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Circuit de l'Österreichring - Autriche

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L’Österreichring, un circuit dangereusement rapide mais terriblement spectaculaire. Récit d’un tracé au cœur du vallon alpin autrichien.

En 1970, au cœur de la montagne autrichienne, un bruit sourd se fait entendre. Il s’agissait de la Formule 1, de retour au pays de Mozart, six ans après l’échec cuisant de la course de Zeltweg. Inauguré en 1969, le nouveau circuit de l’Österreichring se situe à quelques kilomètres des villes de Zeltweg et de Spielberg. Dessiné à flanc de montagne, le tracé autrichien offre aux pilotes de nombreuses sensations grâce à ses courbes très rapides et ses dénivelés impressionnants. La majorité des virages se passaient en quatrième vitesse, signe de la rapidité de la piste. Un an après son ouverture, le voici ajouté au calendrier, projet boosté par la présence d’un top pilote du pays : Jochen Rindt, alors leader du championnat avant le premier grand-prix. Malheureusement pour lui et pour tous ses supporters s’étant déplacés pour le voir, il renoncera après seulement vingt-deux tours, moteur cassé. Cette épreuve sera de plus sa dernière, l’autrichien se tuant à Monza quinze jours plus tard, remportant tout de même la couronne, mais à titre posthume. Malgré tout, cette première édition est un franc succès pour l’Österreichring. Les pilotes tombent immédiatement amoureux de ce circuit spécial. Durant dix-huit années consécutives, la Formule 1 offre une place de choix à cette piste, rapide mais dangereuse, à son calendrier. Disputées au cœur du mois d'Août, les courses seront toutes aussi imprévisibles les unes que les autres. Beaucoup de surprises, de premières et de dernières fois ont eu lieu lors de ses dix-huit éditions. La première apparition en 1970 verra Rindt empocher sa dernière pole position avant que le lendemain, Regazzoni et Stommelen ne grimpent chacun sur leur premier podium en catégorie reine. L’année suivante, et même si l’Autriche a perdu son grand champion, un autre natif du pays dispute son premier grand-prix : Niki Lauda. Dans une saison ultra-dominée par Stewart et sa Tyrrell, c’est l’étonnant Jo Siffert qui fera illusion, réalisant tout simplement le grand chelem : pole, victoire, meilleur tour et tous les tours menés. Malheureusement, cette performance sera la dernière du pilote suisse qui se tuera quelques semaines plus tard lors d’une épreuve hors-championnat à Brands Hatch. Derrière le suisse et Fittipaldi, Tim Schenken grimpe sur son unique podium en Formule 1. Malgré son abandon, Stewart accroche son deuxième titre mondial sur le circuit autrichien. Deux ans plus tard, l’écossais y décroche son dernier podium en catégorie reine, remportant son troisième sacre dès l’épreuve suivante. Cette édition 1973 sera également marquée par le premier podium d’un jeune espoir brésilien : Carlos Pace. En 1974, c’est le champion 1967 Denny Hulme qui inscrit son dernier podium alors que du côté des motoristes, Ford-Cosworth réalisait son deux-centième top 3. Après un drôle de grand-prix en 1975, la course de 1976 se déroule… sans Ferrari ! Après le terrible accident de Lauda au Nürburgring, la Scuderia annonce son retrait total de la Formule 1, avant de revenir sur sa décision dès la manche suivante, à Zandvoort. C’est lors de cette épreuve que Watson permet à son écurie Penske de remporter son premier et unique grand-prix dans la discipline. En 1977, c’est Alan Jones qui décroche un succès totalement inattendu, son premier, tout comme pour son écurie Shadow qui ne s’imposera plus jamais par la suite. L’année suivante, c’est Peterson qui glane le trophée de vainqueur, mais comme pour Rindt ou Siffert, ce dernier connaîtra la mort un mois plus tard, à nouveau à Monza. A noter l’éclosion de l’un des plus grands pilotes de sa génération, Gilles Villeneuve, auteur de son premier podium ici-même. En 1979, Arnoux réalise sa première pole avant qu’un an plus tard, son équipier de l’époque, Jabouille, ne s’impose pour la dernière fois de sa carrière. C’est d’ailleurs lors de cette épreuve qu’un certain moustachu apparaît pour la première fois, celui qui deviendra champion douze ans plus tard : Nigel Mansell. En 1982, la lutte pour la tête est palpitante jusqu’à la ligne d’arrivée. Dans la dernière courbe, Rosberg, alors second derrière De Angelis, se décale et porte une attaque en vue du drapeau à damier. Résultat, les deux voitures croisent la ligne, séparées par cinq petits centièmes de seconde à l’avantage du pilote Lotus. Ce sera d’ailleurs la dernière fois que Chapman, dirigeant et fondateur de la marque anglaise, jettera sa casquette au passage de sa voiture victorieuse, l’anglais décédant quelques mois plus tard d’une crise cardiaque. L’année suivante, alors que Ferrari décroche sa centième pole position en Formule 1, Prost remporte la course, le replaçant au championnat face à la fameuse Brabham BT52 de Piquet. En 1984, Niki Lauda arrache enfin son premier succès sur ses terres pour le quatre-centième grand-prix de l’histoire, alors que dans le même temps, son compatriote Berger entame sa longue carrière sur ATS. En 1985, ce sont les Benetton qui créent la surprise en s’installant toutes deux en première ligne pour la première fois de leur histoire. Puis, en 1987, pour la dernière de l’Österreichring, Mansell l’emporte pour son centième départ, le centième également pour son motoriste Honda. Derrière lui et son équipier Piquet, Teo Fabi inscrit son dernier podium en Formule 1 à bord de sa très colorée Benetton B187. Mais après toutes ces années de courses spectaculaires, l’Autriche perd sa place au calendrier. Comme souvent dans les années 70 et 80, la sécurité des circuits n’est pas toujours au rendez-vous et les nombreux accidents n’arrangent en rien les organisateurs dans la tenue d’une nouvelle épreuve…

