McLaren MP4-13

Quand un changement de règlement bouscule la hiérarchie. Voici la McLaren MP4-13.
Avant 1998, cela faisait bien longtemps que la Formule 1 n’évoluait plus vraiment. Depuis l’interdiction de l’effet de sol en 1983, la catégorie reine des sports mécaniques n’a pas connu de réelle refonte de ses règles. Outre la suppression des turbos, l’arrivée des ravitaillements en essence, le bannissement des aides au pilotage et l’amélioration de la sécurité, les voitures restent, à peu de choses près, les mêmes. Pourtant, les performances n’ont cessé de grimper et qui dit performances accrues dit forcément prises de risque plus élevées. La FIA l’a bien compris et pour 1998, de gros changements sont opérés. Fini les pneus slicks, fini les monoplaces larges, fini les gros freins. Toutes ces modifications ne vont évidemment que dans un seul sens : augmenter la sécurité en réduisant la vitesse des bolides. La McLaren MP4-13 n’a pas le choix de s’y plier. Sous sa livrée noire et grise identique à celle de 1997 se trouve un moteur Mercedes V10 de 800cv, culminant à 16100 trs/min pour une masse record d’à peine 107kg. Pour le reste, tout a changé. La voiture est plus étroite, les mâchoires de freins se réduisent à un seul et même élément et surtout, les gommes sont désormais rainurées. En outre, ce n’est pas moins de 17% d’appui au sol qui est perdu par rapport aux anciennes monoplaces. L’aérodynamisme est très travaillé avec des ailerons taillés, de larges dérives latérales et une carrosserie en forme de bouteille, sans oublier un plancher et un extracteur complexes. De plus, McLaren fait le choix de la nouveauté en se tournant vers Bridgestone pour les pneumatiques, un partenariat démarré en grande pompe avec pas moins de 8000 kilomètres de tests avant le début officiel de la saison. Enfin, l’arrivée majeure de l’intersaison 97-98 réside dans le transfert de l’ingénieur artisan des récents succès de Williams : Adrian Newey. Lors des essais hivernaux, les flèches d’argent pulvérisent les records, devançant très facilement le reste de la concurrence. Si ces tests ne sont pas toujours le reflet de la saison à venir, beaucoup voient l’écurie anglaise comme l’équipe à battre en cette année 1998. Mais quid de Ferrari ? De Williams ? De Benetton ? Réponse sur l’Albert Park…
A peine les premiers essais terminés, McLaren s’attire les foudres de toutes les autres écuries du plateau. En effet, la MP4-13 serait dotée d’un système de freinage directionnel, permettant au pilote, par le biais d’une troisième pédale, de freiner un peu plus la roue intérieure et donc de filer dans les virages comme sur des rails. Si cette invention fait grincer des dents la concurrence, la FIA ne s’en sort pas mieux. Avec ces changements pour ralentir les voitures, les Formule 1 sont désormais… plus rapides ! Certes, le temps de la pole de 1997 n’est pas battu mais onze pilotes sur les dix-huit présents la saison précédente améliorent leur marque. En qualifications, les voitures noire et grise sont intraitables, sept dixièmes devant M.Schumacher et sa Ferrari, troisième. La course ne sera qu’un reflet de la séance de la veille. Avec l’abandon rapide du Kaiser, c’est un boulevard qui s’ouvre pour les flèches d’argent, invincibles sur ce tracé urbain atypique. Häkkinen mène facilement la danse devant Coulthard mais au trente-sixième tour, le finlandais plonge dans la voie de stands alors que personne ne l’attend. L’incompréhension