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Felipe Massa

Jamais un pilote ne sera passé si proche d’une couronne mondiale. Une dizaine de secondes auront changé la carrière de Felipe Massa.

Le natif de Sao Paulo est, depuis tout jeune, un passionné de sport automobile. Il faut dire qu’avec un grand-prix tenu non loin de son domicile, l’envie de piloter est forcément présente. Peu avant ses dix ans, le pauliste s'exécute dans les différents championnats de karting nationaux et au cours de ses huit années à limer les petits circuits, son palmarès est déjà bien étoffé. A partir de 1998, c’est la monoplace qui l’attend et notamment le très relevé championnat de Formule Chevrolet brésilien. Très à l’aise volant en main, il domine les classements en 1999, s’ouvrant une voie royale vers l’Europe et ses circuits plus conventionnels. Massa décroche ainsi aisément un baquet dans les championnats de F3000 européen et italien à l’aube de l’année 2000. Très rapide, régulier et performant, il ne lui faudra que peu de temps pour se faire un nom auprès de la Formule 1. Champion en Italie, champion en Europe, notamment face à un certain Kimi Raikkonen, l’avenir semble tout tracé. Sauf qu’en 2001, c’est le finlandais qui saute en catégorie reine chez Sauber-Petronas, bien qu’ayant beaucoup moins d’expérience que le pauliste. Ce n’est que partie remise en 2001 dans le championnat de l’Euro Formule 3000, qu’il remportera haut la main, évidemment. Cette fois, le petit brésilien est remarquée et c’est la Scuderia Ferrari qui franchit le pas en premier en l’incluant dans une session privée orchestrée par Peter Sauber et son équipe au Mugello. L’écurie helvétique est plus que satisfaite de ses relais, d’autant plus que dans le même temps, “Iceman” a déjà quitté le navire pour McLaren. Le choix de l’inexpérience avait fonctionné pour Sauber-Petronas en 2001, pourquoi ne pas retenter le pari avec Massa ?

Melbourne, grand-prix d’Australie. Felipe Massa s’aligne pour la première fois sur une grille de départ aux côtés de certains des meilleurs pilotes du monde. Pour son premier départ, il se qualifie neuvième mais renonce dès le premier virage, pris dans l'invraisemblable carambolage. Quinze jours plus tard, il récolte son premier point en terminant sixième en Malaisie, juste derrière son équipier Heidfeld. La machine se lance progressivement mais là où l’autre pilote Sauber-Petronas reste sage et récolte quelques unités, Massa se montre incroyablement brouillon. Les erreurs de pilotage, et notamment les tête-à-queue, s’enchaînent, de quoi mettre Peter Sauber sous pression. Les étourderies de son pilote lui coûtent de belles opportunités de scorer même si à Barcelone et au Nürburgring, quelques points sont accrochés. Ce qui sera accroché par contre, c’est la Jaguar de De la Rosa à Monza. En entraînant l’abandon de l’espagnol, et le sien par la même occasion, Felipe venait de se tirer une balle dans le pied. Pire encore, l’entente avec Peter Sauber se détériore, le privant alors de son volant aux Etats-Unis, remplacé par Frentzen. C’est d’ailleurs ce dernier qui est préféré au pauliste pour la saison 2003. Sans baquet disponible, il se retrouve pourtant pilote essayeur chez Ferrari, travaillant notamment sur les pneumatiques avec Luca Badoer. Grâce à la fourniture de moteurs Ferrari rebadgés chez Sauber, Massa retrouve son volant perdu en 2004. Associé à Fisichella, il parvient à gommer quelques défauts de son pilotage mais subit la loi de l’italien, accrochant tout de même la quatrième place à Spa-Francorchamps et échappant à un terrible accident à Montréal. À Interlagos, le jeu des ravitaillements lui permet de prendre la tête pour deux petits tours, moment très spécial pour lui. Bien plus appliqué dans son pilotage que dans le passé, il rempile pour une année supplémentaire, découvrant un nouvel équipier en la personne de Jacques Villeneuve, champion du monde 1997. Si l’entente n’est pas toujours cordiale, le brésilien fait du bon boulot sur sa modeste C24. A Monaco, son équipier tente une attaque désespérée à Sainte-Dévote, menant à l’excursion hors-piste des deux monoplaces qui visaient alors de gros points. L’atmosphère n’est pas au beau fixe mais Massa parvient à tenir la quatrième place au Canada, son meilleur résultat jusqu’ici. S’il ne marque que deux fois supplémentaires, ses bonnes performances le propulsent en haut de tableau car dès 2006, c’est une Ferrari qu’il pilotera…

