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Sebastian Vettel

Quand un jeune allemand se place dans la lignée de Michael Schumacher, l’adversité n’a qu’à bien se tenir…

Après l’éclosion et la domination de Michael Schumacher à la fin des années 90 en Formule 1, bon nombre d’allemands tentent de s’initier aux sports mécaniques pour eux aussi, un jour, figurer en haut des tableaux. C’est ainsi qu’en 1995, le jeune Sebastian Vettel fait ses débuts en karting, alors âgé de huit ans.Le petit blond dispose d’un certain coup de volant qui fait mouche parmi les observateurs, notamment une filière autrichienne qui deviendra sa maison mère : Red Bull Racing. Vainqueur de grandes épreuves à Monaco et Paris-Bercy en 2001, il se voit offrir l’opportunité de gravir les échelons, découvrant la monoplace dès 2003, à seulement seize ans. C’est en Formule BMW qu’il commence à faire ses armes et comme en karting, le succès est omniprésent. Cette année-là, seul Maximilian Götz, futur pilote GT et DTM, terminera devant lui au classement, une belle entrée en matière. Plus incroyable encore, il dominera de la tête et des épaules la saison 2004, ne laissant échapper que douze petites unités sur l’entièreté du championnat. Ces performances le font progresser dans la hiérarchie, passant de la F3 Euroseries en 2005 aux World Series by Renault dans la foulée. Si les titres lui échappent, le pilotage est pourtant exemplaire, ce qui lui vaut de jolies piges en session d’essai, notamment avec Williams-BMW, puis BMW Sauber en 2006. La grande épopée peut enfin commencer…

Alors que son idole Schumacher annonce sa retraite, le jeune Sebastian débarque dans le monde très fermé de la catégorie reine. Et c’est lors du grand-prix de Turquie 2006 que son nom apparaît pour la première fois sur un classement officiel mais en tant que troisième pilote uniquement. Et dès sa première sortie, l’allemand claque un record qui ne sera sûrement jamais battu : celui de la pénalité la plus rapide de l’histoire, rien que ça. A peine neuf secondes après être sorti de son garage, le pilote BMW commet un excès de vitesse dans les stands, une bourde qui ne le déconcentrera pas puisqu’il signera, pour la deuxième séance d’essai, le meilleur temps général. Si ses performances impressionnent, le team munichois préfèrera Kubica aux côtés de Heidfeld pour la saison 2007. Pire encore, Vettel se voit retirer le privilège de rouler lors des séances d’essais libres. Repassé par la case World Series by Renault, il frôle la catastrophe lors d’une manche à Spa-Francorchamps où un gros accident en haut du Raidillon lui coûte presque la perte d’un doigt. C’est d’ailleurs un crash qui le propulsera plus tôt que prévu dans un baquet de titulaire F1. En effet, lors de la manche canadienne, Kubica sort violemment de la piste, détruisant totalement sa monture tout en se blessant sérieusement. BMW se doit de lui trouver un remplaçant pour Indianapolis et avec Vettel, le choix est tout trouvé. L’allemand prend son job très au sérieux et pour son premier week-end de course complet, il s’illustre dans les points avec une huitième place mais déjà, Kubica repointe le bout de son nez et les espoirs de rouler de Sebastian s'amenuisent à nouveau. C’est alors qu’à mi-saison, chez Toro Rosso, l’américain Scott Speed voit son volant lui être retiré. L’opportunité est trop belle pour Red Bull qui couve ce petit blond depuis déjà tant d’années. La STR2 est difficile à maîtriser et face à Liuzzi, Vettel perd pied. Mais à Fuji, les conditions météo dantesques ouvrent une boîte de Pandore pour de gros points. A la mi-course, il s’offre le luxe de mener le grand-prix avant de voir Hamilton et Webber lui passer devant. Le podium est plus que jamais possible mais une grossière erreur viendra compromettre une course rondement menée. Sous régime de Safety Car, le pilote Toro Rosso ne remarque pas le gros ralentissement de Hamilton devant lui. Au dernier moment, il tente d’éviter la Red Bull de Webber, sans succès. Les deux voitures échouent lamentablement dans l’herbe, laissant s’échapper une occasion rêvée de monter sur le toit du monde. L’allemand se rattrapa pourtant très bien lors de la manche suivante, toujours dans des conditions précaires, en ramenant une étonnante quatrième place à Shanghai, le meilleur résultat de son écurie. Sans surprise, le voilà reconduit pour une année supplémentaire, et quelle année 2008. Tout débuta pourtant très mal avec des accidents en cascade mais avec l’arrivée de la STR3, les résultats s’améliorent. Cinquième à Monaco, Sebastian vise de plus en plus souvent les points, au contraire de son équipier Bourdais, coincé en fond de peloton. Puis arriva ce fameux week-end italien à Monza. Sur le temple de la vitesse, la pluie tombe sans cesse ce qui, étonnement, correspond parfaitement aux Toro Rosso. Résultat, Vettel s’empare de la pole, battant un nouveau record de précocité. Le lendemain, l’histoire se répète et la machine italienne performe comme jamais. L’allemand mène quasiment l’intégralité de l’épreuve pour ainsi remporter un premier succès historique, le seul à ce jour d’un moteur Ferrari hors d’une machine rouge ! Cet exploit secoue le monde de la Formule 1 qui ne peut que saluer la performance du jeune blond. La fin de saison sera d’ailleurs à la hauteur de ce week-end avec de nouveaux gros points à la clé. Lors de la dernière manche, au Brésil, il s’offre même le luxe de dépasser Hamilton qui perd ici, le titre mondial, qu’il finira par récupérer dans le tout dernier virage avec l’écart de Glock. Pour Vettel, l’objectif est plus que rempli. De nombreux teams lorgnent sur le jeune allemand mais c’est bien la maison mère Red Bull qui aura le dernier mot. L’aventure autrichienne débute…