est totale. Selon le pilote, une information serait parvenue à ses oreilles mais chez McLaren, personne n’est à l’origine de ce message. La radio aurait-elle été piratée ? Toujours est-il qu'entre-temps, l’écossais est passé. Pour autant, une consigne d’équipe passée par Ron Dennis fait s’intervertir les deux monoplaces, larges leaders en vue de l’arrivée. Il faut dire qu’à part les MP4-13, aucune autre voiture n’a couvert les cinquante-huit tours de course. Pour la seconde fois consécutivement et de sa carrière, le finlandais volant s’impose après que son équipier se soit écarté dans les derniers kilomètres. Mika ne saurait-il pas gagner seul ? En tout cas, la nouvelle création de Woking fait plus que peur à la concurrence, elle écœure. Serait-ce un retour aux sources et la formidable épopée de la fabuleuse MP4/4 ? Certes, les pilotes n’ont peut-être pas l’aura d’un Senna ou d’un Prost mais la gestion d’un Ron Dennis et l'ingénierie d’un Adrian Newey pourraient suffire à écraser la concurrence. La seconde manche au Brésil n’y fera pas exception. Cependant, la FIA, poussée par les autres écuries protestantes, se saisit de l’affaire des freins directionnels. Après les premiers essais libres, McLaren capitule. Pourtant, les flèches d’argent sont tout autant imprenables, même avec le système retiré. L’écart est même encore plus important sur le reste de la meute, repoussée à plus d’une seconde par un Häkkinen surmotivé. Le jour du grand-prix, le finlandais survole les débats, écrasant comme jamais l’épreuve. Leader de bout en bout, meilleur tour en course et victoire, voilà un Grand Chelem rondement mené. Sur l’autre MP4-13, la performance est bien présente si bien qu’au terme des soixante-douze boucles, Coulthard n’est qu’une seconde derrière son équipier. Tout le monde au-delà de la minute, impossibilité pour quiconque de les dépasser, la Formule 1 s’inquiète. Avec ou sans freins directionnels, les flèches d’argent dominent avec aisance. Est-ce la fin de tout espoir pour les autres écuries ? A Buenos Aires, Ferrari prépare son grand retour aux avant-postes. Avec de nouvelles gommes Good Year spécialement affrétées pour les F300, la Scuderia tente de maîtriser l’hégémonie anglaise. Première victoire pour les rouges qui parviennent à s’inviter en première ligne, Schumacher approchant Coulthard pour quatre petits dixièmes. Dès l’extinction des feux, les deux machines anglaises reprennent le large mais dans leurs diffuseurs, le diable allemand guette. Après s’être débarrassé de Häkkinen, le Kaiser s’attaque au leader, visiblement moins rapide que lui. C’est alors qu’un écart de trajectoire laisse la porte grande ouverte pour que la Ferrari s’infiltre à l’intérieur. David fera tout son possible pour reprendre la trajectoire idéale mais il est trop tard, la F300 est là. Pourtant, l’écossais tente la manœuvre, résultant en un bête accrochage. Si quelques débris volent, aucune voiture n’est au tapis mais malheureusement, la McLaren n’est plus dans le sens de la marche. Le Scandinave aura beau essayer de réduire l’écart, rien n’y fait. Même la pluie tardive ne changera rien, l’écurie de Woking est battue. La razzia totale ne sera encore pas pour cette année. Häkkinen se classera deuxième, loin devant son équipier sixième, sauvant le dernier point en jeu. Malgré tout, la MP4-13 reste supérieure aux autres monoplaces et rien n’augure un subit changement dans la hiérarchie, à moins que…

