McLaren MCL38

Difficile de croire qu’il aura fallu attendre 2024 pour revoir McLaren au plus haut de l’affiche…
Depuis l’entame du nouveau millénaire, l’iconique écurie McLaren court après le succès au tableau des constructeurs, acquis pour la dernière fois en 1998. Après les duels acharnés entre Häkkinen et M.Schumacher, les tentatives manquées de Raikkonen et Montoya sous l’ère Alonso, la sombre affaire d’espionnage de 2007 ou encore la fragilité des machines en 2010 et 2012, l’équipe de Woking ne sait plus vraiment où trouver la performance. L’échec cuisant du passage au bloc Honda entre 2015 et 2017 auront certainement refroidi les ardeurs d’une structure jadis imbattable. Mais en 2018, un certain vent de fraîcheur souffle sur le team anglais. De jeunes pilotes talentueux, un moteur Renault moins sujet aux pannes mais surtout, l’arrivée de Zak Brown en tant que dirigeant de la marque fait se renverser la tendance et même si la concurrence à encore un cran d’avance, les machines désormais orange commencent à reprendre des couleurs. Le triomphe de Monza 2021 sera la première pierre à l’édifice McLaren qui, cette année-là, retrouve le bloc propulseur Mercedes après l’avoir lâché sept ans auparavant. Le passage aux monoplaces à effet de sol n’a pas été simple mais avec un Andrea Stella aux commandes de l’écurie, de bonnes décisions sont prises si bien qu’en fin d’année, Piastri et Norris n’auront jamais été aussi proche de titiller les inatteignables Red Bull. Pour 2024, il n’y a qu’un seul mot d’ordre à Woking : gagner. Ainsi naît la MCL38, découlant directement de la … MCL60 de 2023 ! Le nom de cette nouvelle machine reprend en fait le décompte initié depuis 1981 et la MP4-1, uniquement modifié pour l’occasion pour fêter les 60 ans de la création de l’équipe. Sous cette robe mi-orange mi-noire recouverte de commanditaires en tout genre, la nouvelle machine reprend les traits de sa prédécesseure, jouant principalement sur de petits détails pour s’en différencier. Pourtant, tout est retravaillé. Des suspensions en passant par les ailerons, le fond plat ou les pontons, rien n’est laissé au hasard. La MCL38 doit surtout gommer la faiblesse de sa grande sœur : l’usure des gommes. Si la fin 2023 était bien meilleure, le travail aérodynamique se doit d’être poussé toujours plus loin, surtout pour augmenter les vitesses de passage dans les virages lents. Sous le capot, le V6 Turbo Mercedes dépassant les 1000 cv en qualifications est toujours de la partie. Ne reste plus qu’à confirmer et tenter de faire couler le bateau Red Bull et surtout, l’impitoyable Max Verstappen…
Fin février, le grand bal reprend. Sous les projecteurs de Sakhir, les vingt pilotes se lancent dans la bataille dans une saison où l’endurance sera la clé car avec vingt-quatre meetings et six courses sprint, les organismes seront malmenés. Sous la chaleur désertique, les blocs Mercedes souffrent, autant dans l’écurie officielle que chez McLaren. La MCL38 n’a pas mené de mauvais essais de présaison mais aucun pronostic ne les place devant. Il faut dire qu’après les qualifications, personne ne donne cher de cette nouvelle campagne 2024, déjà agrippée par Red Bull avec la pole position de Max Verstappen. Pourtant, les autrichiens sont dans la tourmente. De graves accusations touchent Horner, le directeur de l’équipe depuis sa création. Ce scandale ne fait pas que des remous dans la presse et bientôt, c’est toute une équipe qui sera impactée. Reste qu’avec cinq dixièmes d’avance sur les deux voitures papayes, repoussées en quatrième ligne, Super Max semble de nouveau sur une autre planète. Sans surprise, c’est exactement ce qui se passa sous la nuit bahreïnienne. Doublé des RB20 suivies des Ferrari puis les Mercedes et McLaren mélangées, voilà un parfait copier-coller de ce qui se passait un an auparavant. Ce n’est qu’un bis repetita qui se déroule à Djeddah. Verstappen en pole, Verstappen vainqueur, Perez deuxième, une Ferrari sur la troisième marche, rien de bien nouveau. Derrière ce trio infernal, Piastri se hisse en quatrième place mais rend une demi-minute au vainqueur, une claque sur ce circuit censé mieux convenir aux