Son arrivée chez les taureaux rouges coïncide avec le gros changement de règlement aérodynamique de 2009. Les voitures ont une toutes nouvelles allures critiquables mais chacun espère porter haut le fruit de son travail. Les Red Bull Renault semblent bien à leur aise après les premiers essais hivernaux mais l’entame de saison ne reflète pas vraiment les performances affichées. La faute à qui ? A un petit poucet du nom de Brawn GP, inconnu au bataillon quelques semaines avant la première course australienne. Pour Vettel, cette année doit être celle de la confirmation. D’ailleurs, beaucoup d’espoirs sont placés en lui, mais aussi beaucoup de pression émanant de Horner et Marko. Le premier rendez-vous tourna au carnage tout près du but après un bête accrochage avec Kubica dans l’avant-dernière boucle. A Sepang, c’est un tête-à-queue sous la pluie qui le condamnera à abandonner juste avant l’interruption de course. Mais à Shanghai, la roue tourne. Sous la mousson chinoise, Sebastian décroche la pole position, la première de son équipe, avant de doubler la mise le lendemain, toujours sous les eaux, bien qu’étant percuté par la Toro Rosso de Buemi à mi-course. Chez Red Bull, la joie est absolue. Pour leur première, c’est même un doublé qui est enregistré avec l’expérimenté Webber deuxième. Mais ce succès semble perdu parmi l’hégémonie Brawn GP. A Istanbul, l’allemand reprend la pole mais une sortie trop large dans le premier tour l’obligera à observer le double diffuseur des anglaises devant lui. il lui faudra attendre la mi-saison et Silverstone pour enfin retrouver la plus haute marche du podium, notamment grâce aux évolutions apportées. La machine est lancée mais deux abandons successifs en Hongrie et à Valence le repousseront à vingt-cinq unités du leader Button. Ses victoires à Suzuka et à Abou Dhabi n’y changeront rien, Vettel doit s’avouer vaincu. Il se consolera avec le titre de vice-champion mais pour 2010, l’objectif est clair : la couronne mondiale. Par chance, la RB6 est une excellente monoplace, peut-être la meilleure du championnat mais comme l’année passée, les déboires arrivent rapidement. A Bahreïn, alors qu’il file vers la victoire, son moteur baisse en puissance, laissant les deux Ferrari lui voler la vedette, puis à Melbourne, c’est une panne de frein qui l’envoie tout droit dans les graviers. Rien ne semble aller droit et pourtant, en Malaisie, l’allemand retrouve la plus haute marche du podium. Le championnat est très serré entre les Red Bull, Ferrari et McLaren et avec une telle concurrence, les premières places valent de l’or. Il faudra six grands-prix supplémentaires à Vettel pour retrouver le chemin de la victoire, non sans passer par quelques déconvenues, notamment en Turquie. Alors qu’il s’apprêtait à faire l’extérieur à son équipier pour la tête, les deux monoplaces autrichiennes s’accrochent. Après plusieurs têtes-à-queue qui détruiront son plancher, Vettel est out. A la mi-saison, il enchaîne quatre poles position mais n’en convertira qu’une, à Valence. Dans les Ardennes belges, il commet sa seule grosse erreur de la saison en percutant Button au freinage du Bus Stop sur une piste grasse. Après un grand-prix de Singapour où il n’aura vu que les échappements d’Alonso, Sebastian n’est que quatrième du championnat, à vingt-et-un points de son équipier leader. Pour espérer glaner ce premier titre, le jeune blond à la mèche rebelle se doit de tout rafler. Sa quête démarre plutôt bien avec un succès autoritaire au Japon suivi d’une course parfaite à Yeongam, malheureusement terminé à pied sur panne moteur. Il ne reste que deux courses et avec vingt-cinq unités en moins qu’Alonso, la messe semble dite, du moins, pas mathématiquement. Grâce à un nouveau succès à Interlagos, le voilà dans la course au titre pour la grande finale face à Alonso, Webber et Hamilton. Les deux premiers sont évidemment favoris mais les deux outsiders ne sont pas à oublier et c’est bien ceci qui fera défaut aux leaders. Dans une longue course d’attente, Vettel mène sans relâche alors que derrière, son équipier et l’espagnol de Ferrari restent bloqués derrière la Renault de Petrov. Le scénario tant rêvé est en train de se réaliser. A vingt-trois ans, quatre mois et onze jours, Sebastian Vettel devient champion du monde de Formule 1, un record qui n’est pas prêt de tomber. Dès lors, l’allemand deviendra le chouchou de son écurie mais aussi la terreur de ses adversaires. Le petit gamin sage revet tout d’un coup le costume de l’homme à abattre mais en 2011, il n’en sera rien. La RB7 est sans conteste possible la meilleure voiture du plateau. Parfaitement adaptée au style de Vettel mais aussi au KERS, DRS et pneumatiques Pirelli, la paire allemande-autrichienne fera un malheur. Cette saison sera l’une des exceptionnelles de l’histoire niveau comptable. Sur les dix-neuf manches du calendrier, le récent champion rafle la mise à onze reprises. Mieux encore, il monte sur tous les podiums de la saison excepté sur le Nürburgring et à Abou Dhabi, où il connaitra d’ailleurs son seul abandon de la saison à la suite d’une crevaison dès le premier tour. La concurrence est écoeurée et dès le grand-prix du Japon, l’allemand aligne une deuxième étoile. Celui qui sera surnommé “Baby Schumi” affole les compteurs et les statistiques concernant la précocité mais cette notoriété et domination grandissante ne sera pas pour plaire à l'ensemble du monde de la Formule 1. En effet, l’allemand n’hésitera pas à mettre en avant sa supériorité avec un signe de l’index qui sera vivement critiqué dans les années suivantes. Quoi qu’il en soit, le voilà déjà double champion et pas sûr qu’il compte s’arrêter en si bon chemin…