Melbourne (1998)

Interlagos (1998)

Monaco (1998)

Melbourne (1998)
Le retour sur le Vieux Continent reste synonyme de nouveautés sur les différents châssis, mais pas pour McLaren. L’écurie anglaise n’a pas jugé bon de modifier sa monoplace, du moins, pour l’instant. Sur le tracé d’Imola, premier fief des tifosi, la marche en avant des gris reprend. De nouveau, la première ligne est bloquée, avantage à Coulthard. L’écossais qui sera en grande forme ici-même car comme son équipier à Interlagos, c’est bien lui le maître des lieux, leader de bout en bout. Seul le meilleur tour lui échappe, échouant entre les mains de M.Schumacher. Pour le finlandais en revanche, l’aventure de Saint-Marin n’est pas aussi réussie. Auteur de son centième départ en Formule 1, Häkkinen sera contraint de renoncer après un tiers d’épreuve, boîte de vitesses hors d’usage. La fiabilité, jusque-là excellente, connaît un premier revers mais rien d’inquiétant pour McLaren, toujours largement en tête des deux championnats. Sur le tracé de Barcelone et ses interminables courbes, les MP4-13 sont comme des poissons dans l’eau. De petits ajustements sont apportés aux flèches d’argent qui, sans forcer, monopolisent la première ligne de la grille de départ, une seconde et demie devant le reste du peloton. Personne ne se fait d’illusions, la victoire sera grise le lendemain. Dès le départ, les deux bolides anglais s’élancent parfaitement, reléguant les autres monoplaces à bonne distance après quelques virages seulement. Comme à la parade, Häkkinen et Coulthard mènent la danse sur l’intégralité des soixante-cinq tours de course, ne voyant jamais l’ombre d’une attaque. Schumacher, leur plus proche poursuivant, n’est pas loin de la minute de retard à l’agitation du drapeau à damier. Le succès tant attendu de l’écurie de Woking venait-il de plier le championnat ? Réponse à Monaco. Sur l’étroit tracé de Monte-Carlo, la hiérarchie pourrait se resserrer mais même sur une piste où la vitesse de passage est moindre que sur tous les autres circuits du calendrier, les McLaren sont encore en embuscade. Si Fisichella et sa Benetton parviennent à prendre la pole à quelques minutes du terme, ce sont finalement les MP4-13 qui bloquent les avant-postes, le finlandais devant l’écossais. Le Scandinave sera irrésistible entre les rails de la Principauté, leader de bout en bout. Le meilleur tour en course lui offrira même un second Grand Chelem en carrière. Si le doublé semblait facile pour les anglais, il sera finalement réduit à néant après l’explosion du V10 Mercedes de David après un quart d’épreuve. Après six courses, le championnat se dessine déjà pour Mika et McLaren mais est-ce que Coulthard a dit son dernier mot ? Et quid de la pression sur les épaules du blond finlandais ?
En arrivant à Montréal, McLaren-Mercedes ne se doute pas un seul instant que le début de l’été leur serait préjudiciable. Les évolutions ne sont pas nombreuses mais sur ce circuit de longues accélérations et de chicanes, les freins et les transmissions sont soumis à rude épreuve. Malgré des températures très fraîches, les flèches d’argent parviennent à contrôler la première ligne, Coulthard devant Häkkinen, mais derrière eux, la menace rouge n’est pas loin. A l'extinction des feux, M.Schumacher bondit et ravit la deuxième place au finlandais mais derrière, l’action est toute autre. La Benetton de Wurz glisse sur l’herbe avant d’arriver sur le flanc au cœur de la meute. La zizanie est vite semée et plusieurs voitures sont touchées. Sans surprise, le drapeau rouge est agité et un second envol est prononcé. Mais cette nouvelle action sur l’embrayage des anglaises ne sera pas sans conséquences. Alors que les feux s’éteignent, Häkkinen peine à s’extraire de sa position et à prendre de la vitesse et pour cause, sa boîte de vitesses est hors-service. Alors que le leader du championnat renonce pour la deuxième fois de l’année, la voiture de sécurité reprend la piste pour dégager les monoplaces de Wurz, Alesi et Trulli, touchés une seconde fois au premier