Circuit Paul Ricard - France

S’il est un circuit qui ne passe pas inaperçu vu du ciel, c’est évidemment celui du Castellet…
Peu de gens croyaient à un retour de la Formule 1 en France après 2008. Suite au retrait de Magny-Cours et une absence notable de pilotes français au plus niveau, l’avenir de l’hexagone au sein du championnat du monde s’écrivait en pointillé. Après Reims, Rouen-les Essarts, Dijon-Prenois, Clermont Ferrand et le Mans, c’était une autre piste phare du calendrier qui disparaissait. Oui mais, tout n’est pas si noir. En 2018, le drapeau bleu-blanc-rouge refait surface au coeur des saisons européennes et c’est le circuit varois qui est choisit pour ce retour en grande pompe de la France en F1. Qu’il soit nommé Le Castellet ou le Paul Ricard, ce tracé, aux allures futuristes, se sera offert un retour de quatre ans au championnat, loin de sa configuration d'antan. Car oui, l’apparition de cette piste est loin d’être une nouveauté. Inauguré en 1970 puis inscrit au calendrier l’année suivante, le Castellet aura fait les grandes heures de la discipline, notamment dans les années 70 et 80. Pour la première édition, Stewart s’impose devant François Cevert, son équipier, jeune prodige français, montant ici-même sur son premier podium. Dix-huit ans plus tard, c’est au tour du jeune Alesi de se faire remarquer par son public. Sur sa modeste Tyrrell, l’avignonnais accrocha la quatrième place pour son premier grand-prix en Formule 1, une performance qui le propulsera d’emblée au rang de pépite. D’ailleurs, les régionaux de l’étape ont toujours eu beaucoup de succès dans leur pays. Que ce soit avec Prost, Arnoux ou encore avec Renault, le public français aura savouré les succès des années 80. Preuve en est avec le fameux grand-prix de 1982. Avec des monoplaces toujours plus perfectionnées avec l’effet de sol et les turbos surpuissants, les grosses équipes frappent fort. La ligne droite du Mistral, auparavant dépourvue de chicane, voit donc les pilotes affoler les compteurs avec des pointes de vitesse phénoménales, sans parler des passages en courbe à couper le souffle. Au terme des cinquante-quatre tours de course, Arnoux, sur Renault l’emporte, menant un inédit quadruplé tricolore. Prost termine second devant Pironi et Tambay mais le futur quadruple champion du monde est très en colère contre son équipier vainqueur. En effet, Renault avait prévu, avant la course, qu’Arnoux devait laisser passer Prost s’il se trouvait devant lui dans l’optique du championnat. En refusant d’obtempérer, Néné s’octroya les foudres du Professeur, menant à sa séparation avec l’équipe française en fin de saison. Cette course de 1982 est aussi marquée par l’effroyable accident de Mass et Baldi, l’allemand traversant les grillages et les murs de pneumatiques pour venir s’écraser tout près des spectateurs. La voiture s’embrase mais si le pilote en sort indemne, des fans trop proches de la zone du crash sont brûlés, fort heureusement, sans faire de victimes. Le feu est rapidement circonscrit mais la sécurité de l’époque montre une fois encore ses limites. Un autre crash spectaculaire marqua l’édition 1989. A l’entame du premier virage, Gugelmin se manque complètement et encastre sa March dans la monoplace de Boutsen avant de partir dans une série de toupie, atterrissant sur les deux Ferrari de Mansell et Berger. Le grand-prix est évidemment arrêté et fera bien d’autres victimes à sa relance, à commencer par Senna, trahi par son différentiel après à peine plus de deux-cents mètres…