McLaren. Norris n’est que huitième, devancé par un Bearman remplaçant de luxe d’un Sainz forfait au dernier instant pour cause de crise d’appendicite. Le jeune anglais aura marqué les esprits par sa performance époustouflante, lui qui n’avait presque pas enchaîné les kilomètres dans une Formule 1. Après ce périple dans la péninsule arabe, la catégorie reine se retrouve en Australie sur l’iconique tracé de l’Albert Park. Ce circuit était peut-être celui que McLaren attendait le plus en cette entame de saison pour éventuellement jouer les trouble-fêtes. Si la n°4 s’installe en troisième position, deux rangs devant son équipier à domicile, force est de constater l’avantage constant des Red Bull et Ferrari. Mais après quelques tours d’une meute menée par l’intraitable Max, surprise : sa RB20 fume puis brûle, victime de ses freins surchauffés. C’est son premier abandon depuis près de deux ans, une éternité pour certains. De ce fait, la course à la victoire est plus ouverte que jamais. A ce jeu, ce sont finalement les SF-24 qui se montrent les plus à l’aise, signant aisément le premier doublé des italiennes depuis Bahreïn en 2022. Troisième sous le drapeau à damier à cinq secondes de la victoire, Lando Norris entrevoit de belles perspectives d’avenir. Les écarts se réduisent et avec de nouveaux packages d’améliorations à venir, nul ne pourra savoir ce que sera la hiérarchie au grand-prix suivant. Hélas, à Suzuka, l’hégémonie Red Bull reprend de plus belle. Sur ce tortueux tracé où l’équilibre aérodynamique est primordial, les RB20 sont monstrueusement efficaces. Malgré une livrée remaniée avec quelques touches artistiques, la MCL38 ne peut suivre la cadence infernale des taureaux rouges. L’interruption de course au premier tour après l’accrochage entre Ricciardo et Albon ne sera d’aucune aide aux stratégistes anglais, voyant débouler les Ferrari devant eux sous le drapeau à damier. Pour le grand retour du grand-prix de Chine, un premier sprint est disputé. Étonnement, Norris place sa McLaren en pole position mais tous ses espoirs seront douchés dès le premier virage par un passage excessif au large. La vraie qualification remettra toutes les pendules à l’heure mais pour la première fois de l’année, les oranges se montrent comme la deuxième force du plateau. A l’issue d’une course marquée par de nombreux incidents, Lando termine deuxième derrière l’intouchable Verstappen, son meilleur résultat de l’année. Plus loin, Piastri ronge son frein. Une touchette de Ricciardo, lui-même percuté par Stroll sous régime de voiture de sécurité, ruine ses espoirs de scorer de belles unités. L’arrivée en Europe est évidemment attendue par le team de Woking, solidement attaché à sa troisième place au tableau constructeur. Le combat peut enfin commencer…

Shanghai (2024)

Suzuka (2024)

Monaco (2024)

Shanghai (2024)
Enfin, le Vieux Continent, ce n’est pas pour tout de suite. Avant de rejoindre Imola, la F1 fait escale à Miami. Sur ces terres floridiennes, la MCL38, du moins, celle de Norris, est profondément remaniée. La monoplace s’en trouve modifiée sous tous les angles, devenant presque une version B. Si le sprint ne se déroule pas de la meilleure des façons, le jour du grand-prix restera historique. Sous la chaleur moite des tropiques, alors que Trump devient l’invité de marque du stand McLaren, la course se lance dans sa procession habituelle. Solide leader, Verstappen fonce sans frémir vers un succès que l’on ne décompte plus. Mais à mi-course, coup de théâtre. Magnussen accroche Sargeant et expédie la Williams dans les barrières. Dès lors, le grand-prix est bouleversé. Lorsque la voiture de sécurité entre en piste, c’est devant le néerlandais qu’elle se place. Erreur. Le triple champion n’est plus l’homme de tête puisque Norris, qui ne s’est pas encore arrêté, le devance désormais. Cette bévue de la direction de course offre un arrêt gratuit au team de Woking, plaçant alors idéalement sa machine en première place. Dès la relance, la messe est dite. La nouvelle MCL38 vole littéralement grâce à l’air propre et à une tenue des gommes remarquable si bien que même la Red Bull est décrochée. Au terme des 