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Jack Brabham

Gagner en Formule 1 ? Pourquoi pas. Remporter trois championnats ? Impressionnant. Triompher avec sa propre voiture ? Exceptionnel. C’est pourtant ce que Jack Brabham a réalisé…

Depuis son plus jeune âge, l’australien est un passionné de mécanique si bien qu’à douze ans, la conduite d’une voiture n’a plus de secrets pour lui. Trois ans plus tard, il quitte les bancs de l’école pour découvrir la mécanique, tout en perfectionnant ses connaissances par le biais de cours du soir. Dans le même temps, le jeune australien s’adonne à l’usinage et à la mécanique, réparant de nombreuses motos et autres engins motorisés. A ses dix-huit ans, Brabham s’engage dans l’armée de l’air australienne et s’il ne pilote pas, c’est en qualité de mécanicien aéronautique qu’il y travaille. Après deux années, il quitte son rôle de militaire pour lancer sa propre entreprise, toujours en mécanique, désormais auréolé d’un diplôme d’ingénieur. Sa soif d’apprendre et de mettre en application le pousse à voir toujours plus loin, comme le sport automobile par exemple. Après avoir aidé l’un de ses amis, pilote de Midget, à mettre au point une nouvelle voiture de course, c’est lui qui finit par s’installer au volant. L’épopée gagnante de “Black Jack” venait de débuter. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jack Brabham est plutôt doué pour un débutant. Avec quatre titres dans le championnat australien de Midget en autant d’années, son nom n’est désormais plus inconnu. C’est là qu’il y fit la rencontre de Ron Tauranac, un jeune ingénieur qui deviendrait très vite le bras droit de l’australien dans sa firme éponyme. En attendant, Jack continue d’étoffer son palmarès et après avoir tourné sur des anneaux de vitesse, le voici s’essayant à la course de côte, avec toujours autant de succès. Les circuits fermés seront aussi à son programme et notamment le grand-prix de Nouvelle-Zélande, épreuve hors-championnat de Formule Libre. Ce jour-là, bien qu’il ne termine que sixième à cinq tours du vainqueur, un homme l’aperçoit en bord de piste, épaté par sa maîtrise au volant. Son nom : John Cooper. La suite de l’histoire devenait on ne peut plus logique…

Et c’est ce même John qui poussa Jack Brabham dans le grand bain en lui proposant l’une des ses monoplaces pour ses premiers tours de roues en Europe en 1955. Après avoir débuté hors-championnat sur les circuits de Goodwood, Silverstone et Crystal Palace, le grand-prix de Grande-Bretagne devient sa grande première officielle. Cette course était celle des champions. Entre le titre pilote pour Fangio, la première pole et la première victoire de Moss, ainsi que les débuts de Brabham, la Formule 1 vivait un grand jour. Malheureusement pour l’australien, l’aventure s’avéra être un vrai calvaire. Bloqué parmi les derniers, il finira par renoncer sur problème moteur au premier tiers de course. Son apparition n’aura pourtant pas été anodine, et pour cause, sa Cooper T40 était une voiture carrossée que seul l’australien aura le privilège de piloter. C’est également la première Formule 1 avec moteur placé à l’arrière, une révolution bien avant l’heure dont Brabham sera un grand acteur. Cette drôle de machine sera de retour à Crystal Palace, Charterhall et Snetterton. Lors de cette dernière, l’australien fait presque jeu égal avec Stirling Moss, de quoi impressionner quelques patrons d’écuries. Sa monture révolutionnaire sera du voyage à l’autre bout du monde pour le grand-prix d’Australie de Formule Libre avant qu’elle ne soit vendue, faute de fonds suffisants pour déménager au Royaume-Uni. S’il fait l’acquisition d’une Maserati 250F déjà malmenée, il ne sera au départ que d’un seul grand-prix, celui de Grande-Bretagne, où il renoncera sur casse moteur après quatre tours. En parallèle, il emmène son italienne hors-championnat, là où il décrochera deux podiums, à Aintree et Snetterton. Les résultats en Formule 2 et en voitures de sport avec Cooper sont relativement bons si bien qu’en 1957, ce sont quatre courses qui sont proposées à “Black Jack”. A Monaco, il réalise une solide course et grâce aux multiples abandons, notamment au départ, il pointe au troisième rang à cinq tours du but. Malheureusement, une panne de pompe à essence l’obligea à redescendre dans le classement. Poussant sa monoplace jusque sur la ligne d’arrivée, il échoue à la porte des points, sixième. En France, il termine septième après avoir récupéré la monture de son équipier MacDowel, tout comme à Pescara, le plus long circuit qu’ait connu la discipline. Brabham n’atteint peut-être pas les sommets en Formule 1 mais en classe inférieure, c’est lui le roi. En Formule 2 britannique, il accroche quatre succès et termine troisième du championnat. Il sera quinzième de ses premières 24 Heures du Mans sur sa Cooper T39 partagée avec Ian Raby. Petit-à-petit, l’australien commence à se faire un nom même si pour l’instant, seul son style de pilotage expressif et sa fine connaissance de la mécanique le devance sur le plan du pilotage. 1958 sera le vrai retournement de situation. Désormais affublé du titre de champion de Formule 2, le voilà bien plus présent en F1. A Monaco, il se qualifie troisième avant de terminer un rang plus bas le lendemain. Sa T45 à moteur arrière n’est peut-être pas au niveau des Vanwall et Ferrari mais la petite structure anglaise commence à percer et Brabham l’a bien compris. Pourtant, c’est chez Aston Martin qu’il trouve refuge en endurance et pour sa première longue épreuve, c’est la victoire. Associé à Stirling Moss, Jack remporte les 1000km du Nürburgring sur sa DBR1. Si le double-tour d’horloge manceau ne lui sourit pas, il pointera en deuxième place lors du Tourist Trophy à Goodwood avec Roy Salvadori. Bien placé dans les courses hors-championnat tout comme en Océanie, “Black Jack” rêve en grand et table sur un succès imminent de ces machines à moteur arrière pour lesquelles il investit tant d’efforts. Y-aura-t-il confirmation en 1959 ?

