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Circuit d'Adélaïde - Australie

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Dans les années 80, les circuits urbains ont la cote, du moins, du côté des organisateurs. A contrario, les pilotes se souviennent des échecs cuisants de Dallas et Detroit mais le tracé qu’ils vont découvrir est bien différent des ennuyeuses pistes américaines. Avec Adélaïde, l’Australie s’offre une place de choix, clôturant à chaque reprise le championnat du monde de Formule 1 et ce, de 1985 à 1995.

Traversant la cité d’Adélaïde et une partie du Rymill Park, ce circuit en ville n’est pas un enchaînement de virages à angle droit ponctué de longues lignes droites. Deux épingles, des chicanes, des courbes, le tracé australien a tout pour plaire au plus grand nombre, et ce fut le cas. Courue onze fois, l’épreuve d’Adélaïde aura vu triompher huit pilotes différents lors de courses palpitantes et incertaines. Avec sa place d'ultime manche du championnat, plusieurs consécrations eurent lieu sur le tracé australien que ce soit pour les titres de McLaren en 1985 et 1991, de Williams en 1994, mais aussi de Prost en 1986 et M.Schumacher en 1994. Mais si ces titres pilotes ont été remporté ici, ce fut, dans tous les cas, grâce à une défaillance de l’adversaire. En 1986, la lutte pour la couronne se joue à trois. Si les Williams de Mansell et Piquet font office de favorites, le champion français et sa McLaren restent de bons outsiders. En course, les voitures bleues, blanches et jaunes font le pari de ne pas changer de pneumatiques durant l’épreuve mais à moins de vingt tours du drapeau à damier, un pneu arrière explose sur la monoplace de K.Rosberg. Les choses se précipitent et les ingénieurs de Frank Williams ordonnent un arrêt sur le champ sous peine de subir la même punition. Hélas, le temps était compté. A la boucle suivante, l’avarie toucha Mansell qui rattrapa magistralement sa monture, laissant échapper un titre qui lui était promis. Pour éviter une nouvelle sanction, Williams rappelle Piquet, condamnant à jamais les chances du brésilien. Malgré une consommation très limite, Prost s’imposa et décrocha la timbale. Plus tard, Mansell reconnaîtra que s’il avait bien accidenté sa voiture, la course aurait probablement été neutralisée au drapeau rouge, lui offrant ainsi une couronne donnée. Huit ans plus tard, c’est entre M.Schumacher et D.Hill que le championnat se décidait. A mi-course, l’allemand mène devant l’anglais mais en sortant un peu large, voilà les deux adversaires roues dans roues. Dans le virage suivant, c’est la catastrophe. La Benetton ferme la porte à la Williams. Si la voiture de M.Schumacher termine dans le mur, à la limite de se retourner, celle de Hill continue. Pensant être touché par une simple crevaison, l’anglais fut au contraire victime d’un bris de suspension, mettant fin à ses chances de titre. C’est donc à l’allemand que revient le sacre, son premier. Mais si Adélaïde est le théâtre de première fois, les dernières ont aussi la part belle. En 1985, c’est du triple champion Lauda que la Formule 1 se sépara. Suivirent Tambay, Jones et K.Rosberg en 1986, Piquet en 1991, Prost et Patrese en 1993 ou encore Alboreto en 1994. Du côté des constructeurs, 1985 verra la disparition des Renault et Alfa Roméo (avant leur retour plusieurs années plus tard). En 1988, Prost signa la dernière victoire d’un moteur turbocompressé avant leur grand retour en 2014. En 1990, le circuit d’Adélaïde accueillait la 500ème épreuve de la catégorie reine. Si ce nombre montre la durée dans le temps du championnat du monde, l’édition 1991 démontra une chose bien contraire. Disputée sous des trombes d’eau, la course fut stoppée après seulement quatorze tours et vingt-quatre minutes d’épreuve, un record jamais battu encore aujourd’hui. Lors du grand-prix de 1993, Prost tira sa révérence, finissant deuxième derrière son plus grand adversaire, Senna. Sur le podium, les critiques et coups bas des années passées sont oubliés. Les deux hommes se saluent, se congratulent, sourient. Si ce podium était le dernier du français, ce fut également l’ultime du brésilien. En remportant ce succès sur sa McLaren, Senna permit à son équipe de battre le record de victoires jusque là détenu par Ferrari. L’année suivante, c’est au tour du champion du monde 1992, Mansell, de remporter sa dernière victoire au terme d’une saison tragique.