57 tours, Lando Norris inscrit son nom au panthéon des vainqueurs de grands-prix, une longue attente enfin récompensée. C’est le premier triomphe d’une McLaren depuis le doublé historique de Monza 2021, un beau retour aux affaires pour celle qui traînait la patte quelques années auparavant. Certes, la chance était de son côté avec cette sortie impromptue de la Safety Car mais même sans cet artifice, la course était sienne. Le rythme affiché par sa nouvelle machine fait peur, très peur. Les autrichiens, allemands et italiens tirent déjà la sonnette d’alarme. Seule petite ombre au tableau, les déboires de Piastri. L’australien était bien mieux placé en début d’épreuve mais une succession de contacts avec Sainz et un changement de museau involontaire le relègue loin d’une place de choix. A Imola, les deux monoplaces sont désormais identiques et si Oscar de qualifie devant Lando, une pénalité le repousse au cinquième rang au moment de s’élancer. Si le grand-prix est particulièrement sage, la victoire de Verstappen ce jour-là ne fut pas la plus simple à décrocher. Avec des pneumatiques en bien meilleure forme en fin de relais, Norris remonte comme une balle sur le néerlandais, effaçant le gap de sept secondes creusé pour finalement s’avouer vaincu pour sept petits dixièmes. Derrière, Leclerc tient la troisième marche du podium devant Piastri, moins à l’aise que son voisin de garage pour ce qui est de la tenue de ses gommes. Ce nouveau coup d’éclat des papayes donne évidemment le sourire à Zak Brown qui prône désormais haut et fort que sa monture est la meilleure. Il n’aura pas vraiment tort… À Monaco, les McLaren rendent hommage à Senna, disparu 30 ans auparavant, en habillant ses monoplaces aux couleurs du casque du brésilien. Si le jaune prédomine, c’est le rouge qui est en vogue sur le Rocher avec une nouvelle pole position de Charles Leclerc chez les siens. Derrière l’enfant du pays, Sainz s’intercale entre les deux machines multicolores anglaises. Dès le départ, Piastri et l’espagnol se frottent, ce qui engendra presque immédiatement une crevaison sur la Ferrari mais c’est bien derrière que le chaos éclate. Dans la montée de Sainte-Dévote, Magnussen et Perez s’accrochent, emmenant avec eux Hulkenberg. La Red Bull est détruite et la piste totalement obstruée. Cette interruption de course est une aubaine pour Carlos Sainz qui récupère sa troisième position sur la grille au moment du second départ. Dès lors, l’ennui fut total. Avec des voitures ne devant plus s’arrêter, la course est soporifique au possible. Aucun dépassement n’est à déplorer, rien. La victoire du monégasque chez les siens reste un petit exploit salué comme il se doit mais avec un top 10 inchangé entre le moment du départ et le drapeau à damier, le mythe Monaco commence à prendre une mauvaise tournure. Au Canada, alors que le mauvais temps est de la partie, Russell et Verstappen réalisent le même chrono au millième près, à l’avantage de l’anglais, premier détenteur de ce temps. Les McLaren se portent en vraies outsiders en occupant la deuxième ligne, loin, très loin devant les Ferrari, nulle part durant ce week-end québécois. Au moment de s’élancer, la piste est encore détrempée mais la lutte pour la tête est épique. Peu d’espaces se créent entre Russell, Verstappen et Norris, roues dans roues jusqu’à l’apparition de la voiture de sécurité. Alors qu’il avait sauté les deux pilotes de tête, l’anglais de chez McLaren ne stoppe pas aux stands, à l’inverse de ses concurrents. Cette erreur de stratégie le replace derrière ses rivaux et si l’attaque sur le pilote Mercedes est imparable, il ne pourra se défaire de l’imperturbable Max. Cependant, c’est un nouveau podium qui attend le britannique, là où Piastri peine toujours autant à trouver ses marques. Enfin, ce pourrait être pire, comme ce double abandon chez Ferrari très coûteux sur le plan comptable. Cette incartade en Amérique du Nord replonge la F1 dans sa saison européenne avec, en premier lieu, une escale à Barcelone. La MCL38 continue de démontrer sa bonne forme avec la pole position de Norris, une première depuis près de trois ans pour lui et son écurie et ce, malgré