virage. Les apparitions de la Safety Car se multiplient et comme pour son équipier, Coulthard en fait les frais. Accélérateur défectueux lors de la deuxième relance, voilà un zéro pointé mal venu pour les gris. Malgré une pénalité et un comportement en piste limite, M.Schumacher s’impose. La riposte des anglaises est bien attendue en France mais la Scuderia, bien aidée par Good Year, compte bien rejouer les trouble-fêtes parmi le duo de Woking. Ainsi, à Magny-Cours, la F300 du double champion ne passe qu’à deux dixièmes du meilleur chrono détenu par Häkkinen. Les Ferrari sont bel et bien de retour et la course du dimanche ne fera que confirmer ces propos. Après une procédure de départ tardivement avortée, les flèches d’argent voient rouge. Si l’allemand vole en tête de l’épreuve, l’autre Ferrari d’Irvine bloque toutes manœuvres de dépassement pour lui prendre la deuxième place. Plus tard dans la course, Häkkinen part à la faute dans un tête-à-queue tandis que son équipier Coulthard se retrouve touché par un problème lors du ravitaillement en essence, lui coûtant une place sur le podium. Alors que le Kaiser vole sans inquiétude vers sa troisième victoire de l’année, le finlandais volant donne tout dans la bataille pour se défaire d’Irvine, quitte à tenter une attaque dans la dernière accélération vers la ligne d’arrivée, en vain. Avec ce doublé de la Scuderia, le premier depuis huit ans, les gris et noir commencent à se mordre les doigts d’autant que les écarts aux championnats se sont considérablement réduits. Le blason de doit d’être redoré et c’est à Silverstone que la guerre reprend de plus belle. L’avantage des McLaren dans ses longues courbes rapides est indéniable mais la pluie qui tombe presque sans discontinuer pourrait lisser les performances des machines. Si la piste n’est que peu détrempée en première partie d’épreuve, de gros orages s’abattent une fois la mi-course franchie. Les pneus intermédiaires Bridgestone, si performants dans ces conditions mixtes, ne font pas vraiment le poids sous la drache et les gommes américaines chaussées par Ferrari. Sous ce déluge, Coulthard, alors deuxième, perd le contrôle de sa MP4-13 et s’enlise dans les graviers, abandonnant toute chance de scorer, lui qui reste sur un point récolté au cours des quatre derniers meetings. Si le finlandais volant mène facilement la danse, l’intervention de la voiture de sécurité change la philosophie de l’épreuve. Revenu dans ses roues, l’allemand de chez Ferrari profite d’une erreur de Häkkinen dans l'enchaînement Maggots-Becketts-Chapel pour lui prendre la première place mais à quelques tours du but, M.Schumacher est averti d’une pénalité qu’il doit rapidement purger. Dans le dernier tour, la Ferrari s’immobilise à son stand et la McLaren passe sous le drapeau à damiers mais à cet instant précis, personne ne sait qui a gagné. La logique voudrait que ce soit le finlandais, premier pilote croisant la ligne qui l’emporte mais en réalité, c’est une erreur de la FIA qui le condamne à la seconde place. En annonçant trop tardivement la pénalité, Ferrari ne pouvait faire autrement que d’arrêter son pilote dans l’ultime boucle, ce que la FIA avouera comme étant une erreur de timing de leur part. Dès lors, des accusations de tricherie et de favoritisme éclatent au grand jour. Tout le monde est dépité chez McLaren. Comment un pilote passant par les stands dans le dernier tour peut être nommé vainqueur ? Dans le règlement, rien n’interdit un pilote de procéder de cette manière. A cause du manque de réactivité des instances, le Stop-and-Go devenait alors une pénalité de temps, une sanction inutile tant le Baron Rouge avait creusé l’écart sur son poursuivant. Mika est dépité tout comme Ron Dennis. Ce dernier n’entend pas en rester là et annonce son intention de saisir le tribunal de la FIA. Bien qu’il soit écouté, aucun changement au classement ne sera appliqué. Trois courses et trois défaites plus tard, le bateau McLaren commence à sérieusement prendre l’eau. Est-ce encore possible de redresser la barre ?