C’est donc en titulaire que Massa pose ses valises à Maranello en cette nouvelle campagne. L’équipe italienne est tombée de haut en 2005, notamment à cause de la suprématie des gommes Michelin. Avec l’abandon du V10 pour le V8, la Scuderia espère renverser la tendance et ainsi coiffer Renault et McLaren. L’affaire s’annonce ardue mais Massa veut se donner à fond même s’il le sait, son équipier passera avant lui. Aux côtés de M.Schumacher, le brésilien améliore son style de pilotage brouillon, bien qu’un spectaculaire tête-à-queue à Bahreïn le prive d’un premier podium en carrière. Bien remonté depuis le fond de grille à Sepang, il sort de la piste dès le départ en Australie. Si les débuts en rouge sont compliqués, l’arrivée en Europe lui ouvre enfin la voie de la réussite. Égalisant son meilleur résultat à Imola, il découvre les joies du podium au grand-prix d’Europe sur le Nürburgring, bien menacé par Raikkonen. Dès lors, il ne quittera que peu les places de choix. Avec une 248 F1 en grande forme, les week-ends se suivent et se ressemblent très souvent. Même si Schumacher est un cran au-dessus, Felipe ne se laisse pas impressionner et inscrit très souvent de bonnes unités utiles dans la lutte face aux françaises au tableau des constructeurs. Malgré tout, Ferrari a besoin de plus car avec un seul podium à son actif et moitié moins de points que le septuple champion du monde à mi-saison, la comparaison reste douloureuse. Les beaux jours arrivent et avec eux, de grosses évolutions notables sur la 248 F1, devenant alors la monoplace de référence. Ainsi, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne, le top 3 est toujours maintenu, ne reste plus qu’à aller chercher un rang plus haut. A l’heure actuelle, seuls Schumi, Alonso et Fisichella se sont partagés les victoires, bientôt rejoints par Button lors de l’iconique course hongroise. Pour Massa, ce jour béni arrivera juste après. Sur le tout nouveau circuit d’Istanbul, le brésilien s’impose en qualifications pour la première fois de sa carrière, repoussant ses concurrents à plus de trois dixièmes pour les plus véloces. Le dimanche, rien ne peut entraver sa marche en avant victorieuse. Menant de bout en bout, le pauliste s’offre ici un premier triomphe exceptionnel. Et si Ferrari avait parié sur le bon cheval ? Sa position au championnat ne lui permet pas de jouer le titre mais il peut cependant jouer le rôle que son compatriote Barrichello aura tenu à merveille durant six années : celui de lieutenant pour Michael. Malheureusement, un arrêt impromptu à Monza et un accrochage à Shanghai auront raison de son aide précieuse. S’il décroche la pole position à Suzuka et Interlagos, il est trop tard, les jeux sont faits aux classements. Pourtant, à Interlagos, il mène un train d’enfer pour caracoler en tête presque tous les tours, s’offrant une victoire de prestige chez les siens, là où aucun brésilien n’avait réussi depuis Senna en 1993. Cette fin d’année est également le moment d’un grand bouleversement, celui du départ de Michael Schumacher. Dès lors, le petit brésilien prend la place de numéro 1, du moins, en apparence. Car de l’autre côté du garage, Kimi Raikkonen n’est pas là pour faire de la figuration. Là où le finlandais s’impose pour sa première en rouge, Massa n’est que sixième après être parti depuis le fond de grille. S’il s’élance de la première place en Malaisie, il ne sera que cinquième à l’arrivée. Les McLaren-Mercedes d’Alonso et de Hamilton sont redoutables mais les Ferrari ne sont pas loin derrière. Piqué à vif par le regain de forme de ses adversaires, Felipe marque de son empreinte le championnat, accrochant les poles et les victoires à Sakhir et Barcelone, non sans avoir un certain coup de chaud lorsqu'un incendie se déclara lors d’un ravitaillement en essence. Troisième dans les rues de Monaco, il se voit agiter le drapeau noir au Canada pour avoir grillé le feu rouge en sortie de stand. Ce premier incident viendra déjà compromettre sa quête de sacre d’autant que dans le même temps, le jeune Lewis fait sa loi. Même s’il récolte trois podiums lors des quatre rendez-vous suivants, jamais il ne figurera sur la plus haute marche. A mi-saison, les deux équipiers McLaren sont en haut de tableau. Seule consolation pour Massa : Raikkonen est derrière. Sur le Nürburgring, Felipe semble se diriger vers la victoire mais Alonso n’est pas du même avis. De gros coups de roues sont échangés, de quoi bien énerver le pauliste, finalement défait de son bien. Le futur ne s’annonce pas plus glorieux pour Massa, bien que le trophée de vainqueur soit sien dans son jardin d’Istanbul. Son abandon lors du grand-prix d’Italie scellera le sort de son championnat. Désormais, il ne lui reste plus qu’à se mettre au service de son équipier, revenu de nul part dans la bataille finale. Doublé assuré en Belgique, dépassement autoritaire sur Kubica mais largement hors des limites de piste sous le déluge de Fuji, puis troisième place en Chine, son travail de second est excellent. A Sao Paulo, Raikkonen est toujours dans la lutte finale mais seules des circonstances exceptionnelles pourraient lui être favorable, comme le don d’une victoire par son équipier par exemple. Malgré la folle envie de gagner chez les siens, Massa accepte, laissant Iceman voler vers un titre pourtant prédestiné pour McLaren, perdante pour un petit point. Ce sera même le doublé puisqu'au tableau des constructeurs, la Scuderia l’emporte sans difficultés, sa grande rivale anglaise étant tout bonnement disqualifiée pour une sombre affaire d’espionnage. Malmené par Michael puis par Kimi, Felipe aurait-il les épaules trop fragiles ? 2008 prouvera bien le contraire.