l’incendie du motor-home de l’équipe. Piastri n’est toujours pas en grande forme et après une erreur de pilotage en qualifications, il ne s’élance que depuis le milieu du paquet. A l’extinction des feux, le récent vainqueur de Miami protège sa position face à Max la menace mais à l’extérieur, Russell pointe le bout de son nez et enrhume les deux hommes. Dans la manœuvre, Lando perd également une position sur Verstappen, qu’il ne remontera jamais. Si Russell est effacé après une brillante bataille à mi-course, le trophée de la victoire est encore raté. De son côté, Oscar Piastri perd pied et ne s’immisce qu’en septième place. Le renouveau des papayes donne évidemment des envies de titres mais avec déjà une centaine de points de retard sur Red Bull après plus du tiers de la saison de couverte, difficile d’imaginer un réel retournement de situation…
En Autriche, la tension monte chez Red Bull. Le souffle de la concurrence se fait ressentir et les récentes altercations opposant Horner, Marko et Jos Verstappen ne sont pas pour réjouir Max. Pourtant, le néerlandais survole les débats en qualifications puis en course sprint, avant de rééditer l’exploit lors de la vraie séance qualificative. Seule une tentative ratée de dépassement de Norris sera retenue mais pour le grand-prix, les ambitions des voitures orange sont grandes. A cause d’une pénalité contestée qui le fait partir du milieu de grille, Piastri ne peut éviter les contacts avec Leclerc et Pérez, même si sa monoplace ne souffre pas vraiment. A l’inverse, Lando se montre très agressif et dans le dernier tiers de course, il remonte à grandes enjambées sur la Red Bull du leader, imperturbable jusqu’ici. Après trois essais infructueux et un passage hors des limites de piste, l’anglais retente la manœuvre à sept tours du but. Hélas, au moment où il souhaite tourner, Verstappen lui barre la route. Le contact entre les deux monoplaces crée une crevaison immédiate sur les deux machines meurtries. Si le pilote Red Bull peut repartir après un simple changement de roues, Norris met pied à terre, les dégâts étant trop importants pour poursuivre. Étonnement, ce sera le seul abandon d’une McLaren en 2024. Évidemment, ce contact fera jaser un long moment et sous le drapeau à damier, c’est Russell et sa Mercedes qui s’imposent, quelques secondes devant un Piastri revigoré. Le match à trois allait passer à quatre adversaires. A Silverstone, la météo “so british” ravit les régionaux puisqu’avec un triplé de britanniques aux trois premières places de la grille, les chances d’entendre le “God save the King” sont importantes. Peu après le départ, alors que les Mercedes caracolent en tête, une première averse arrose le circuit. Les McLaren profitent de ces conditions précaires pour défaire les flèches d’argent des premières positions mais une mauvaise gestion de la stratégie condamne tout d’abord les espoirs de Piastri. Puis, alors que Norris était en tête, c’est un nouveau mauvais choix et une exécution ratée qui le font retomber derrière Hamilton puis Verstappen après son ultime arrêt. Le public anglais est pourtant en liesse : leur grand champion retrouve enfin le chemin de la victoire, trois ans après son dernier succès. Si de gros points sont repris sur Red Bull, c’est un peu la soupe à la grimace à Woking. Après le Canada, c’est une nouvelle victoire presque assurée qui s’échappe. Sur le Hungaroring, les MCL38 sont clairement dans leur élément si bien qu’après les chaudes qualifications, la première ligne est bloquée, une première depuis plus de douze ans, Norris devançant Piastri de quelques millièmes. Mais au moment de lâcher la cavalerie, l’anglais est moins prompt que son équipier qui lui ravit la première place. Le rythme des machines noire et orange est insolent mais lorsque vient la période des arrêts aux stands, McLaren se fourvoie et fait stopper Lando avant Oscar. Cet avantage pneumatique verra l’ordre s’inverser, un coup dur pour l’australien qui court toujours après sa première victoire. Si des consignes sont passées en interne, Norris ne bouge pas le petit doigt et augmente même son avance. Après de longs échanges par radios