Sur sa T51, Brabham espère enfin pouvoir rivaliser pour les podiums et pourquoi pas pour la victoire. Son expérience moindre n’est pas à son avantage mais ses connaissances en mécanique et ses qualités de metteur au point en font un très bon outsider. Toujours aussi brillant à l’autre bout du monde qu’en catégorie inférieure, il se limite désormais à la seule monoplace, jonglant avec les différents modèles offerts par Cooper. La saison 1959 de Formule 1 débute à Monaco. Lors des qualifications, l’australien signe le troisième temps, égalant son meilleur classement sur la grille de départ. Après un sage début de course et l’abandon de Behra, le voici deuxième, derrière Moss mais alors que tout semblait plié, la Cooper de l’anglais s’arrête en bord de piste, transmission cassée. Il n’en fallait pas plus pour permettre à ”Black Jack” de remporter son premier grand-prix. Même si ce succès est chanceux, peu de gens imaginaient que Brabham serait si fort. A Zandvoort, il mène une course très sage pour s’adjuger la seconde position avant de terminer troisième en France, un mois plus tard. Sur le tracé d’Aintree, après avoir réalisé sa première pole position, il se montre plus conservateur que son rival Moss, préservant ses pneumatiques jusqu’à la fin de la course, à l’inverse de son adversaire direct. Avec treize points d’avance sur Tony Brooks, celui que personne n’avait vu venir est en passe de chiper le titre mondial. Mais après un problème d’embrayage sur le terrible AVUS, et un accident à Monsanto, tout était redistribué. D’ailleurs, cet incident aurait pu tourner au drame. Alors qu’il rattrapait un retardataire, l’australien se fait percuter lors du dépassement. Sa voiture frappe les bottes de paille, décolle avant de s’écraser contre un poteau téléphonique. Brabham est éjecté de sa monoplace et gît à même le circuit, là où le frôle de nombreuses voitures. Par chance, le pilote australien ne souffre que de quelques contusions et sera apte à couvrir la fin de saison. Alors qu’il continue à glaner des podiums dans toutes les catégories, il sécurise la troisième place à Monza, amenant son avance sur Moss à 5,5 points avant la finale américaine. Pour l’unique apparition de Sebring au championnat, Moss prend le meilleur envol et s’empare du commandement mais après cinq petites boucles, le voici déjà arrêté. Il n’en fallait pas plus à Brabham pour prendre la tête et ne plus la quitter jusqu’au dernier tour. Mais dans cette ultime boucle, c’est la catastrophe : sa Cooper tousse, les dernières gouttes d’essence étaient consumées. Ne lâchant rien, l’australien sort de sa machine et la pousse jusqu'à l’arrivée, croisant la ligne en quatrième position, un résultat suffisant pour arracher un premier titre inattendu. Si certains crient à l’injustice, “Black Jack” confirme sa place de meilleur pilote du monde en 1960 grâce à la T53. Pourtant, l’entame de saison n’était pas sous les meilleures auspices. Abandon en Argentine puis disqualification à Monaco, les espoirs de conserver sa couronne semblaient bien ternis. C’est alors que l’australien démontra sa vraie capacité à piloter et à performer. Zandvoort, Spa-Francorchamps, Reims, Silverstone ou Porto, rien ne lui résiste. Avec cinq succès en autant d’épreuves, il revient logiquement en tête du classement et s’adjuge un second titre de rang. Évidemment, l’absence de Moss, blessé en Belgique, aura ouvert une voie royale à Jack pour ce second sacre bien mérité. La manche portugaise aurait pourtant pu ne pas lui sourire, lui qui perdra le contrôle de sa machine après avoir glissé, ça ne s’invente pas, sur les rails de tramway traversant les rues… Fort de cette double couronne, il sera également le lauréat du championnat de Formule 2. Son coup de volant reste propre et précis mais ce qui impressionne réellement, c’est sa faculté à mettre au point les réglages optimaux, quels que soient les tracés qui se présentent à lui. Ces longs travaux d’études et d'ingénierie ne seront pas sans lui donner des idées. Dans le plus grand des secrets, Jack Brabham et Ron Tauranac développent une petite monoplace. Si la Formule 1 n’est pas leur objectif à ce moment-ci, rien ne les empêche de voir plus grand. Reste que pour 1961, Brabham rempile chez Cooper. Hélas, le changement de réglementation moteur plombe la saison des anglaises à cause d’une mécanique trop fragile et trop peu fiable. Sa seule pole position lors de la dernière épreuve de l’année reflète le piètre niveau de performance des machines noire et blanche. Seule consolation, ses nombreux triomphes hors-championnat mais surtout, sa belle prestation lors de ses premiers 500 Miles d’Indianapolis. Sur sa modeste Cooper T54, l’australien fait pâle figure au milieu de ces monstres de puissance à moteur avant. Malgré le déficit de puissance, le double champion du monde de Formule 1 démontre l’efficacité de son architecture moteur, détenant un long moment la troisième place avant de finalement terminer neuvième. 1962 sera-t-il un meilleur cru ? Cela reste à démontrer…