2008, année de toutes les émotions. Dans cette dernière campagne pour les F1 aux pneus striés, les Ferrari et McLaren sont les grandissimes favorites. Massa a à cœur de renverser la tendance, lui qui n’aura pas pu jouer sa carte bien longtemps. Cela démarre pourtant bien mal. A Melbourne, il sort de piste au premier virage avant d’accrocher Coulthard un peu plus tard avant de finalement renoncer sur problème mécanique. En Malaisie, s’il s’élance de la pole position, c’est un nouveau tête-à-queue qui l’envoie s’enliser dans les graviers. Deux courses et un zéro pointé, voilà de quoi déjà bien compromettre son championnat. Les victoires sur les circuits de Sakhir et Barcelona-Catalunya renversent la tendance mais face à lui, Hamilton et Kubica sonnent la charge. Poleman à Monaco, il ne peut convertir sa bonne performance le dimanche, seulement troisième d’une course copieusement arrosée. Ces conditions qui ne seront franchement pas ses préférées, en témoigne ce catastrophique grand-prix de Grande-Bretagne et ses cinq têtes-à–queue. Entre-temps, le brésilien accroche un nouveau succès en France, laissant passer sa chance au Canada, là où son rival polonais s’impose pour la seule fois de sa carrière en Formule 1. A mi-saison, le championnat est on-ne-peut-plus serré. Hamilton, Massa et Raikkonen sont à égalité parfaite, tout juste devant un Kubica bien combatif. Après avoir obtenu le podium à Hockenheim, il mène un train d’enfer sur le Hungaroring lorsqu’à trois tours du but, son V8 rend l’âme dans un panache de fumée. Le coup asséné au moral est violent mais très vite, tout est oublié. Victorieux à Valence, il profite des déboires de son équipier en Belgique et de la pénalité infligée à Lewis pour récupérer la première place sur tapis vert, le replaçant alors idéalement au championnat. Anonyme sous la pluie italienne de Monza, il obtient la première pole position d’une course nocturne dans les rues de Singapour. Si la course est maîtrisée, la sortie de la voiture de sécurité après le crash volontaire de Piquet change toute la donne. Alors que presque toutes les monoplaces se pressent dans la voie des stands, la cohue cause la précipitation chez Ferrari. L’homme à la sucette annonce trop rapidement le signal du départ alors que le tuyau de ravitaillement en essence est toujours relié à la F2008. A la réaccélération, Massa arrache tout. Les mécaniciens accourent pour retirer le restant de l’accouplement mais il est trop tard, tout le peloton est passé. Ce succès mérité et bienvenu se transforme en une lointaine treizième place, de quoi réduire encore un peu plus les chances de titre mondial. Pourtant, il est le dernier à pouvoir contrer Hamilton dans sa quête de premier sacre. A Fuji, les deux adversaires au championnat se percutent. Chacun écopera d’une pénalité mais les points récoltés ne seront pas nombreux. Sur le tracé de Shanghai, le pauliste se contente de la deuxième position derrière l’anglais, de quoi le repousser à sept unités en vue de l’ultime manche, à Interlagos. Chez les siens, Felipe réalise la course parfaite sous des conditions pas toujours simples mais c’est derrière que tous les regards se portent. Longtemps quatrième, Hamilton entrevoit le titre suprême lorsqu’à quelques boucles du but, la pluie fait son apparition. La grande majorité des pilotes s’arrêtent pour changer de gommes, à l’exception de Glock. Si devant, rien ne bouge jusqu’au drapeau à damier, c’est tout l’inverse derrière le trio de tête. Dans l'antépénultième passage, Vettel attaque le britannique et le dépasse, le repoussant alors au sixième rang, insuffisant pour bloquer la couronne mondiale. En croisant la ligne d’arrivée, Felipe Massa devient champion du monde de Formule 1. Explosion de joie dans le stand Ferrari. Qui aurait pu croire à un tel retournement de situation ? Mais alors que tout semblait figé, un terrible coup du sort s’abat sur la Scuderia. Dans le tout dernier virage du tout dernier tour du tout dernier grand-prix de l’année, Timo Glock, toujours en gommes pour piste sèche, sort de la trajectoire, laissant filer Vettel et Hamilton vers la ligne d’arrivée. Le pilote McLaren passe cinquième, de quoi renverser la situation pour un petit point. Jamais un championnat ne s’était joué si proche du but. Les mines déconfites de la famille Massa et du staff rouge démontrent à elles seules la cruelle destinée de ce résultat improbable. Felipe est sèchement battu et abattu. Pourra-t-il mieux faire en 2009 ? La réponse est non. La F60 est une monoplace médiocre et le nouveau règlement offre une refonte totale de la hiérarchie. Ainsi, les Brawn GP, Red Bull et Toyota trustent les premières places, loin devant les grandes rivales Ferrari, McLaren, BMW ou Renault. Huit rendez-vous et pas un podium à son actif. La belle épopée de 2008 est déjà bien loin. Pourtant, la monoplace italienne gagne en performance et sur le Nürburgring, le voici troisième. Si les voyants sont au vert pour progresser dans le classement, le 25 Juillet 2009 changera à jamais sa carrière. Lors des qualifications, un ressort s’échappe de la monture de Barrichello. L’élément rebondit sur la piste, là où déboule justement le brésilien. A 250 km/h, la pièce métallique le frappe au casque, au niveau de l'œil gauche. Instantanément, le malheureux s’évanouit avant de durement frapper les barrières. Son état est extrêmement grave. Une commotion cérébrale, des lésions à l'œil et une fracture du crâne sont décelés. Le pauliste sera placé dans un coma artificiel durant trois jours. Son état finira par se stabiliser avant de s’améliorer de façon fulgurante. Sa saison est évidemment terminée mais plus que jamais, Massa veut revenir. Très vite, il reprend place dans un karting. Les sensations sont retrouvées, ne reste plus qu’à revenir au plus haut niveau…