interposées, l’anglais finit par se raviser, s’écartant dans l’avant-dernier tour. Ce premier succès offert fait tout de même d’Oscar Piastri un vainqueur en Formule 1, le premier d’une probable longue série. Si le doublé est assuré, le manque chronique de jugeote entre les stands et les pilotes commence à perturber des plans si bien dessinés depuis plusieurs meetings. Il sera encore au cœur des débats à Spa-Francorchamps, le plus mauvais week-end des papayes depuis fort longtemps. Sur ce circuit de vitesse, les concurrents pour la gagne sont nombreux et après la pénalité infligée à Verstappen, c’est Leclerc qui recueille la pole position. Peu après le départ, alors que les McLaren naviguent dans le top 7, c’est Hamilton qui prend le commandement jusqu’à la deuxième salve d’arrêts. Derrière lui, Norris reste bloqué derrière Verstappen alors que Piastri manque son emplacement pour changer de gommes. Cette stratégie alternative ne sera d’aucune utilité puisque Russell, qui n’a changé de pneus qu’une seule fois, est désormais le leader et personne ne parviendra à le dépasser. Pourtant, quelques minutes après l’arrivée, coup de massue chez Mercedes : George est disqualifié pour poids non-conforme. C’est la première fois depuis 30 ans ici-même qu’un vainqueur se voit destitué de son dû de la sorte. C’est donc son équipier qui récolte les lauriers devant Piastri et Leclerc, Norris n’étant que cinquième finalement. Si l’écart avec Red Bull s’est bien réduit, Mercedes commence à sérieusement montrer les crocs. Ferrari n’est pas en reste malgré un passage à vide depuis plusieurs courses mais le championnat est encore long, tout peut basculer à tout moment…

Miami (2024)

Red Bull Ring (2024)

Hungaroring (2024)

Miami (2024)
Sur les rives de la Mer du Nord, à Zandvoort, les MCL38 s’arment de nouveaux éléments. Suspensions, plancher, ailerons, rien n’est laissé au hasard pour maximiser la performance. Cela se remarque avec la pole position décrochée par Norris, facile leader avec presque cinq dixièmes d’avance sur l’autre McLaren, seulement troisième. Dès l’entame de course, Verstappen plonge depuis sa deuxième position sur la grille pour voler le leadership à l’anglais mais en ce week-end hollandais, Lando est royal. Au bout de quelques tours, il se défait de Max la menace avant d’outrageusement dominer l’épreuve. Presque vingt-trois secondes d’écart avec son plus proche poursuivant sous le drapeau à damier, voilà le plus gros gap qui sera enregistré en 2024. Si le britannique nous offre un récital de toute beauté, la mauvaise application de la stratégie de Piastri l’oblige à scruter les échappements de la Ferrari de Leclerc pour finalement échouer au pied du podium. Dès la semaine suivante, le petit cirque de la Formule 1 reprend son chemin et c’est à Monza, sur le temple de la vitesse, que ses valises seront posées. Alors que Kimi Antonelli effectue ses premiers tours de roues officiels mais pulvérise sa monture avant d’être titularisé dans la foulée, les McLaren se montrent incroyablement véloces. Personne ne pourra les défaire de la pole position en Lombardie, Norris battant Piastri pour un peu plus d’un dixième. Les deux hommes s’élancent parfaitement si bien qu’en arrivant dans la deuxième chicane, leur avance est déjà démentielle. Pourtant, Oscar ose surprendre son équipier par l’extérieur, se retrouvant alors mieux placé pour attaquer le virage suivant, puis les Lesmo. Cette action permet à Leclerc de s’immiscer parmi ce duo mais au prix d’un « undercut » approximativement bien réalisé, les papayes reforment leur paire. C’est alors qu’un choix stratégique chez les rouges rebat toutes les cartes. Alors que les McLaren purgent un nouvel arrêt à cause d’une dégradation excessive de leurs gommes, les bolides italiens restent en piste. Si Sainz fait le bouchon, l’écart avec le monégasque est bien trop important pour être comblé, même avec une McLaren. Piastri aura beau se démener, il ne pourra revenir sur les talons de la Ferrari, brillante vainqueur sur ses terres. L’explosion de joie est immense dans les tribunes et le pays tout entier. Charles Leclerc signe ici sa deuxième victoire de