2012. Les nez cassés apparaissent sur les voitures, nous offrant des atrocités toutes plus horribles les unes que les autres. Chez Red Bull, la confiance est de mise et pour Sebastian, la concurrence n’est sans doute pas prête de venir le talonner. Or, cette année-là, c’est McLaren qui rend la meilleure copie avec une MP4-27 épurée et rapide, mais trop peu fiable. Finalement, la concurrence semble bien plus coriace que prévu pour le team autrichien, battu même par une Ferrari pourtant rétive à Sepang. Il faudra attendre Bahreïn pour enfin revoir Vettel triompher mais le contraste avec l’année écoulée est saisissant. Là où cinq pilotes différents s’étaient imposés sur l'entièreté de la saison, ils sont sept en autant de manches en 2012 et les outsiders ne manquent pas : Mercedes, Lotus, Williams, Force India, tout le monde à son mot à dire, de quoi rendre les choses encore plus palpitantes. Après ces sept grands-prix, le double champion allemand n’a inscrit que deux podiums, un bien maigre butin qui ne le place pourtant qu’à trois points du leader du championnat, Lewis Hamilton. La route est encore longue mais les premiers ennuis apparaissent, laissant échapper de sacrés opportunités. A Valence, l’allemand mène de main de maître mais peu après la mi-course, son alternateur lâche : c’est l’abandon. Chez lui, à Hockenheim, il tente de surprendre Button dans les derniers tours mais une escapade hors des limites de piste pour dépasser le relègue en cinquième position, loin de sa deuxième place initiale. En plus de ces déboires, une autre déconvenue touche les taureaux rouges : le retour en force de la Scuderia Ferrari et d’Alonso, désormais large leader avec trente-quatre points d’avance sur Webber, quarante-quatre sur Vettel. Pour renverser la tendance, il faut réécrire le scénario de 2010. Cela commence mal avec une nouvelle panne du bloc Renault à Monza. Plus étonnant encore, le revenant Raikkonen sème le trouble en se hissant devant Vettel au championnat, en troisième position. Si beaucoup se ferait une raison à sept courses du terme, Sebastian n’abdique pas. Pour se rappeler aux bons souvenirs de tous, il enchaîne les succès, remportant coup sur coup les grands-prix de Singapour, Japon, Corée du Sud et d’Inde, reprenant par la même occasion, la tête du championnat à Alonso. La phase finale est plus stressante que jamais mais à Yas Marina, nouveau pépin. Trop peu d’essence dans le réservoir à l’issue des qualifications, c’est la disqualification assurée. En partant des stands, sa tâche s’annonce rude et après un coup de volant furtif pour éviter un coup de roue sous voiture de sécurité et un aileron abîmé après avoir percuté un panneau en polystyrène, sa course semble compromise. Pourtant, “Baby Schumi” ne baisse pas les bras et profite d’une course hachée pour remonter de la vingt-quatrième à la troisième place finale, ne laissant s’échapper que trois petits points face à Alonso. Il les reprendra dès la manche suivante à Austin, laissant augurer de belles chances de troisième couronne au Brésil. Oui mais à interlagos, il y a le facteur pluie, mais aussi chance. Au premier tour, Vettel se fait percuter et se retrouve à contresens parmi le peloton. Si tout le monde l’évite, les dégâts sont visibles. Il lui faut alors retourner dans le