A l’aube de la saison 2010, beaucoup se demandent si son retour avéré au sein de la Scuderia ne serait pas inutile suite aux blessures encaissés. Avec un Fernando Alonso comme équipier, la comparaison risque d’être cinglante. Pourtant, les premières qualifications de l’année tournent à son avantage, le brésilien réalisant le deuxième chrono, juste devant l’espagnol. Si le résultat s’inverse le lendemain, le doublé est assuré par les rouges. En Australie, il évite les embûches et scelle un nouveau podium, l’emmenant alors en tête du championnat du monde, une première pour lui. Hélas, cela ne durera pas. S’il fait taire ses détracteurs, ses performances ne sont pas au niveau des Alonso, Webber, Vettel, Hamilton ou Button. Dépassé par l’espagnol à l’entrée de la voie des stands en Chine, Felipe se rend bien vite compte que le numéro 1 de la Scuderia, ce n’est pas lui. S’il score souvent, un passage à vide au creux du printemps enterre les chances de sacre constructeur pour l’équipe de Maranello mais pour ce qui est des pilotes, tout est encore à jouer. Sur le Hockenheimring, Felipe prend un envol exceptionnel et caracole en tête un long moment mais dans le dernier tiers de course, un message radio change son destin. “Fernando is faster than you”. Fernando est plus rapide que toi, tout est dit. Dans cette communication à peine voilée, la consigne d’inverser les positions est passée. Sans rechigner, le pauliste baisse pavillon et laisse passer l’autre F10 pour la victoire et les vingt-cinq points prolifiques pour le championnat. Désormais, le vice-champion 2008 n’est qu’un porteur d’eau au service du natif d’Oviedo. Jamais dans le coup pour la victoire, il se satisfait de ses deux podiums en Italie et en Corée du Sud sans jamais pouvoir espérer viser plus haut. La saison s’achève au sixième rang du championnat, loin, très loin derrière les cinq autres hommes forts de l’année. S’il pensait rebondir en 2011, il n’en sera rien. La 150° Italia n’est pas une bonne voiture et si Alonso parvient à s’illustrer à Silverstone, Massa ne grimpe sur aucun podium. Les seuls moments où le brésilien se fait remarquer, ce sont lors de ses accrochages répétés avec Hamilton, son ennemi juré. Les deux hommes se percutent à plusieurs reprises, augmentant toujours plus les tensions qui n’étaient jamais redescendues depuis 2008. Beaucoup se posent alors la question de savoir s’il est légitime pour Ferrari de le garder. Avec un Kubica sérieusement blessé, la Scuderia n’a d’autre choix que de le maintenir, faute de mieux sur le marché. Sur sa modeste F2012, Felipe ne sera pas plus aguerri. Les points ne sont pas toujours inatteignables et les erreurs de pilotage redeviennent récurrentes. Face à Alonso, il n’y a même pas match. Le brésilien est largué. Seule sa deuxième place à Suzuka et la troisième chez les siens parachèveront une saison encore vierge de victoires. Bien qu’il soit incapable de disputer le titre, Ferrari le conserve pour 2013. Hélas, rien n’ira en s’améliorant. Le pilote à beau se démener, son coup de volant ne suffit plus. Un seul et unique top 3 en dix-neuf départs, c’est trop peu pour les italiens. Cette fois-ci, la rupture est consommée. La thèse de l'affaiblissement après l’accident du Hungaroring en 2009 est souvent prononcée mais Massa avait-il les épaules assez larges pour soutenir ce diable d’Alonso ? Pas vraiment…

