels monstres prend du temps. En partant sur un bloc plus léger, l’australien espère couper l’herbe sous le pied de Ferrari et de Lotus afin de les devancer. C’est ainsi que la BT19 voit le jour. Les débuts ne sont pas aussi bons qu’espérés, la faute à une transmission récalcitrante à Monaco. Malgré cette déconvenue, le double champion du monde croit en son potentiel et en Belgique, il termine à une solide quatrième place. Pour l’instant, ce sont BRM et Ferrari qui l’emportèrent mais “Black Jack” ne se résigne pas pour autant. Sur le circuit de Reims, Brabham réalise la course parfaite, profitant de l’abandon de Bandini pour s'immiscer en tête de l’épreuve et ne plus jamais la quitter. Pour la première fois de l'histoire, un pilote s’impose sur une voiture de sa conception, une petite révolution dans le monde de la Formule 1. Sous la pluie de Brands Hatch, le récent vainqueur survole les débats et repousse tous ses concurrents à un tour, excepté son équipier Denny Hulme. La démonstration de l’australien continua sur le tracé de Zandvoort où, avant le départ, il offrit une scène cocasse à ses détracteurs, le jugeant trop vieux pour la discipline. En effet, il débarqua sur la grille, affublé d’une fausse barbe et d’une canne, demandant même de l’aide pour s’installer dans sa monoplace. Le pilote, alors âgé de quarante ans, domine à nouveau, profitant de sa pole pour gagner une troisième fois de suite. Il continua sur sa formidable lancée sur le vertigineux Nürburgring, menant tous les tours après s’être élancé cinquième. Ce succès, sous une météo loin d’être des plus appréciables, reste l’une des plus grandes de l’australien. A ce stade, Brabham compte vingt-deux points d’avance sur son plus proche rival, Graham Hill. Le titre peut d’ores et déjà se jouer à Monza. Pour cela, l’anglais ne doit pas marquer plus de points que son adversaire direct. Le suspense ne dura que très peu de temps. Avant même le départ de la course italienne, la BRM subit une avarie au niveau de l’arbre à cames. C’est l’abandon pour Hill qui voit ses chances de couronnes définitivement envolées. Si Surtees, Rindt et Stewart étaient encore dans la lutte pour le championnat également, leurs chances reposaient sur une invraisemblable série de victoires sans que Brabham ne score. Cela aurait pu se produire suite à l’abandon de l’australien à Monza, mais grâce à la victoire de Scarfiotti, les jeux étaient fait. Pour la première fois, et la seule de l’histoire, un pilote remporte la couronne mondiale sur une voiture de sa propre conception. La concurrence s’était trompée sur toute la ligne. Qui aurait pensé que le petit australien finirait par l’emporter avec sa modeste écurie ? A vrai dire, personne. Malgré une casse moteur aux Etats-Unis et une seconde place au Mexique, son écurie éponyme inscrit elle aussi son nom au panthéon de la Formule 1, une bien belle histoire. L’année 1967 continue sur la même lancée triomphale mais si le titre 1966 fut acquis sans trop de difficultés, “Black Jack” tomba sur un os en la personne de Denny Hulme, son équipier. L’avantage décisif fut pris dès l’entame de saison. Sixième à Kyalami puis abandon à Monaco, Brabham ne put empêcher le néo-zélandais de prendre les commandes du championnat. Tout le long de la saison, les deux hommes survolent les débats. L’écart entre les deux ne dépassera presque jamais les cinq points, mais en voulant tester de nouvelles pièces sur ses montures, l’australien perdit toutes chances de s’imposer. Avec deux succès chacun, le titre finit par se jouer lors de l’ultime manche, à Mexico. Au final, même si les deux Brabham sont sur le podium, et même si Jack devance Denny, c’est bien le néo-zélandais qui l’emporta pour cinq petits points (en réalité, trois seulement avant le décompte d’un des résultats de Brabham). Le quatrième titre s’envole, mais pas celui des constructeurs, à nouveau pour son écurie. Le triple champion se penchent alors sur 1968 et sa BT26.