Montréal (1998)

Silverstone (1998)

Hockenheim (1998)

Montréal (1998)
Avec le meilleur matériel du plateau, les gris et noir ont déjà laissé échapper quatre succès à M.Schumacher et Ferrari si bien que sur les deux tableaux, l’avantage certain d’après Monaco est effacé. Un gros travail de mise au point et de développement est acté. La fiabilité, qui aura fait grandement défaut sur les anglaises, doit être améliorée sous peine de voir les italiennes prendre le dessus au creux de l’été. Sur le court tracé de l’A1-Ring, la pluie fausse les qualifications et voit Fisichella, sur Benetton, et Alesi, sur Sauber Petronas, s’emparer des deux premières places sur la grille. Bien moins performants le dimanche, les deux pilotes ne pourront lutter dans la course à la victoire qui cette fois-ci, tourne au duel entre les deux protagonistes du championnat : Häkkinen VS M.Schumacher. Mais cette première “vraie” confrontation tourne court lorsque l’allemand et sa fougue légendaire partent à la faute à pleine vitesse dans le bac à graviers de l’avant-dernier virage, explosant son aileron avant dans un saut mémorable. Il n’en fallait pas plus pour les MP4-13 pour se placer aux avant-postes et ainsi regoûter au champagne de la victoire. Coulthard, percuté au cœur du peloton dans le premier tour, s’en sort finalement bien, profitant des températures caniculaires en Styrie pour retrouver son chef de file sur le haut du podium. Bien que Schumi soit revenu in extremis au troisième rang, le doublé est évidemment salué et ponctué d’espoirs pour les gris et noir. La manche suivante se court sur le très rapide circuit d’Hockenheim, épreuve à domicile pour le motoriste Mercedes mais aussi pour M.Schumacher. Malgré une ferveur populaire pour le local de l’étape, ce sont bien les McLaren qui sont à la fête. Flashé à 353km/h, Häkkinen mène la danse malgré une consommation mal calculée, ne laissant le commandement à son équipier uniquement lors des phases de ravitaillements. Sous le drapeau à damier, les flèches d’argent n’ont pas changé d’ordre et terminent l’une derrière l’autre, seulement deux secondes devant l'étonnante Williams de Villeneuve. Avec ce nouveau doublé, le championnat semble à nouveau basculer en leur faveur mais à cinq courses du but, tout est encore jouable. Après les interminables lignes droites allemandes, place aux nombreux virages du tourniquet du Hungaroring. Sur un tracé aussi tortueux que celui-ci, les MP4-13 jouent dans une autre catégorie. Pourtant, seuls trois dixièmes séparent les anglaises du diable allemand, prêt à tout pour faire tomber la supériorité de ses adversaires. Mais après quelques boucles, le résultat est sans appel. Les McLaren sont dominatrices et sans problème mécanique, aucune possibilité n’est laissée au Baron Rouge ou autre pilote pour contrer leur hégémonie. C’était sans compter sur le génial Ross Brawn et sa créativité iconique. Si le dépassement ne peut pas s’opérer sur la piste, il peut se faire dans les stands. Ainsi, il ordonne à son pilote allemand de basculer sur trois arrêts, contre deux aux pilotes McLaren. Sur le papier, le pari est perdu d’avance mais Schumacher ne serait pas Schumacher sans cette agressivité qu’on le lui connaît. En enchaînant les tours de qualifications, le Kaiser créé l’exploit en ressortant sous le nez de Coulthard après son dernier ravitaillement. Le team de Woking n’en croit pas ses yeux d’autant que dans le même temps, Häkkinen ralentit la cadence, victime d’une fuite d’huile sur son V10 à l’étoile. Ce coup de maître de la Scuderia abat mentalement le clan anglais. Pour ne rien arranger, la Formule 1 pose ses bagages à Spa-Francorchamps, lieu de prédilection pour un Schumacher plus favori que jamais. Dans les Ardennes belges, le temps est plus que maussade et la piste copieusement arrosée. Malgré tout, la puissance de la cavalerie allemande fait des merveilles, propulsant les deux pilotes McLaren sur le devant de la scène, normalement à l’abri des problèmes. Dès le départ, le finlandais s’envole parfaitement mais derrière, c’est la catastrophe. Caché dans un épais mur d’eau, Coulthard perd le contrôle en direction de l’Eau Rouge et percute le mur intérieur. Sa monoplace folle traverse la piste alors que déboule toute la meute de fous furieux. L’accident est inévitable. S’en suit le plus gros carambolage de l’histoire avec treize épaves jonchées le long de la descente vers le Raidillon. Fort heureusement, aucun blessé, si ce n’est Barrichello légèrement touché au bras, n’est à déplorer et la présence de mulets dans les écuries permet à certains pilotes de repartir pour un second départ. L’envol est donné une heure plus tard mais les esprits ne se sont pas refroidis. Légèrement touché par M.Schumacher à l’épingle de la Source, Häkkinen part en tête-à-queue avant d’être percuté de plein fouet par la Sauber Petronas de Herbert. Plus loin, Coulthard s’accroche avec Wurz et repart bon dernier alors que devant, le Baron Rouge vole sur l’eau stagnante. La douloureuse sanction infligée par le pilote Ferrari est telle qu’à mi-course, la McLaren rescapée est presque retardataire mais au vingt-cinquième tour, coup de théâtre. Alors qu’il s'apprêtait à mettre un tour à l’écossais, une incompréhension entre les deux pilotes provoque leur accrochage à haute vitesse. Les deux machines sont durement touchées et regagnent les garages clopin-clopant. L’allemand est furieux et fonce vers