sens de la marche et grappiller le maximum de places pour contrer Alonso, alors en bonne position pour le championnat. Fort heureusement, un accrochage entre Hulkenberg et Hamilton resserrera le peloton mais l'orage gronde et les conditions deviennent critiques. Dans les tous derniers instants de course, Di Resta sort de la piste. Vettel est sixième, une place suffisante pour s’assurer d’une troisième étoile sous les yeux d’un Alonso incrédule et d’un Schumacher fier de son poulain pour sa dernière sortie. Le retournement de situation en cours de saison démontre bien qu’il ne faut jamais s’avouer vaincu, pas même lorsque l’on s’appelle Sebastian Vettel. Après une saison éprouvante, tout le paddock se plonge dans une campagne 2013 synonyme de fin des V8 atmosphériques, avant la révolution de 2014. Sur ce plan là, le moteur Renault aura fait un quasi sans fautes ; 2013 en sera la plus belle consécration. Comme en 2011, l’allemand sera seul maître du monde. Si les débuts sont timides, notamment à cause d’une gestion des pneumatiques complexes, le succès sera rapidement au rendez-vous. Victorieux à Sepang, Sakhir et Montréal, le pilote Red Bull assomme encore une fois la discipline. En Malaisie pourtant, il se retrouve au couer d’une histoire qui ternira sa réputation, le faisant passer pour un égoïste arrogant. Alors que Webber menait devant lui, une consigne d’équipe est passée pour geler les positions. Mais l’allemand ne l’entend pas de cette oreille si bien que dès qu’il en a l’occasion, il n’hésite pas à se jeter pour s’offrir le leadership, au grand désarroi de son équipier australien et de l’équipe toute entière. Le Multi 21, comme il sera appelé, amochera bel et bien l’image de Vettel. S’il connaît une casse de boîte de vitesses à Silverstone, sa fin de campagne sera magistrale. Gagnant en Allemagne avant de prendre la troisième place en Hongrie, Vettel s'apprête alors à exploser tous les records. Non pas une, ni deux, ni trois, mais bien neuf victoires consécutives jusqu’au terme de la saison, du jamais-vu en Formule 1. Personne ne peut le détrôner, pas même Grosjean, bel outsider de cette fin de campagne. Le quatrième titre est évidemment validé mais devant tant de performances, beaucoup grincent des dents. Et si Vettel finissait par lasser les gens ? Ah l’éternel discussion de la domination outrageuse…Il n’en sera rien en 2014. Les V6 Turbo changent totalement la physionomie de la grille. Exit les performances plus que convaincantes du moteur au losange, désormais, c’est un Mercedes qu’il faut avoir. Pour Vettel et Red Bull, c’est la douche froide. Personne ne peut rivaliser avec les flèches d’argent, du premier au dernier grand-prix de la saison. L’allemand ne s’en sortira pas, ne décrochant que quatre malheureux podiums sans aucune victoire. Pire encore, son équipier Ricciardo prendra, pour la première fois, l’ascendant sur lui. L’allemand semble démotivé, désintéressé. Il lui faut un nouveau challenge pour retrouver de sa superbe, un défi qu’il pourrait calquer sur son idole de toujours, Michael Schumacher. Et si redresser une Scuderia en péril était une option viable ? Sebastian quitte Red Bull par la petite porte, auréolé de ses quatre titres mais également d’un malaise terrible, celui de se faire écraser par son coéquipier…