Mais en 1968, une écurie sort du lot : Lotus. Bien qu’ayant effectué une bonne saison 1967, les voitures de Chapman ne se sont pas montrées les plus fiables avec leur V8 Cosworth. Mais une fois ces soucis rectifiés, plus personne ne peut arrêter les anglaises. Pour palier au départ de Hulme, Brabham fait appel au jeune mais talentueux Rindt. L’autrichien finira par surpasser son équipier, en dérive totale avec sa BT26. Sur les douze rendez-vous de l’année, le triple champion renonça onze fois, toujours sur problème mécanique. Il ne raliera l’arrivée qu’à une seule reprise, sur le Nürburgring, en cinquième position, mais à plus de six minutes du vainqueur. La saison 1969 s’annonce meilleure pour l’australien, désormais associé au rapide Jacky Ickx. En Afrique du Sud, il réalise une belle pole position avant de mettre pied à terre, ailerons abîmés. Ce n’est que lors de la quatrième manche, à Zandvoort, que Jack Brabham retrouve les points, avec la sixième place. Mais alors que l’australien retrouvait espoir, un terrible accident lors d’essais à Silverstone l’oblige à faire l’impasse sur le grand-prix de France. Sorti de piste à pleine vitesse, il se retrouva coincé dans sa voiture disloquée pendant de longues minutes, alors que son réservoir percé laissait écouler toute son essence. Plus de peur que de mal pour le triple champion qui commence à réaliser que ses jours en Formule 1 sont sûrement comptés. Il fait son grand retour pour la dernière manche européenne en Italie, conclue par un nouvel abandon. La tournée nord-américaine sera mieux réussie avec une deuxième, une troisième et une quatrième place à l’arrivée. Désormais, c’est sur 1970 que se tourne Brabham et son écurie. La BT33 est très bien née, si bien qu’au bout des quatre-vingt tours à Kyalami, l’australien l’emporte. Ce succès restera son dernier en Formule 1. Parti de la pole en Espagne, il cassa son moteur. Puis arriva le fameux grand-prix de Monaco 1970. Brabham avait tout pour gagner : la meilleure voiture, une avance confortable, rien qui ne pouvait le perturber, sauf son ex-équipier Hulme, à un tour. Dans le tout dernier virage, alors que le néo-zélandais devançait le triple champion, ce dernier bloqua inexplicablement ses roues, fonçant tout droit dans les barrières. Dans ce tout dernier virage, l’australien venait de perdre une victoire pourtant bien méritée. S’il parvient à faire marche arrière et à passer sous le drapeau à damier, Rindt l’a déjà dépassé. Comme si cela n’était pas assez douloureux, la même mésaventure lui arriva de nouveau, quelques manches plus tard, à Brands Hatch. Parti pour s’imposer, sa Brabham arriva à cours d’essence dans les derniers virages. En roue libre, il ne pu empêcher Rindt de lui souffler une nouvelle victoire dans les derniers instants de course. Ces deux cruelles défaites poussèrent l’australien à arrêter définitivement la Formule 1 en fin d’année. Après ce grand-prix de Grande-Bretagne, il ne ralliera quasiment plus l’arrivée, terminant très loin dans les classements. Après cent-vingt-trois départ, le plus grand pilote australien de l’histoire raccrochait son casque pour de bon.

A l’issue de cette saison 1970, Brabham vend son équipe à Bernie Ecclestone. Ce dernier permit à l’écurie australienne, nationalisée anglaise par la suite, de réaliser de belles prestations, notamment en 1975 ou 1981, ou encore en 1983 avec le titre pilote de Nelson Piquet, marqué par une sombre affaire de carburant illicite. L’écurie finira par décliner avant de disparaître totalement en 1992. Pendant ce temps, Jack Brabham monta sa propre société d’aviation, étant également gérant d’un complexe fermier et d’une concession automobile. En 1985, sa contribution au succès des sports mécaniques en Grande-Bretagne est saluée, le grand Jack devenant Sir Jack Brabham. Il travailla également à l’arrivée de ses trois fils en sports mécaniques, permettant à deux d’entre eux d’entrer en Formule 1, David et Gary, sans réel succès. C’est plutôt du côté de l’endurance que le nom de Brabham fut synonyme de victoire avec Goeff lors des 24 Heures du Mans 1993, et David en 2009. Le 19 Mai 2014, alors qu’il est le doyen des champions du monde, Jack Brabham s’éteint paisiblement dans sa demeure. La Formule 1 venait de perdre l’un de ses champions iconiques, aussi discret soit-il, le seul champion sur sa propre monture.

Jack Brabham en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

Champion du monde (1959, 1960, 1966)

Grands-prix :

123 (126 engagements)

Victoires :

14

Podiums :

31

Poles Position :

13

Meilleurs Tours :

12

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