Car comme trop souvent durant cette période, les incidents pouvaient tourner au drame. C’est ce qu’il se passa le 17 Août 1975. Lors du warm-up du dimanche matin, le pilote Penske Mark Donohue voit l’un de ses pneumatiques exploser à l’abord du premier virage. S’en suit une terrible embardée pour l’américain, percutant les barrières, puis des commissaires, avant de s’échouer dans un fossé. Si le pilote semble s’en sortir sans problèmes majeurs, une terrible hémorragie cérébrale le frappe dans la soirée, le conduisant à la mort deux jours plus tard. Dans cet accident, l’un des commissaires fauché décédera de ses blessures au lendemain de l’épreuve. A la suite de cette tragédie, le premier virage est transformé en une rapide chicane, n’arrangeant en rien la sécurité. Les grandes courbes du tracé autrichien sont certes magnifiques à voir pour le public et terriblement excitantes pour les pilotes mais leur dangerosité, couplée au manque cruel d’infrastructures de sécurité, inquiètent les observateurs. Et pour cause, en 1985, De Cesaris sort de la piste et percute un talus en bord de piste, envoyant l’italien dans une impressionnante série de tonneaux. Ce dernier sera d’ailleurs renvoyé de son équipe Ligier dès son retour au garage... L’année suivante, suite à un bris de sa suspension, Nannini voit sa Minardi glisser sur l’herbe avant d’achever sa course au beau milieu des buissons et hautes herbes. Fort heureusement, les équipes d’intervention de l’Österreichring ne semblent pas être les plus lentes à intervenir. En 1979, Lauda en fait l’observation lorsqu’il décida, intentionnellement, de s’arrêter en bord de piste pour tester la réactivité des commissaires, qui ne tardèrent pas à arriver au pied de l’autrichien. Pour autant, chaque année réservera son lot d’accidents et d’incidents, surtout lors des dernières éditions. En 1987, lors des essais, Johansson fut victime d’une bien étrange mésaventure. Au sommet d’une bosse sans visibilité, le suédois se retrouva face à un chevreuil qui traversait la piste au même moment. Le choc, aussi inévitable soit-il, arrache tout un côté de la McLaren. Les conséquences auraient pu être dramatiques si l’animal avait percuté le pilote de plein fouet. Si la frayeur était grande pour Johansson, le chevreuil, lui, n’aura pas survécu à cet accrochage à plus de 250 km/h. Puis, le jour de la course, c’est un carambolage sur la grille de départ qui provoque une interruption de course. Cet incident n’était pas chose rare sur l’Österreichring, la piste n’étant que très peu large à cet endroit. Mais contrairement aux autres éditions, c’est par deux fois que le grand-prix sera touché par cette mésaventure. A peine les feux éteints qu’un Mansell trop lent à l’accélération surprend le reste de la meute lancée à pleine vitesse derrière lui. Si l’anglais s’en sort sans bobos, dix monoplaces sont hors-service derrière lui. Finalement, un troisième départ est donné et c’est