le stand des flèches d’argent pour exprimer son mécontentement. Quelques personnes viendront s’intercaler, évitant probablement quelques coups de sang. Si la MP4-13 peut repartir avec bon nombre de tours de retard, le top 6 est manqué. Aucune McLaren ou Ferrari ne marquent de points, laissant la concurrence se battre pour une victoire inespérée, finalement acquise par le champion du monde 1996, Hill et sa Jordan. La forte animosité liant Schumacher à Coulthard n’est pas retombée un fois la ligne franchie. Ce geste était-il prémédité ? Non selon Ron Dennis et l’écossais. A trois courses du but, sept points séparent les deux protagonistes du championnat, à l’avantage de Häkkinen. L’écart est bien plus important au classement des constructeurs mais avec une Scuderia piquée à vif, un retournement de situation n’est pas à exclure, surtout devant les tifosi…
Trois épreuves, voilà ce qu’il reste aux principaux rivaux pour se départager et c’est à Monza que se dispute la quatorzième du championnat, le temple de la vitesse et des tifosi. Le rythme montré par les MP4-13 à Hockenheim ou lors des qualifications en Belgique laisse penser à une nette domination et pourtant, les flèches d’argent ne sont qu’en deuxième ligne sur la grille, devancées par M.Schumacher et Villeneuve, les deux adversaires de 1997. Mais dès l’extinction des feux, les gris et noir prennent l’avantage et le large, annihilant presque les espoirs de tous les italiens venus en nombre supporter leur équipe favorite. Alors que Mika caracole en tête, consigne est donnée d’échanger les positions. Coulthard passe mais alors qu’il affichait un rythme démentiel, son moteur Mercedes explose dans un panache de fumée. Au moment où l’écossais gare sa monture fumante sur le bas-côté, Häkkinen et Schumacher surgissent du brouillard. Le Mano à Mano semble s’engager entre les deux hommes mais après un virage, le combat prend déjà fin. En manquant son freinage, le finlandais laisse filer la Ferrari, bientôt imitée par l’autre F300 d’Irvine. Les freins commencent à sérieusement souffrir sur la MP4-13 rescapée si bien que son pilote doit considérablement baisser la cadence pour espérer rallier l’arrivée. Malgré un tête-à-queue à haute vitesse, Mika sauve l’honneur avec la quatrième place finale, laissant les Ferrari et les Schumacher frères parader sur ce podium inédit, ce qui n’arrange pas vraiment McLaren et ses pilotes. A deux courses du terme, le championnat se resserre comme jamais avec une égalité parfaite de points et de victoires entre les deux rivaux. La saison européenne prend fin au Nürburgring pour le grand-prix du Luxembourg. Le châssis de la MP4-13 reste la référence mais les récents problèmes mécaniques ne sont pas pour enchanter Woking, conscient de peut-être passer à côté d’un moment historique. En qualifications, étonnement, ce sont les deux F300 qui trustent la première ligne, Häkkinen troisième, Coulthard cinquième. Après un brillant départ des rouges et une défense musclée d’Irvine, le finlandais parvient à trouver l’ouverture et se lance dans une succession de tours incroyablement rapides. La stratégie des anglais était claire : pousser pour passer Schumi aux stands, comme une revanche de la Hongrie. Tout est calculé à la seconde près et après la première valse des arrêts ravitaillement, la McLaren ressort juste devant le double champion du monde. La lutte tant attendue s’engage entre les deux pilotes mais la MP4-13 et ses pneus Bridgestone sont bien meilleurs. Jusque dans le dernier tour, les deux pilotes attaquent à la limite de ce que leur offrent leurs machines mais au final, c’est bien le finlandais volant qui s'impose, au grand soulagement de toute l’équipe. Avec quatre points d’avance au championnat, l’avantage est certain. C’est le circuit de Suzuka qui accueille la dernière manche de l’année avec un duel au sommet. Les deux protagonistes survolent la séance de qualifications, se plaçant l’un à côté de l’autre sur la grille de départ, infiniment loin sur le reste de la meute. Pour Mika, la donne est simple : une deuxième place lui suffit. Coulthard, transparent depuis plusieurs meetings, pourrait bien chercher à s’immiscer dans ce duel de tous les instants mais face à un cruel manque de rythme affiché depuis le début du week-end nippon, difficile de le voir jouer les intrus en tête de course. Alors que le premier départ est interrompu par Trulli, une deuxième procédure est enclenchée. Mais alors que les bolides s’alignaient, prêts à s’élancer, M.Schumacher agite les bras. Sa monoplace a calé et ne peut redémarrer seule. Cet incident de dernière minute l'envoie en fond de grille, offrant un cadeau inespéré à Häkkinen, s’élançant donc premier. Le départ s’effectue sans encombre et rapidement, la McLaren creuse l’écart. Si Irvine tient à peu près le rythme sur les premiers kilomètres, l’autre Ferrari remonte à grandes enjambées vers la zone des points. Ce n’est qu’après la mi-course que tout s’accéléra. En roulant sur un débris, M.Schumacher voit l’un de ses pneumatiques exploser à l’abord de la première courbe, causant son abandon. Cette fois c’est sûr, Mika Häkkinen est champion du monde de Formule 1 pour la première fois de sa carrière. De plus, l’abandon de la Ferrari sécurise le titre constructeur pour McLaren et sa MP4-13. La lutte aura été haletante de bout-en-bout mais remportée sur le fil, de quoi soulager une écurie en mal de succès depuis 1991…