l’année, comme un retour aux sources, cinq ans après son deuxième triomphe ici-même. A contrario, les mines sont fermées à Woking. Une trop grande dégradation et une attaque mal calculée privent le team anglais d’un doublé fort probable. Des solutions doivent être trouvées sous peine de voir revenir la concurrence à leur niveau. A Bakou, premier hic. Norris ne passe pas le cap de la Q1 et ne s’élancera que quinzième, loin de Piastri, deuxième, derrière le récent vainqueur italien Leclerc. Si le pilote de la n°4 remonte petit-à-petit dans la hiérarchie, les deux hommes de tête ne se quittent pas d’une semelle. Si l’australien grignotte à la faveur d’un arrêt aux stands, c’est une attaque imparable au bout de la longue ligne droite qui le propulse en tête, à la surprise générale. La SF-24 du monégasque ne sera jamais loin mais l’ordre n’évoluera désormais plus. Mais à deux tours du terme, scène invraisemblable. Alors qu’ils se disputaient la troisième marche du podium, Pérez et Sainz s’accrochent en ligne droite, une aubaine pour Norris, passant de la sixième à la quatrième position finale. Cet incident ne sera d’ailleurs pas sans conséquences pour les rouges en fin de saison. A noter qu’au tableau des constructeurs, l’écurie de Woking prend les commandes, du jamais-vu depuis l’entame de saison 2014 et le coup de chance de Melbourne. La tournée en Occident est désormais terminée, cap sur Singapour avant d’entamer le périple américain. Mais avant d’entreprendre le voyage au bout du monde, tous les yeux se braquent sur les McLaren et surtout leurs ailerons, un peu trop flexibles selon les dires de certains. Consciente de la polémique levée, l’écurie annonce modifier ces éléments pourtant conformes selon la FIA mais après tout, qui n’utilise pas les zones grises du règlement en F1 ? Sur le tracé serpentant les rues de la mégalopole, les MCL38 se parent d’une nouvelle livrée exotique, retrouvant le blanc de leur grande époque. Après des qualifications express où seul le dernier tour était déterminant, Norris retrouve la pole position, quatre rangs devant Piastri, décevant dans le dernier secteur. La course ne sera qu’une longue procession sous une chaleur extrême où le moindre écart peut être fatal. A mi-course, le leader se fait d’ailleurs surprendre en léchant le mur de béton, une erreur de déconcentration finalement sans conséquences sur le résultat final. Troisième, l’australien aura tenu le coup mais espérait évidemment plus. Après une pause d’un mois, les équipes se retrouvent à Austin, terres du Texas. Les MCL38 se retrouvent habillées de la célèbre livrée chromée, star des circuits des années 2006 à 2014. Après un sprint ayant vu Norris craquer sous la pression de Sainz pour la deuxième place, c’est bien ce même anglais qui rafle la pole position l’après-midi. De son côté, Oscar n’est pas vraiment à l’aise sur les bosses, ce qui compromet évidemment son week-end. Mais dès le premier virage, la hiérarchie évolue. En plongeant tardivement à la corde, Verstappen repousse la McLaren de tête hors des limites de course, laissant Leclerc voler la vedette aux deux compères. Si les voitures miroirs tentent une stratégie alternative, rien ne pourra empêcher Ferrari de signer un doublé royal. Mais dans les derniers tours, les gommes plus fraîches de Norris font la différence et l’écart avec Verstappen fond comme neige au soleil. Une attaque est esquissée au bout de l’interminable ligne droite. Les deux pilotes freinent tard et si Verstappen repousse la prise de corde au maximum, les deux adversaires sortent de la piste. L’action du néerlandais n’était certes pas correcte mais l’anglais n’a pas jugé bon de laisser repasser le pilote Red Bull. Résultat : cinq secondes de pénalité et un podium perdu au profit de … Verstappen ! La hache de guerre venait d’être déterrée. Reste qu’à cinq courses du but, les papayes dominent leur élément et rien ne semble perturber les bons espoirs de sacre mondial. La messe n’est pas non plus dite pour ce qui est des pilotes mais avec un avantage de plus de cinquante points pour le redoutable Max, les chances de réussir sont presque vaines…