Le problème, c’est qu’en Italie, la situation n’est guère plus enjouée. Le V6 Turbo n’est pas fiable ni performant et malgré une paire Alonso-Raikkonen étincelante, la Scuderia n’aura pas fait mieux que quatrième au classement constructeur, son pire résultat depuis 2009. Vettel aura fort à faire pour redresser un team en plein remaniement mais la SF15-T est plutôt bien née et surtout, elle possède un avantage : sa tenue des gommes en course. Ainsi, pour sa deuxième sortie en rouge, l’allemand s’offre un magnifique succès en Malaisie. Les podiums s’enchaînent mais devant lui, les Mercedes gardent un avantage certain. Espoirs douchés. Peu avant la manche hongroise, la terrible nouvelle du décès de Jules Bianchi secoue le paddock. Quoi de mieux pour le quadruple champion que de s’imposer au terme d’une course épique pour se remémorer celui qui aurait dû recevoir ce baquet italien. Il ramènera un troisième succès à Singapour, devenant alors, en 2015, le seul pilote non-Mercedes victorieux. 2016 ne sera qu’un bis repetita à cela prêt que l’allemand ne grimpera jamais sur la plus haute marche du podium. Cette année-là verra également l’arrivée au sommet d’un jeune espoir Red Bull dénommé Max Verstappen, vainqueur pour sa première course sous les couleurs officielles du team autrichien à seulement dix-huit ans. Lors de ce rendez-vous espagnol, Vettel lancera l’une de ses plus fameuses répliques à la radio : “Qu’est ce qu’on fait là ? De la course ou du ping-pong !” Le quadruple champion semble s’apaiser malgré le manque de résultat, devenant plus proche des fans, n’hésitant pas à lâcher le mot pour amuser la galerie. Très souvent, il viendra regarder de très près les autres monoplaces dans le Parc Fermé, lui donnant le surnom d”Inspector Seb”. Mais en 2017, changement de règlement. Les voitures sont moins hautes, plus larges et à ce petit jeu, la Scuderia s’en sort plutôt bien. La SF70-H permet à l’allemand d’amasser sept podiums consécutifs en sept courses, dont trois victoires à Melbourne, Sakhir et Monaco. Touché par Verstappen à Montréal, il parvient à remonter jusqu’au pied du podium, position qu’il détiendra également à Bakou, théâtre d’une scène étonnante. Alors que l’épreuve était neutralisée par voiture de sécurité, Sebastian percute l’arrière de la Mercedes de Hamilton. Pour l’allemand, il est clair que son rival à volontairement freiné pour causer l’accrochage. Pour exprimer son mécontentement, le pilote Ferrari monte au niveau de l’allemande et donne un coup de roue volontaire, qui lui sera forcément réprimandé. A Silverstone, une crevaison dans le dernier tour lui fait perdre de précieuses places mais cette déconvenue sera vite oubliée avec ses trois podiums consécutifs à Budapest, Spa-Francorchamps et Monza. A ce moment précis, le quadruple champion du monde pointe en deuxième place du championnat,à trois points seulement de son adversaire anglais. Les choses auraient dû tourner à son avantage à Singapour. La réalité sera toute autre. Sur une piste détrempée et éblouissante, Vettel n'aperçoit pas les monoplaces de Raikkonen et Verstappen. L’accrochage est terrifiant mais sa monture semble intacte. Il n’en sera rien. Après deux virages, la Ferrari part en tête-à-queue et percute le mur. Le ponton gauche est arraché, certains liquides coulent à flots. C’est la première fois de l’histoire que les deux machines rouges sont au tapis lors du premier tour, un désastre à Maranello. Les choses ne seront pas forcément plus clémentes en Malaisie. Parti dernier, il remonte jusqu’au quatrième rang mais lors du tour de décélération, Stroll se déporte et arrache sa suspension arrière-gauche. A Suzuka, c’est un problème mécanique qui stoppe l’allemand dans son élan. Les dés sont jetés : Sebastian Vettel ne sera très probablement pas champion cette année. C’est à Mexico que l’histoire s’écrira pour Hamilton après une très longue course d’attente, notamment à cause d’un accrochage dès le départ entre les deux protagonistes du championnat. Il faut désormais penser à 2018, une année charnière pour Vettel. La SF71-H est encore une fois la meilleure monoplace du début de saison et Sebastian démarre encore une fois en trombe