Après plusieurs saisons de piètres performances, la carrière de Felipe s’annonçait tout bonnement terminée. C'était sans compter sur Williams, à la recherche d'un pilote expérimenté pour épauler Bottas dans cette nouvelle ère, celle des V6 Turbo hybrides. La FW36 est très véloce si bien que derrière les intouchables Mercedes, les machines anglaises, auréolées de la plus belle livrée qui soit, se placent en réelles outsiders. Pourtant, ses apparitions dans les points sont rares, contrairement aux accidents. Harponné par Kobayashi en Australie, par Perez au Canada dans le dernier tour, le brésilien brise du carbone. Malgré tout, son cap dans la zone des points est maintenu. Sur le Red Bull Ring, il réalise l’exploit de défaire Mercedes de la pole position, ce qui restera sa dernière en carrière. Seulement quatrième à l’arrivée, le pauliste à de quoi être déçu, surtout que son équipier finlandais prend largement l’ascendant. A Silverstone, après s’être violemment crashé en essais libres, il s’accroche avec Raikkonen dès le premier tour, entraînant l’interruption de la course. A Hockenheim, c’est lui qui sera propulsé dans le mauvais sens après s’être rabattu sur Magnussen, sa Williams s’élançant dans une série de tonneaux, heureusement sans bobos. Cette déconvenue sera le déclenchement d’un renouveau pour Massa car en deuxième partie de saison, le pilote brésilien est métamorphosé. Presque toujours dans les points, trois podiums dont un chez les siens et une deuxième place à Abu Dhabi, le retour au premier plan est visible. Reste que comptablement parlant, Bottas est largement devant. Ce ne sera qu’un bis-repetita en 2015 où avec sa FW37, le pauliste arrache deux podiums sur l’ensemble de la saison, en Autriche et en Italie. Face à des Mercedes et Ferrari intouchables, le pilote Williams se contente de contrecarrer les plans de Red Bull et Force India, ses principaux adversaires. La régularité est bonne mais au bout du compte, quinze points le sépare de Bottas, cinquième au championnat du monde. Au Brésil, il est même disqualifié car ses pneus étaient trop chauds lors du tour de chauffe, une hérésie de plus de la part de la direction de course. Petit-à-petit, les voitures aux couleurs Martini perdent de leur superbe et 2016 en sera un bel exemple. Pas de podiums, de petits points par-ci par-là, difficile de revoir Williams replonger dans la hiérarchie. Malgré le meilleur moteur qui soit, les FW38 sont à la peine, bien que Bottas se hisse sur le podium à Montréal. Felipe semble de plus en plus désintéressé, proche de la fin. L’annonce que tout le monde attendait tombe lors du grand-prix d’Italie : la F1 pour lui, c’est fini. Les derniers grands-prix ne le verront pas évoluer en-deçà de la septième place, de quoi le repousser en onzième position au classement final. Son grand-prix national est évidemment empli d’émotion pour lui et ses compatriotes, venus en nombre saluer le vice-champion 2008 sous la tempête qui s’abat. Des conditions qui ne lui réussiront pas puisque dans la remontée vers la ligne d’arrivée, le local de l’étape perd le contrôle de sa monoplace qui s’écrase contre le mur de béton. Plus de peur que de mal pour le brésilien, acclamé chaleureusement par une foule copieusement arrosée. La scène devient même surréaliste lorsque Massa, à pied, remonte seul la ligne des stands, un drapeau brésilien sur le dos, applaudi par tous les mécaniciens des équipes adverses, alignés tout du long. L’ovation est émouvante mais il y a un hic : ce n’est pas encore sa dernière. Fin 2016. Nico Rosberg annonce sa retraite surprise. Dans la précipitation, Mercedes chipe Bottas à Williams, désormais sans pointure pour évoluer aux côtés du petit nouveau, Lance Stroll. L’écurie de Grove n’a alors pas le choix de sortir Felipe de sa retraite dorée. La nouvelle philosophie des Formule 1 ne change pas la place de l’écurie anglaise dans le classement mais malgré un matériel peu performant, Massa réalise de solides performances. Certes, les podiums sont inatteignables mais face au canadien, il n’y a pas photo. Pourtant, c’est bien lui qui s’affichera sur le podium à Bakou, là où aurait dû se retrouver le brésilien, victime d’un amortisseur brisé à mi-course. Les résultats en dents-de-scie et son forfait pour cause de maladie en Hongrie ne laissent guère de doute quant à son manque d’envie et sa volonté de poursuivre. Cette fois, c’est la bonne. Après quinze saisons, l’heure est venue de tout arrêter…