Adélaïde, c’est aussi, à cause de son tracé urbain, de nombreuses figures et pirouettes, ou accidents en tout genre. Rares sont les pilotes qui n’ont jamais fauté en terre australienne. Il faut dire que ce circuit n’aide pas vraiment la mécanique. Dans une époque où les changements de pièces étaient de coutume, nombreux furent les pilotes à renoncer sur ennuis techniques. Entre les freins, les moteurs, les transmissions, le tracé d’Adélaïde était particulièrement rude pour les montures. Avec des bolides surpuissants et une piste très glissante, les têtes-à-queue et autres glissades étaient omniprésentes. Bon nombre de voitures percutèrent les murs de béton ou de pneus bordant le circuit. Même les grands champions commettèrent l’irréparable, à commencer par Lauda en 1985 pour sa dernière course, trahi par ses freins en bout de ligne droite. Lors de cette même édition, Senna, voulant éviter K.Rosberg qui rentrait aux stands, toucha la voiture du finlandais et arracha un bout de son aileron. En ne s’arrêtant pas au tour suivant, le brésilien prit un gros risque qui ne paya finalement pas, manquant l’entrée de la ligne des stands, explosant le bout d’aileron qu’il lui restait. Avec tous ces abandons, les petites équipes accédaient aux gros points, comme ce fut le cas pour l’équipe Ligier. Mais dans le dernier tour, les deux équipiers s’accrochent. Si Lafitte parvient à terminer sans trop de dommages, son équipier Streiff termine sur trois roues mais en troisième place. En 1987, Prost termina l’aventure TAG-Porsche par une explosion de freins. Des freins que Senna refroidissait avec des écopes plus grandes que la normale, lui valant une disqualification difficile à avaler pour sa dernière avec Lotus. Si Mansell, blessé à Suzuka n’était pas de la partie, c’est Berger qui s’imposa, luttant contre une grosse grippe qui ne l'empêcha pas de dominer l’épreuve. En 1988, c’est encore un Berger dominateur qui s’installa en tête, ce qui ne fut pas de l’avis d’Arnoux qui ferma la porte à l’autrichien, provoquant l'accrochage et l’abandon des deux voitures. L’année suivante, la pluie n’épargna pas les champions. Si Prost décide de s’arrêter dès le premier tour, jugeant les conditions trop dantesques, Senna et tous les autres repartirent à la charge après le second départ. Manque de pot pour le brésilien qui s’encastra dans la monoplace de Brundle. Quelques tours plus tard, c’est Piquet qui commet la même erreur. Peu à peu, le peloton diminua jusqu’à finir à huit voitures. En 1990, c’est de nouveau Senna qui fut victime de sa mécanique, sa boite de vitesses l’envoyant tout droit dans le décor. L’année 1991 fut marquée par la course la plus courte de l’histoire, mais aussi par le nombre grandissant d’accidents, inimaginable en seulement quatorze boucles. Touché lors de son crash avant l’interruption de course, Mansell ne put accéder au podium. Un an plus tard, toujours Senna. Cette fois, c’est la course du champion en titre qu’il anéantira, percutant l’anglais par l’arrière. En 1994, avant de s’accrocher avec son rival en course, M.Schumacher eut déjà l’opportunité de goûter aux murs australiens lors d’une séance d’essai, pulvérisant le côté gauche de sa Benetton. Pour sa dernière année au calendrier, le grand-prix d’Adélaïde aurait pu tourner au drame. Lors de la séance de qualifications du vendredi, Hakkinen fut victime d’une crevaison qui l’envoya tout droit dans la barrière de pneus. Le choc est violent et le finlandais tout proche de la mort. Ce n’est qu’après l’intervention des médecins et de son extraction, visage en sang, que les premières nouvelles rassurantes arrivèrent. Le dimanche, une scène peu habituelle perturba la course. Coulthard, alors solide leader, décide de rentrer aux stands. Mais lors de son arrivée, l’écossais bloqua ses roues et percuta le mur des stands. C’est donc son équipier Hill qui s’imposa avec pas moins de deux tours d’avance sur Panis, étonnant second !

Le circuit d’Adélaïde aura produit de fabuleuses courses sur un tracé urbain finalement très apprécié des pilotes. Les caprices de la météo pimentent certaines éditions déjà bien chargées en suspense et incertitude. Après la dernière course de 1995, la Formule 1 quitta Adélaïde pour retrouver la ville de Melbourne, manche d’ouverture de la saison 1996. C’est d’ailleurs la seule fois qu’un pays organise deux courses de suite dans l’histoire de la catégorie reine. Même si quelques rumeurs quant à la réapparition du grand-prix d’Adélaïde éclatent au grand jour, il n’est malheureusement pas prévu que ce superbe tracé retrouve la Formule 1.

Le circuit d'Adélaïde en chiffres...

Années de présence en Formule 1 :

1985 - 1995

Longueur :

3.780 km

Nombre de tours :

81

Meilleur temps en qualifications :

1'13"371 (Senna - 1993)

Meilleur temps en course :

1'15"381 (Hill - 1993)

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