1982

2019

Cette édition 1989 fut d’ailleurs disputée sur le petit circuit, diminué à 3,8km suite au terrible accident coûtant la vie à De Angelis en 1986 lors d’une séance d’essais privés. Le malheureux italien,victime d’une casse de son aileron arrière à haute vitesse dans les S de la Verrerie, ne pourra s’extraire à temps de la carcasse brûlante de sa Brabham. Ce dramatique incident met en lumière l’insécurité permanente des bolides et des infrastructures. En effet, aucun secours n’était prêt à intervenir lorsque l’accident eut lieu. L’intérêt du tracé court est presque désuet et inintéressant pour les pilotes. Au bout de cinq éditions, de 1986 à 1990 il est rayé du calendrier au profit de Magny-Cours. Les années passent et le circuit Paul Ricard change peu à peu de facette, devenant le lieu de test extrême pour les pilotes et les constructeurs avec une modernité mondialement reconnue. Finie la piste unique bordée de bacs à sable, place désormais à une multitude de tracés, deux-cent quarante-sept pour être précis. Bordé de larges lignes bleues et rouges abrasives, le tarmac varois n’a nul équivalent encore aujourd’hui. Dix ans après sa dernière apparition dans la Nièvre, la Formule 1 retrouve donc la France, pour le plus grand plaisir des spectateurs, du moins, ceux arrivés sur le circuit car les organisateurs ne s’attendaient peut-être pas à un tel engouement du public français. Les voies d’accès furent complètement bouchées, obligeant certains à patienter des heures avant d’approcher la piste. Le spectacle des deux premières éditions ne fut d’ailleurs pas non plus des plus mémorables même si le départ de 2018 fut quelque peu chaotique. Dans les S de la Verrerie, Vettel accrocha Bottas avant qu’Ocon et Gasly, deux des trois français au départ, ne se percutent également. En 2021 cependant, de l’action, il y en avait , notamment entre Verstappen et Hamilton, tous deux sur une stratégie pneumatique différente. A distance respectable l’un de l’autre, il faudra attendre l’avant-dernier tour pour enfin connaître le vainqueur, en l'occurrence le hollandais. Les dépassements restent compliqués, encore aujourd’hui même si l’ajout du DRS et de la chicane en plein milieu de la ligne droite du Mistral en augmentent les possibilités. Hélas, difficile de dépasser autre part que dans ces zones dédiées, la faute à des monoplaces bien trop rapides. Le virage de Signes, autrefois juge de paix concernant l’aérodynamique et le châssis, se passait à fond absolu avec les F1 modernes, ce qui n’empêcha pas les péripéties, à commencer par la bourde de Leclerc en 2022, sorti bêtement dans le long droite du Beausset alors qu’il menait largement. En 2018, lors des essais libres, c’est Ericsson qui se retrouva piégé quelques mètres auparavant, détruisant littéralement son Alfa Romeo qui s’embrasa sous la violence du choc. Même sanction pour Senna en 1986, pulvérisant sa Lotus après avoir glissé sur l’huile perdue de la Minardi de De Cesaris. En 1973, les leaders n’auront pas eu la tâche facile non plus. Alors qu’il filait vers sa première victoire, Scheckter se retrouve bloqué derrière Beltoise, pourtant à un tour. Profitant d’un moment d’hésitation, Fittipaldi, alors second, tente de se faufiler mais le sud-africain ferme la porte. La McLaren et la Lotus se percutent. Les deux n’iront pas plus loin, offrant la tête de la course à Peterson, désormais nouveau vainqueur en Formule 1. Derrière lui, Reutemann signa son premier podium, un fait notable que Watson accroche lui aussi à son palmarès. Penske et Leyton House réalisèrent elles aussi leur premier top 3 sur cette piste en 1976 et 1990 respectivement. D’ailleurs, en cette année 1990, Prost s’imposa pour le compte de Ferrari, sa troisième victoire consécutive sur ce tracé, mais aussi et surtout, la centième victoire en Formule 1 du cheval cabré.

1986

1989

2018

1986
Le Paul Ricard, circuit de test par excellence, reste un tracé rapide et intéressant mais qui ne correspond peut-être plus vraiment aux normes actuelles de la discipline. Il n’empêche que dix-huit grands-prix s’y sont tenus, comme à Magny-Cours. Revoir le Castellet au calendrier ne devrait pas se faire de sitôt mais en Formule 1, rien n’est jamais acquis. Alors la France, c’est pour bientôt ?
Le circuit Paul Ricard en chiffres...
Années de présence en Formule 1 :
1971 ; 1973 ; 1975-1976 ; 1978 ; 1980 ; 1982-1983 ; 1985-1990 ; 2018-2019 ; 2021-2022
Longueur :
5.842 km
Nombre de tours :
53
Meilleur temps en qualifications :
1'28"319 (Hamilton-2019)
Meilleur temps en course :
1'32"740 (Vettel-2019)