Mais si l’on pensait que Massa stopperait net sa carrière, il n’en sera rien. Deux ans durant, il s’essaya à la Formule E, sans grande réussite si ce n’est ce podium à Monaco en 2019. Le vrombissement des moteurs lui manque et c’est chez lui, au Brésil, que les vraies sensations de pilotage sont retrouvées avec le Stock-car. S’il y signe quelques victoires, c’est avant tout un passe-temps, lui qui ne s’affiche plus vraiment dans les paddocks. Il faut dire qu’avec une action en justice lancée pour faire annuler le résultat du grand-prix de Singapour 2008, la Formule 1 n’a pas vraiment à cœur de le retrouver.. Si certaines audiences se sont tenues, le brésilien ne pourra récolter le titre, dévolu pour toujours à Lewis Hamilton. Mais est-ce vraiment dans la nuit singapourienne que tout a été perdu ? Pas vraiment. Entre les erreurs de pilotage, la casse moteur dans les derniers kilomètres en Hongrie et cette bévue à Marina Bay, le pauliste n’était pas vraiment verni. Avait-il la carrure d’un champion ? Difficile à croire même si la bataille face au futur septuple champion aura été des plus épiques. Si le pilote n’a pas réellement marqué la discipline, personne ne pourra oublier le fait que durant une dizaine de secondes, c’était bien lui le champion du monde 2008…

Felipe Massa en chiffres...

Meilleur classement en championnat du monde F1 :

2e (2008)

Grands-prix :

269 (272 engagements)

Victoires :

11

Podiums :

41

Poles Position :

16

Meilleurs Tours :

15

Mis à jour le 

19/03/2026

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