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Circuit de Zolder - Belgique

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L’étape belge en Formule 1 n’a rien de nouveau mais à côté du mythe Spa-Francorchamps, le tracé de Zolder demeure oublié…

Son apparition au championnat en 1973 n’a rien d’un hasard. Depuis toujours, les pilotes se plaignent du manque de sécurité concernant la piste de Spa-Francorchamps. A l’époque, le circuit traversait encore plusieurs villages, reliés entre eux par de longues routes étroites. Après l’édition 1970, l’association des pilotes dit stop. Si la Belgique veut rester au calendrier, ce ne sera pas ici. Ainsi, pour la première fois depuis 1957, aucunes épreuves belge n’est disputée. Ce n’est qu’en 1972 que le Plat Pays est de retour sur le récent tracé de Nivelles et ses infrastructures toutes neuves. Mais accueillir un grand-prix de Formule 1 reste cher et pour limiter les coûts, une alternance avec une autre piste belge est décidée. Zolder est donc l’heureux élu mais ce système ne durera guère de temps. Après un retour en Wallonie en 1974 puis dans la région flamande en 1975, l’alternance est interrompue. Le circuit de Nivelles ne plait pas du tout aux pilotes et aux écuries, propulsant Zolder comme tracé unique pour la Belgique et ce, pour dix épreuves au total. Le circuit ne présente pas de grosses difficultés avec ses quelques longues courbes et ses chicanes serrées. Plutôt rapide, il n’offre cependant pas beaucoup de zones de dépassements, d’autant plus que la piste demeure très étroite. Mais si la largeur de la piste est discutable, les dégagements sont bien aménagés, tout comme le reste des infrastructures, modernes pour l’époque. Mais le point noir de ce circuit, c’est sa locamisation. Perdu au beau milieu d’une forêt, de champs, et bordé par une zone industrielle, le cadre n’est pas le plus idyllique. Ses débuts furent même très compliqués et controversés car une semaine avant la première course, une réunion sur-place des pilotes conclut en une demande de resurfaçage total de la piste pour cause de détérioration du bitume à certains endroits. Heureusement, le tarmac est refait juste à temps mais après quelques passages de monoplaces, la piste commence à se désagréger. D’importants travaux de consolidation sont réalisés durant la nuit, ce qui ne donnera pas vraiment satisfaction aux pilotes. Cette première édition n’est pas un réel succès, d’autant que le régional de l’étape Ickx renonce après quelques boucles. Cevert tient la tête quelques tours avant de commettre une erreur et de dégringoler dans le classement. C’est finalement son équipier Stewart qui ramasse les lauriers devant le français et un Fittipaldi quasiment arrêté dans une monture presque à sec. En cinquième place, un certain Lauda inscrit ses premiers points en Formule 1, les premiers d’une longue série. C’est ce même autrichien qui s’imposera les deux années suivantes. Tout d’abord en 1975 lors d’une course très sage marquée par de nombreux problèmes de freins, puis en 1976 après avoir retenu son équipier Regazzoni tout le long du grand-prix. Cette même édition vit le premier podium de la jeune écurie Ligier grâce à Laffite, heureux de tenir ce résultat après une course plus que mouvementée pour lui. Derrière, Scheckter ouvre le compteur de points de la fameuse Tyrrell P34, soit les premiers d’une voiture à six roues. A noter également la grosse sortie de piste d’Amon, victime d’un bris de suspension à vive allure, provoquant le retournement de sa monture sous le choc. En 1977, la pluie est de la partie et juste avant le départ, tout le monde se précipite pour chausser les gommes adéquates. L’averse ne dure pas mais la piste est sérieusement détrempée ce qui provoque bon nombre de sorties de route, même pour les pilotes les plus aguerris comme Scheckter. Le tracé finit par se sécher peu à peu et après le passage aux pneumatiques slicks, Lauda semblent le plus véloce pour l’emporter. C’était sans compter sur un Gunnar Nilsson étonnement rapide sur sa Lotus à effet de sol, reprenant par moment plus de cinq secondes par tour à l’autrichien. De façon logique, le suédois finit par déborder son rival et s’échapper en tête pour remporter ce qui sera son seul et unique succès en Formule 1. L’année suivante, c’est encore une Lotus qui l’emporte mais cette fois-ci, c’est Andretti qui récolte le succès grâce à son impressionnante démonstration au volant de la fantastique 79, juste dévoilée avant le grand-prix. En 1979, Alfa Romeo signe son grand retour, un retour qui se terminera sur un abandon par accrochage, pas la meilleure entrée en matière. C’est également la première fois que se déroule une course du championnat Procar en marge du grand-prix, une série concurrençant de nombreux pilotes au volant de splendides BMW M1. Le grand-prix est pas mal agité avec des sorties de piste en pagaille, un Villeneuve plus incisif que jamais mais en panne d’essence à quelques mètres de l’arrivée, ou encore un Scheckter, enfin vainqueur avec Ferrari, passant proche du désastre dans la dernière boucle en prenant un tour à Fittipaldi. A l’aube des années 80, le tracé de Zolder fait désormais bonne figure auprès des pilotes mais cette nouvelle décennie lui sera fatale.