Spa-Francorchamps (1998)

Monza (1998)

Suzuka (1998)

Spa-Francorchamps (1998)
La formidable épopée de la MP4-13 n’aura pas été de tout repos. De loin la monoplace la plus aboutie du plateau, elle aura péché par son manque de fiabilité chronique, là où la Scuderia n’aura connu que deux pannes sur l'entièreté de la saison. Si le Baron Rouge n’avait pas dynamité l’hégémonie McLaren-Mercedes, il est fort probable que personne ne s’en serait défait sur l’intégralité du championnat. Le titre de Mika n’a rien de chanceux. Bien qu’il ait été doté de la meilleure voiture du plateau, il aura dominé de la tête et des épaules un Coulthard trop brouillon et fragile pour lutter jusqu’au bout. Le feuilleton 1998 donne évidemment beaucoup d’espoirs pour 1999, année charnière dans la montée en puissance d’une Scuderia revigorée, pourtant touchée de plein fouet par le dramatique accident de Schumacher à Silverstone. Reste qu’avec ce double succès en 1998, McLaren se rappelait aux bons souvenirs de tous, remportant alors un titre constructeur qui ne sera plus jamais vu à Woking avant 2024… A noter qu’une version bi-place de cette voiture avait été créée pour des démonstrations et autres tours VIP. La MP4-13 aura même connu son heure de gloire après son titre, prenant le record officiel de la montée de Goodwood en 1999 entre les mains de Nick Heidfeld, un record qui tiendra près de vingt ans sur les tablettes, preuve de la supériorité écrasante de cette machine pourtant malmenée…
La McLaren MP4-13 en chiffres...
Grands-prix :
16
Victoires :
9
Podiums :
20
Poles Position :
12
Meilleurs Tours :
6