Sur le circuit des frères Rodriguez, la haute altitude oblige les équipes à revoir le refroidissement de leurs bolides, ce dont n’échappe pas McLaren. En plus d’un plancher évolué, les papayes optent pour un capot moteur très découpé. Pour l’occasion, McLaren laisse le volant à Pat O’Ward pour la première séance d’essais libres, un beau cadeau pour le local de l’étape. Si les choses sérieuses reprennent l’après-midi, les MCL38 ne sont pas vraiment dans le coup. Piégé par un passage au large, Piastri ne s’élance que depuis la dix-septième position sur la grille. Norris est plus en réussite mais devant lui, Sainz et Verstappen lui bouchent la vue. Si la cohue du départ est vite dissipée après l’intervention de la voiture de sécurité, c’est le comportement en piste de Verstappen qui inquiète. Au dixième passage, alors qu’il venait de se faire dépasser par Sainz, le néerlandais empêche l’anglais de Woking de passer, l’obligeant à couper par l’herbe. Puis, quelques virages plus loin, ce même pilote tente une attaque désespérée qui conduit les deux hommes bien loin de la trajectoire, juste là où les saute Charles Leclerc. Cette fois-ci, le fautif est réellement puni et avec la manière. Malgré cette incartade au large, Norris reprend du rythme et après l’écart spectaculaire du monégasque de Ferrari en sortie de dernier virage, le voici en deuxième position, trop loin de Sainz pour le menacer. Une fois encore, ce n’est pas une McLaren qui gagne. L’espagnol devient alors le septième vainqueur différent de l’année, un fait rare qui ne s’était plus produit depuis 2012. Plus inquiétant encore, l’écart qui séparait les noire et orange de la Scuderia s’est réduit à une trentaine d'unités. Certes, la MCL38 est plus performante mais c’est bien la grande rivale italienne qui score le plus dernièrement. A Sao Paulo, le mauvais temps est de la partie, et pas qu’un peu. Après un sprint sous haute tension ayant vu Piastri s’écarter au dernier moment pour laisser filer son équipier vers la gagne, le samedi après-midi est copieusement arrosé si bien que les qualifications sont reportées au lendemain matin. Malheureusement, les conditions ne sont guère plus réjouissantes en ce dimanche matin, ce qui n’empêche pourtant pas Norris de signer la pole, sept places devant un Piastri moins en forme mais surtout, loin devant un Verstappen à l’arrêt, seulement dix-septième. Au moment de la course, les orages empirent et la situation devient très périlleuse. Peu après le premier tiers d’épreuve, alors que Russell a chipé le commandement à son compatriote dès le premier virage, les deux hommes s'arrêtent aux stands chausser de nouvelles enveloppes. Hélas, trois tours plus tard, Colapinto explose sa Williams, occasionnant la sortie du drapeau rouge. Devant, Ocon, Verstappen et Gasly, qui n’avaient donc pas stoppé, profitent de cette interruption pour le faire, sautant alors le reste du peloton. La course reprend ses droits mais quelques boucles plus tard, c’est Sainz qui quitte la route et abîme sa monture rouge. La Safety Car reprend du service mais à la relance, Norris perd pied. Un freinage totalement manqué dans le premier virage le fait virer au large, perdant bon nombre de positions, y compris sur son équipier. Dans le même temps, le rival néerlandais s’impose sur Ocon avec une facilité déconcertante. Le roi de la pluie venait de nous faire son plus beau numéro. Cette sensationnelle victoire, ponctuée par un podium inédit des deux Alpine, ruine les derniers espoirs de titre mondial pour Lando, noyé sous ses conditions d’adhérence précaire. Sixième et huitième sous le drapeau à damier, les MCL38 ne garderont pas un souvenir idyllique de ce bref interlude en Amérique du Sud. Ce ne sera pas non plus la fête à Las Vegas. Le manque chronique d'adhérence et de traction pénalise les McLaren, transparentes tout le week-end. Pas dans le coup en qualifications ni en course, elles n’animeront pas le cœur du peloton, ne pouvant empêcher Russell de s’imposer mais surtout, de priver Max Verstappen d’un quatrième titre de champion du monde. Tout le monde aura tenté mais Mad Max est bien le plus fort. Ce n’est que partie remise au Qatar. Alors que de