avec deux victoires consécutives d’entrée de jeu. Une troisième aurait dû tomber dans son escarcelle à Shanghai si un certain Verstappen n’était pas venu le harponner à l’épingle finale. A Bakou, c’est un freinage manqué lors d’une relance qui l'exclut de la course à la victoire. Au Castellet, pour le retour du grand-prix de France, Vettel manque totalement son premier virage, harponnant la Mercedes de Bottas, le contraignant à une longue course d’attente pour remonter jusqu’au cinquième rang. Mais cette erreur ne sera pas aussi lourde de conséquence que sa fameuse sortie de piste à Hockenheim. Alors qu’il menait facilement, l’allemand se fait surprendre par les quelques gouttes de pluie qui tombaient à mi-course. La Ferrari s’échoue dans les graviers du stadium, sous les yeux des dizaines de milliers de fans venant soutenir leur héros local. Cet incident viendra marquer un réel tournant dans la carrière de Vettel. S’il est toujours bien placé au championnat, il finira par multiplier les fautes. Ainsi, à Monza, Suzuka ou encore Austin, l’allemand perd plusieurs fois le contrôle de sa monture. Les gros points perdus offrent à Lewis Hamilton un rapide cinquième titre. Les ennuis ne font pourtant que commencer pour le quadruple champion. Tout d’abord, en 2019, son équipier depuis 2015, Kimi Raikkonen, est remplacé par le jeune prodige Charles Leclerc. La SF90 est au niveau des Mercedes et Red Bull mais par rapport au monégasque, Vettel semble en retrait. A Bahrein, il comment une nouvelle grosse bourde en partant en tête-à-queue juste derrière Hamilton avant de voir son aileron avant exploser quelques secondes plus tard. Bien que souvent dans le top 5, les flèches d’argent prennent déjà le large. Mais au Canada, l’espoir renaît. Après une belle pole position, l’allemand mène devant son rival de toujours mais une légère excursion hors piste devant le nez de la Mercedes lui fera écoper d’une pénalité très discutable de cinq secondes. Les positions sont ainsi inversées à l’arrivée, ce qui n’est pas au goût de beaucoup de personnes, à commencer par Vettel. Fou de rage, l’allemand mettra de longues minutes à rejoindre le podium, allant même jusqu’à inverser les panneaux devant les monoplaces victorieuses. Nouveau coup dur. A Silverstone, c’est un freinage optimiste sur Verstappen qui le pénalisera, autant aérodynamiquement qu’au classement. En Allemagne, un bris de turbo l’oblige à s’élancer depuis la dernière place mais les orages annoncés le dimanche pourraient changer la donne. A l’inverse de l’année écoulée, Sebastian maîtrise sa monture pour remonter à une magnifique seconde place sous le drapeau à damier. Mais les déboires finiront par vite rattraper l’allemand. A Monza, un tête-à-queue dans la Variante Ascari lui fait perdre de nombreuses positions. Pire encore, il percute Stroll lors de la remise des gaz, détruisant toutes chances de bon résultat. Pour ne rien arranger, son équipier Leclerc enchaîne un deuxième succès de rang. Les Ferrari viennent de gagner un gros potentiel moteur qui les replace instantanément parmi les gros bras. A Singapour, l’un de ses circuits fétiches, les machines rouges dominent à nouveau et par le biais d’une erreur stratégique, Sebastian ravit la première place au monégasque, pourtant leader jusqu’aux arrêts. Personne ne pouvait l’imaginer mais plus jamais Vettel ne gagnera. La fin de saison sera très décevante, malgré une pole surprise à Suzuka. Un accrochage avec Leclerc à Interlagos viendra mettre un peu plus de tension dans une équipe fragilisée. Si tout le monde se tourne vers 2020, une mauvaise nouvelle touche le team italien. Une suspicion de triche moteur leur fait perdre un sacré bénéfice en termes de puissance. L’année Covid sera désastreuse. Jamais l’allemand ne sera dans le coup pour quoi que ce soit, si ce n’est à Istanbul, dans un grand-prix bien détrempé. La motivation semble s’en être allée. Beaucoup imagine le quadruple champion arrêter là. Mais alors que l’histoire prend un drôle de tournant, le voici officialisé chez Aston Martin pour les deux années suivantes. Le chapitre Ferrari se clôt difficilement pour celui qui espérait imiter son illustre idole Schumacher…