Car cette année-là, Brabham et Tauranac débarquent sur le devant de la scène et entendent bien faire du Motor Racing Developments, une petite structure à grands succès. La Formule 2 sera leur principal objectif mais très vite, les deux hommes rêvent grand, très grand. Le développement de celle que l’on appellera Brabham BT3 oblige “Black Jack” à s’associer avec Lotus pour les premières manches, non pas sous les couleurs de l’écurie officielle mais sous celles de la Brabham Racing Organisation. L’aventure de patron-pilote prenait peu à peu forme... Les premières courses de l’année seront très mouvementées et après avoir inscrit trois petits points en cinq rendez-vous, son écurie fait officiellement ses débuts sur le terrifiant Nürburgring. Si cette mode des pilotes - propriétaires d’équipe est en vogue dans les années 60, aucun d’entre eux n’a connu le succès. Le challenge est intéressant mais pour la concurrence, il n’est pas pris au sérieux. Malgré un abandon sur l’Enfer Vert, il parvient à enchaîner deux quatrième places consécutives à Watkins Glen et East London, une belle surprise pour le double champion du monde. Désormais, il souhaite atteindre les sommets avec sa petite équipe mais face aux Lotus, Cooper ou Ferrari, la tâche s’annonce ardue. En 1963, la BT3 laisse place à la BT7, encore plus performante que sa devancière. Jack le sait, il lui faudra s’associer avec d’autres pilotes pour mener à bien ce projet. Ainsi lègue-t-il son second volant à Dan Gurney, lui qui aura l’occasion de conduire la BT7 à Monaco, là où le double champion australien se contente d’une vieillissante Lotus 24 pour la manche inaugurale. Ce sera sa dernière apparition au volant d’une monoplace autre qu’une Brabham. Dès lors, Brabham ne vit que pour Brabham. La Lotus 25 de son grand rival Jim Clark est tout bonnement imbattable mais les petites BT7 ne déméritent pas et à Spa-Francorchamps, Gurney décroche le premier podium de la petite équipe. Jack goûtera lui aussi aux joies de l’estrade avec la deuxième place au Mexique en fin de saison. Entre-temps, il réussit à s’imposer avec une BT3 lors de la manche autrichienne hors-championnat, une petite victoire qui en appellera bien d’autres. Avec de nombreux points dans son escarcelle, le team australo-anglais semble être plutôt bien né et cela se voit, notamment en Tasman Series, un championnat de monoplaces proches de la F1, principalement couru en Océanie. Jack s’y acclimate bien et s’impose à trois reprises mais c’est à Bruce McLaren que reviennent les lauriers pour trois petites unités. Du côté de la Formule 1, les performances sont en dents de scie. Peu épargné par les problèmes de fiabilité, il enchaîne les résultats blancs, bien que deux troisième places soient décrochées à Spa-Francorchamps et à Rouen-Les Essarts. Cette course française sera d’ailleurs historique pour Brabham car ce jour-là, Dan Gurney gagne l’épreuve. Il récidivera au Mexique mais Jack n’est pas en reste avec deux triomphes hors-championnat aux 200 Miles d’Aintree et à l’International Trophy de Silverstone. Bien que sa BT11 soit davantage performante que la BT7, l’australien peine à se mettre au niveau de son équipier, se demandant même si sa place de pilote est réellement celle qu’il convoite. Quelques rumeurs quant à sa possible retraite voient le jour mais il n’en est rien, “Black Jack” est toujours de la partie. Après quelques meetings en Australie et Nouvelle-Zélande, il retrouve le chemin de la Formule 1, laissant parfois son volant à Denny Hulme pour se familiariser avec son nouvel environnement. Il faut dire qu’avec parfois sept Brabham au départ, le patron d’écurie à du pain sur la planche. Seul un podium aux Etats-Unis viendra parachever une saison compliquée sans grande réussite. Avec un Gurney quittant le navire pour créer son équipe Eagle mais un règlement évoluant en faveur de la puissance moteur, tout pourrait être redistribué, à condition de réussir son entrée en matière…