nombreuses polémiques impliquant la FIA et ses dirigeants éclatent au grand jour, les pilotes, mécaniciens et ingénieurs enchaînent les deux derniers rendez-vous lessivés, rincés par cette saison intense. Sur le tourniquet étouffant, les MCL38 sont dans leur élément et après un sprint rondement mené voyant Norris s’effacer au dernier moment pour laisser gagner Piastri, les attentes sont élevées pour la course. Pourtant, les qualifications ne reflètent pas ces belles performances, les papayes étant condamnées en deuxième ligne. Si Norris parvient à sauter Russell au départ, l’australien ne pourra résister à Leclerc. A mi-course, Albon perd l’un de ses rétroviseurs. Le drapeau jaune est déployé pour signaler la présence de cet élément, obligeant alors à la plus grande prudence des pilotes, ce que l’anglais de chez McLaren oubliera sans doute bien vite. Pris la main dans le sac pour ne pas avoir levé le pied dans la partie incriminée, il est lourdement pénalisé d’un stop-and-go, anéantissant totalement ses chances de bien figurer. Le regroupement du peloton après l’intervention de la voiture de sécurité en raison de l’éclatement de ce fameux rétroviseur par Bottas, puis par les sorties de Hulkenberg et Pérez ne sera d’aucune aide pour Lando, piégé à son propre jeu. Si ses balles neuves lui permettent de remonter à grandes enjambées, il ne prendra que le point de la dixième place. Piastri sauve l’honneur de son équipe avec la troisième position finale mais derrière Leclerc, voyant alors Ferrari recoller à vingt-et-une unités avant la grande finale d’Abu Dhabi. Le duel qui aura tant marqué la discipline dans les années 90 et 2000 allait donc se reproduire une dernière fois en 2024. Sur le tracé de Yas Marina, les MCL38 sont dans leur jardin. Personne n’arrivera à leurs pieds d’autant plus que l’un des cailloux dans leurs chaussures, en la personne de Leclerc, ne s’élance que dix-neuvième. La voie royale pour la couronne est donc ouverte. Oui mais, car il y a toujours un mais avec McLaren en cette folle saison, il reste l’inconnue Max Verstappen. Le néerlandais n’a plus rien à perdre et dès le départ, une manœuvre inutile l’expédie lui et Piastri dans un tête-à-queue fumant. Les deux bolides repartent en queue de peloton, là où le pilote Ferrari, revenu de nulle part, pointe déjà au huitième rang après un tour. Malgré tous leurs efforts, les hommes de la Scuderia ne pourront jamais menacer Norris, parti pour un grand numéro. Avec une victoire assurée, il offre le titre tant convoité à son écurie, mettant fin à vingt-six ans de disette au plus haut niveau. Remonté jusque dans le top 10, Piastri confirme ce triomphe des papayes bien que le souffle des machines rouges se soit fait sentir d’un peu trop près…

Marina Bay (2024)

Circuit of the America (2024)

Interlagos (2024)

Marina Bay (2024)
Car si l’on regarde plus près le tableau final, seuls quatorze points séparent McLaren de Ferrari. Sachant qu’une troisième place en rapporte quinze, le titre n’aurait pas atterri dans les mêmes mains si le grand-prix d'Azerbaïdjan avait duré deux tours de moins… Il n’en reste pas moins qu’au final, ce sont les meilleurs qui gagnent. Bien née, la MCL38 aura bénéficié des meilleures évolutions au moment opportun pour contrer l’hégémonie Red Bull. Malgré tout, un questionnement s’impose : McLaren aurait-elle pu faire mieux ? Oui, largement. Tout au long de la saison, l’écurie s’est fourvoyée avec de mauvaises stratégies concernant l’un ou les pilotes, sans compter les innombrables erreurs de jugements de Norris et Piastri. Là où les Ferrari et Mercedes se sont montrées d’une très grande constance, les papayes ont souvent flirté avec les limites. Pour autant, cette incroyable monoplace n’aura jamais flanché, si ce n’est cet abandon si près du but en Autriche pour Lando, alors vice-champion derrière son nouvel ennemi, Max Verstappen. Le néerlandais qui n’aura pas rendu la tâche facile au team de Woking mais au moins amenait-il un peu de spectacle dans une F1 devenue trop politiquement correcte…
La McLaren MCL38 en chiffres...
Grands-prix :
24
Victoires :
6
Podiums :
21
Poles Position :
8
Meilleurs Tours :
7