Au sein de la structure vert anglais, Vettel sait que le challenge sera des plus complexes. Avec un Stroll fils de patron, difficile de se faire une place malgré son palmarès. Comme attendu, l’AMR21 est lente et les mauvais résultats contrastent après la saison fulgurante des Racing Point de l’année passée. Sa première sortie le verra emboutir l’Alpine d’Ocon après un freinage un poil trop tardif au premier virage. L’allemand le sait, il devra attendre un miracle pour bien figurer. Et c’est ce qui arriva dans les rues de Bakou au terme d’une course démentielle. Après la crevaison de Verstappen et un drapeau rouge, l’épreuve est relancée pour deux petites boucles, soit un “shootout” des plus agressifs en perspective. Avec un bon rythme et une bonne stratégie, Seb, comme il est désormais appelé, accroche la troisième place pour le restart. Pour faciliter encore les choses, Hamilton se manque totalement au premier freinage, ouvrant une brèche monumentale par laquelle le pilote Aston se faufile pour lui ravir la deuxième place sous le drapeau à damier, un résultat exceptionnel au vu des dernières performances anglaises. Ce podium sera le premier pour Aston Martin, un succès en somme. Mais la joie est de courte durée car rapidement, les points sont inatteignables. Pourtant, Vettel n’aura jamais autant fait parler de lui et pour cause, s’il est présent sur les circuits, il l’est aussi largement en dehors. Grand militant écologiste et pour les droits de l’homme et de la femme, il se dévoile en meneur de file avec Hamitlon sur la lutte contre le racisme et l’homophobie. Ainsi, il n’est pas rare de le voir genoux à terre, vêtu de T-Shirt porteurs de message, ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être repris par la FIA mais l’allemand ne démord pas et finira par s’imposer comme une figure importante au sein du paddock, en plus de ses activités au sein du GPDA. Il n’est donc pas rare de le voir déambuler en vélo dans l’enceinte du circuit ou aux extérieurs, de le voir ramasser les déchets après le grand-prix, d’aider ses mécaniciens à tout plier et ranger. Le costume multitâche ne s’arrête pas là puisqu’à plusieurs reprises, en plus de ses observations rapprochées de monoplaces, Seb aura agit en tant que pompier, chanteur ou encore conducteur de scooter, bref, un sacré numéro qui contraste évidemment avec le jeune pilote irritant et égoïste de ses années Red Bull. A Budapest, l’allemand profite de conditions exceptionnelles pour repartir deuxième, derrière Ocon, après un premier départ plus que mouvementé. Tout le long de la course, le quadruple champion talonne le français sans jamais trouver l’ouverture. Le podium est sauvé mais la joie n’est que de courte durée : Avec moins d’un litre d’essence présent dans son réservoir, il est purement et simplement exclu de la course, perdant tout le bénéfice de son incroyable grand-prix. La fin de saison sera ponctuée de quelques points supplémentaires mais avec un tel matériel, difficile de mieux faire qu’une douzième place au championnat. 2022 ne sera guère meilleure. Avec une refonte totale du règlement, les écarts censés être réduits ne le sont finalement pas. Il atteindra quelques fois les points avec notamment de très belles passes d’armes mais le chemin du succès ne sera jamais plus retrouvé. En cours de saison, l’allemand prend une décision radicale : la F1 pour lui, c’est terminé. Pour celui qui ressemble désormais plus que jamais à un tennisman des années 80, l’aventure s’arrête donc là au soir de ce grand-prix d’Abou Dhabi en dixième position.