Avec une augmentation de la cylindrée à trois litres, le choix du moteur est primordial. Les lourds V8 ou V12 apparaissent parmi les écuries mais pour Brabham, pas question de chercher la puissance à tout prix. C’est donc auprès de l’entreprise Repco, celle qui fournissait une grande partie de ses pièces mécaniques, que Jack se tourne, leur demandant alors de concevoir un moteur de Formule 1, rien que ça. Le défi est colossal et le temps imparti très réduit mais pour la première course de l’année à Monaco, le V8 Repco est bel et bien posé sur le châssis de sa BT19. Une semaine auparavant, il imposait ce nouveau bloc lors de l’International Trophy à Silverstone, l’une des plus célèbres courses hors-championnat. Le premier grand-prix en terres monégasques n’est pas brillant, la faute à une transmission cassée. Malgré cette déconvenue, le double champion du monde croit en son potentiel et en Belgique, il termine à une solide quatrième place. Pour l’instant, ce sont les BRM et Ferrari qui l’emportent mais “Black Jack” ne se résigne pas pour autant. Sur le rapide circuit de Reims, Brabham réalise la course parfaite, profitant de l’abandon de Bandini pour s'immiscer en tête de l’épreuve et ne plus jamais la quitter. Pour la première fois de l'histoire, un pilote s’impose sur une voiture de sa conception, une petite révolution dans le monde de la Formule 1. Sous la pluie de Brands Hatch, le récent vainqueur survole les débats et repousse tous ses concurrents à un tour, excepté son équipier Denny Hulme. La machine Brabham-Repco n’allait pas stopper de sitôt. La démonstration de l’australien continue sur le tracé de Zandvoort où, avant le départ, il offre au paddock une scène cocasse, visant directement ses détracteurs, le jugeant trop vieux pour la discipline. Débarquant sur la grille affublé d’une fausse barbe et d’une canne tout en demandant de l’aide pour s’installer dans sa monoplace, Jack, le quadragénaire n’est pas là pour rigoler une fois le casque enfilé. D’ailleurs, c’est lui qui domine à nouveau aux Pays-Bas, profitant de sa pole position pour gagner une troisième fois d’affilée. Sa formidable lancée se poursuit sur le vertigineux Nürburgring. En menant tous les tours après s’être élancé cinquième, Brabham venait de faire un pas de géant vers un troisième sacre mondial, là où personne ne l’attendait. Ce succès, sous une météo loin d’être des plus appréciables, reste l’un des plus grands de l’australien. A ce stade, Brabham compte vingt-deux points d’avance sur son plus proche rival, Graham Hill. Le titre peut d’ores et déjà se jouer à Monza. Pour cela, l’anglais ne doit pas marquer plus de points que son adversaire direct. Le suspense ne durera que très peu de temps. Avant même le départ de la course italienne, la BRM subit une avarie au niveau d’un arbre à cames. C’est l’abandon pour Hill qui voit ses chances de couronne définitivement envolées. Si Surtees, Rindt et Stewart étaient encore dans la lutte pour le championnat, leurs chances ne reposaient que sur une invraisemblable série de victoires sans que Brabham ne score. Cela aurait pu se produire suite à l’abandon de l’australien à Monza, mais grâce à la victoire de Scarfiotti, les jeux étaient faits. Pour la première, et la seule fois de l’histoire, un pilote remporte la couronne mondiale sur une voiture de sa propre conception. La concurrence s’était trompée sur toute la ligne. Qui aurait pensé que le petit australien finirait par l’emporter avec sa modeste écurie ? A vrai dire, personne. Malgré une casse moteur aux Etats-Unis et une seconde place au Mexique, son écurie éponyme inscrit elle aussi son nom au panthéon de la Formule 1, une bien belle histoire. Pour couronner une année faste en succès, Jack Brabham accroche également à son palmarès les titres de Formule 2 britannique et française démontrant un peu plus que l’homme à battre en 66, c’était bien lui. L’année 1967 continuera sur la même lancée triomphale mais si le titre 1966 a été acquis sans trop de difficultés, “Black Jack” tombe sur un os en la personne de Denny Hulme, son équipier. L’avantage décisif sera pris dès l’entame de saison. Sixième à Kyalami puis abandon à Monaco malgré les poles position, Brabham ne pourra empêcher le néo-zélandais de prendre les commandes du championnat. Tout au long de la saison, les deux hommes survolent les débats. L’écart entre les deux ne dépassera presque jamais les cinq points, mais en voulant tester de nouvelles pièces sur ses montures, l’australien perdra toutes chances de s’imposer. Malgré ses succès au grand-prix de France au Mans et au Canada, cinq points le sépare du Kiwi en tête de classement. C’est donc Mexico qui sera le théâtre de l’ultime confrontation. La première place lui est indispensable pour rafler la mise une quatrième fois mais avec un Jim Clark des grands jours, il n’y a rien à faire. Bien qu’il soit deuxième sous le drapeau à damier, Jack doit s’incliner pour cinq points, trois si l’on ne décompte pas son plus mauvais résultat. Mais cet échec, qui n’en n’est pas vraiment un, ne l’affecte que peu. Avec un deuxième sacre au tableau des constructeurs, sa petite structure propulsée par ces moteurs inconnus au bataillon deux ans auparavant, réduit les Lotus, Ferrari ou BRM au rang d’outsider. Est-ce le début d’une ère Brabham ? Pas vraiment.