Car si son avenir est assuré pour au moins trois ans, il se murmure de plus en plus qu’un retour à Spa-Francorchamps est envisagé. Depuis de nombreuses années, la piste ardennaise se transforme au prix d'importants travaux pour, un jour peut-être, retrouver la pinacle du sport automobile. En 1980, c’est Pironi qui s’impose pour la première fois de sa carrière sur sa Ligier JS11/15 et son effet de sol remarquable. Jusque-là, le circuit de Zolder est sans histoire mais à partir de 1981, tout va basculer. Lors des essais du Vendredi, un terrible évènement toucha l’ensemble du paddock. Alors qu’il regagnait les stands, Reutemann se retrouve nez-à-nez avec un mécanicien de chez Osella qui venait de chuter de la passerelle de commandement. Le choc est inévitable, les images atroces. Le malheureux, durement touché dans l’accident, décédera trois jours plus tard de ses blessures. Dès lors, tous les pilotes et mécaniciens s’insurgent contre la piste belge, la jugeant beaucoup trop étroite, surtout dans les stands. Ce drame rappelle ô combien les sports mécaniques demeurent dangereux mais un tel accident n’aurait jamais dû se produire. En signe de protestation, de nombreux membres d’équipes choisissent de faire repousser l’heure du départ pour faire connaître leur mécontentement. Mais avant même le départ, nouvelles péripéties. Piquet, en seconde position, se trompe de place sur la grille et entame un second tour de chauffe pour bien se replacer, n’hésitant d’ailleurs pas à zigzaguer entre les autres voitures arrêtées pour retrouver son bon emplacement. Mais dans le même temps, Patrese agite ses bras car il a calé. La logique voudrait que le départ soit décalé mais à la place, les officiels décident de lancer la procédure. Mais au même moment, un mécanicien Arrows se presse sur la piste pour redémarrer la machine de l’italien mais il est trop tard, les bolides s’élancent. Si plusieurs voitures frôlent le mécanicien, l’autre pilote Arrows, Stohr, ne le voit pas et le percute, ainsi que la voiture de son équipier. La scène est une nouvelle fois horrible et si un cortège de commissaires se presse sur les lieux, le grand-prix continue. Il faudra attendre le passage de Pironi qui, en stoppant dans la ligne droite des stands, provoque volontairement l’interruption de l’épreuve pour éviter un nouveau massacre. Il faudra plus de quarante minutes pour que la course reprenne définitivement, avant qu’elle ne soit finalement interrompue après l’apparition d’un gros crachin vers la fin. Mansell y décrocha son premier podium mais plus important encore, le malheureux mécanicien fauché finira par se rétablir de ses blessures. L’édition 1981 n’était pas la plus glorieuse, 1982 fut la pire. Dans un climat tendu au sein de la Scuderia après l’altercation d’Imola avec Pironi, Villeneuve arrive le couteau entre les dents. Il sait que sa 126 C2 est l’une des meilleures voitures et que ses chances de couronne sont plus que probables en fin de saison. Alors quand il apprend que son équipier français tourne plus vite que lui sur un tour lancé, le québécois repart à la chasse. Il réalise un puis deux tours avant d’être rappelé à son stand. Mais le québécois est trop pressé et sur son chemin se trouve la March de Mass qui évolue à petite allure. L’allemand se déporte sur la droite pour laisser passer la Ferrari, Villeneuve aussi. Le choc est inévitable et effroyable. La 126 C2 se décompose en l’air, éjectant son pauvre pilote qui gît tristement au sol. La Formule 1 venait de perdre l’une de ses figures les plus emblématiques, un pilote comme nul autre. Cette tragédie touche très durement tout le paddock mais la course est maintenue. Watson s’impose mais le cœur n’y est pas. Après deux années cauchemardesques, le circuit de Zolder laisse sa place à Spa-Francorchamps le temps d’une saison et le moins que l’on puisse dire, c’est que les tracés sont diamétralement opposés. Son retour en 1984 est loin de faire l'unanimité auprès des teams. Après un début de saison compliqué, la Scuderia sort enfin la tête de l’eau grâce à Alboreto avec la pole position et la victoire, la première d’un italien pour l’écurie italienne depuis 1966 !

Mais après cette édition, Zolder disparaîtra à tout jamais du calendrier. Depuis, seul Spa-Francorchamps aura accueilli la Formule 1 pour ce qui est du Plat Pays. La piste flamande, pas forcément appréciée ni détestée des pilotes, aura connu ses heures de gloire dans les années 70 mais les deux tragédies de 1971 et 1982 auront forcément joué en la faveur d’un départ vers les Ardennes. Aujourd’hui, difficile d’imaginer les Formule 1 reprendre du service ici-même avec leurs proportions démesurées, un moindre mal tant que Spa-Francorchamps est toujours de la partie...

Le circuit de Zolder en chiffres...

Années de présence en Formule 1 :

1973 ; 1974-1982 ; 1984

Longueur :

4,262 km

Nombre de tours :

70

Meilleur temps en qualifications :

1'14''846 (Alboreto - 1984)

Meilleur temps en course :

1'19''294 (Arnoux - 1984)

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