Après deux-cent-quatre-vingt-dix-neuf départs, celui de Bahreïn 2016 ne comptant pas en raison de sa casse moteur avant même l’extinction des feux, Sebastian Vettel quitte la discipline non sans laisser un certain vide planer derrière lui. Son humour et ses prises de position manqueront au paddock, de même que ses prises de risques assumées mais jamais dangereuses sur la piste. Avec cinquante-trois victoires, cinquante-sept poles, dont quinze seulement sur l’année 2011, trente-huit meilleurs tours et cent vingt-deux podiums, l’allemand aura bel et bien affolé les compteurs. Battant tous les records de précocité, il n’aura pas su pourtant saisir toutes les opportunités présentées, notamment chez Ferrari, passant pourtant si proche du but, comme Alonso avant lui. Ses nombreuses erreurs en fin de carrière auront finit par dévoiler un homme sensible, extrêmement discret hors des circuits.Son retrait a bien évidemment fait l’effet d’une bombe parmi les fans mais qui sait, peut-être qu’il reviendra pour outrepasser la barre des trois-cents départs en Formule 1, à moins que l’appel d’un constructeur allemand ne le fasse passer d’ici peu dans la Sarthe…

Sebastian Vettel en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

Champion du monde (2010, 2011, 2012, 2013)

Grands-prix :

299 (308 engagements)

Victoires :

53

Podiums :

122

Poles Position :

57

Meilleurs Tours :

38

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