Car en 1968, une écurie sort du lot : Lotus. Bien qu’ayant effectué une bonne saison 1967, les voitures de Chapman ne se sont pas montrées les plus fiables avec leur V8 Ford-Cosworth. Mais une fois ces soucis rectifiés, plus personne ne peut arrêter les anglaises. Pour pallier au départ de Hulme, parti chez McLaren, Brabham fait appel au jeune mais talentueux Rindt. L’autrichien finira par surpasser son équipier, en dérive totale avec sa BT26. Sur les douze rendez-vous de l’année, le triple champion renoncera onze fois, toujours sur problème mécanique. Il ne ralliera l’arrivée que sur le terrifiant Nürburgring, en cinquième position, mais à plus de six minutes du vainqueur. Face aux incroyables V8 DFV Ford-Cosworth et au puissant douze cylindres Ferrari, le petit Repco ne fait plus le poids. Cette année sera vierge de tout succès, que ce soit en F1, en tasman Series ou en USAC. La saison 1969 s’annonce meilleure pour l’australien, désormais associé au rapide Jacky Ickx et à l’iconique moteur anglo-américain. En Afrique du Sud, il réalise une belle pole position avant de mettre pied à terre, ailerons cassés. Ce n’est que lors de la quatrième manche, à Zandvoort, que Jack Brabham retrouve les points avec la sixième place. Mais alors que l’australien retrouvait espoir, un terrible accident lors d’essais à Silverstone l’oblige à faire l’impasse sur le grand-prix de France. Sorti de piste à pleine vitesse, il se retrouva coincé dans sa voiture disloquée pendant de longues minutes, alors que son réservoir percé laissait s’écouler toute son essence. Plus de peur que de mal pour le triple champion qui commence à réaliser que ses jours en Formule 1 sont sûrement comptés. Absent de longues semaines à cause d’une cheville douloureuse, il fait son grand retour pour la dernière manche européenne en Italie, conclue par un nouvel abandon. La tournée nord-américaine sera plus réussie avec une deuxième, une troisième et une quatrième place à l’arrivée. Seulement dixième du championnat, là où son équipier belge termine vice-champion derrière l’intouchable Stewart, Jack Brabham se doit d’affronter la réalité : la jeune génération est là, prête à pousser cet infatigable pilote hors de son cockpit. Et pourtant, “Black Jack” est encore là en 1970. La BT33 est très bien née, si bien qu’au bout des quatre-vingt tours à Kyalami, l’australien l’emporte. Ce succès restera son dernier en Formule 1. Parti de la pole en Espagne, il casse son moteur. Puis lors du fameux grand-prix de Monaco, Brabham avait tout pour gagner : la meilleure voiture, une avance confortable, rien qui ne pouvait le perturber, sauf son ex-équipier Hulme, à un tour. Dans le tout dernier virage du dernier tour, alors que le néo-zélandais devançait le triple champion, ce dernier bloqua inexplicablement ses roues, fonçant tout droit dans les barrières. Dans ce tout dernier tournant, l’australien venait de perdre une victoire pourtant bien méritée. S’il parvient à faire marche arrière et à passer sous le drapeau à damier, Rindt l’a déjà dépassé. Comme si cela n’était pas assez douloureux, la même mésaventure lui arriva de nouveau, quelques manches plus tard, à Brands Hatch. Parti pour s’imposer, sa Brabham arrive à court de carburant dans les derniers virages. En roue libre, il ne peut empêcher Rindt de lui souffler une nouvelle victoire dans les tous derniers instants de course. Ces deux cruelles défaites pousseront l’australien à arrêter définitivement la Formule 1 en fin d’année. Après ce grand-prix de Grande-Bretagne, il ne ralliera quasiment plus l’arrivée, terminant très loin dans les classements. Après cent-vingt-trois départ, le plus grand pilote australien de l’histoire raccrochait son casque pour de bon.