bien le moustachu, pourtant touché au niveau de son embrayage, qui l’emporte dans le chaos. Ce succès restera iconique pour sa bourde une fois l’arrivée franchie lorsque le grand britannique se leva pour saluer la foule au moment où il passait sous un portique en acier... Trois ans plus tôt, alors que la lutte fait rage entre les McLaren pour la tête du championnat, Prost, en délicatesse avec sa MP4/2, ne peut contenir la glissade de sa machine sur l’huile déversée par De Angelis après sa casse moteur. C’est probablement cette sortie qui lui coûtera le titre pour un demi-point face à son équipier et vainqueur Lauda. Mais si la piste en elle-même était dangereuse, les conditions pouvaient rendre les courses encore plus chaotiques. Et pour cause, la région montagneuse est propice à de nombreux orages, si bien qu’à deux reprises, l’épreuve sera interrompue par les intempéries. Ce fut notamment le cas en 1975 où Brambilla, déchaîné sous ses conditions, franchit le premier la ligne d’arrivée avant l’interruption de course après seulement vingt-neuf tours. L’italien, alors heureux de signer son premier succès, lève les bras pour saluer la foule. Hélas, il perd le contrôle de sa March orange, s’écrasant contre les barrières. L’image de sa monture bien amochée deviendra l’une des plus célèbres de l’histoire de la discipline. C’est également la dernière fois que l’écurie Hesketh grimpera sur un podium en F1 grâce à leur pilote fétiche James Hunt. Trois ans plus tard, c’est un déluge qui s’abat au troisième tour, entraînant de très nombreuses sorties de piste. Lorsque l’épreuve est interrompue au neuvième tour, plus de huit voitures manquent déjà à l’appel. Le grand-prix repartira une fois l’averse balayée par les vents, menant au dernier succès du très apprécié Ronnie Peterson.

Après dix-huit saisons au plus haut niveau, l’aventure de l’Österreichring en Formule 1 s’achève. Si l’Autriche perd son grand-prix national, elle reviendra en 1997 sur un nouveau tracé : l’A1-Ring. Ce circuit n’est ni plus ni moins qu’une copie de l’ex Österreichring en taille réduite, dessiné à même l’ancienne piste. Si l’ancien tracé n’est plus visible de nos jours, certaines portions sont encore utilisées aujourd’hui sur le désormais rebaptisé Red Bull Ring. Demandant un courage hors-pair et une bonne dose d'adrénaline, ce circuit terriblement rapide approchait les pointes déjà délirantes observées à Monza. Les courbes infiniment longues étaient une torture pour les pneus et les organismes, peu habitués à être si secoués, surtout durant l’ère glorieuse et délirante des fusées à effet de sol…

Le circuit de l'Österreichring en chiffres...

Années de présence en Formule 1 :

1970-1987

Longueur :

5.942 km

Nombre de tours :

52

Meilleur temps en qualifications :

1'23"357 (Piquet - 1987)

Meilleur temps en course :

1'28"318 (Mansell - 1987)

Mis à jour le 

19/02/2025

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