Sa femme est désormais soulagée, elle qui vivait avec la peur constante de voir partir son mari, comme il en sera question avec Jochen Rindt à Monza quelques semaines auparavant. Les quelques crochets à Indy ou en endurance n’y changeront rien, “Black Jack” ne reviendra plus. Lassé de cette compétition devenue une guerre technologique et financière, il choisit de se retirer, loin, très loin des circuits. A l’issue de cette saison 1970, Jack Brabham délaisse son équipe à Ron Tauranac avant son transfert à Bernie Ecclestone. Ce dernier permettra à l’écurie australienne, nationalisée anglaise par la suite, de réaliser de belles prestations, notamment en 1975 ou 1981, ou encore en 1983 avec le titre pilote de Nelson Piquet, marqué par une sombre affaire de carburant illicite. L’écurie finira par décliner avant de disparaître totalement en 1992. Pendant ce temps, Jack Brabham monte sa propre société d’aviation, étant également gérant d’un complexe fermier et d’une concession automobile. En 1985, sa contribution au succès des sports mécaniques en Grande-Bretagne est saluée, le grand Jack devenant Sir Jack Brabham. Il travailla également à l’arrivée de ses trois fils en sports mécaniques, permettant à deux d’entre eux d’entrer en Formule 1, David et Gary, sans réel succès. C’est plutôt du côté de l’endurance que le nom de Brabham sera synonyme de victoire avec Goeff lors des 24 Heures du Mans 1993, et David en 2009. Le 19 Mai 2014, alors qu’il est le doyen des champions du monde, Jack Brabham s’éteint paisiblement dans sa demeure. La Formule 1 venait de perdre l’un de ses champions iconiques, aussi discret soit-il, le seul héros champion sur sa propre monture.

Jack Brabham en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

Champion du monde (1959, 1960, 1966)

Grands-prix :

123 (126 engagements)

Victoires :

14

Podiums :

31

Poles Position :

13

Meilleurs Tours :

12

Mis à jour le 

06/03/2026

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